Et beaucoup de fatigue.


On a coutume pour évoquer la pléiade de nos désirs désordonnés de dire comme on s’éparpille, et l’on peut y voir littéralement comme on émiette un pain au vent, soustrayant l’objet à une dissolution dispersée. Dans cet intérêt volubile et négligeant pour le morceau intègre, il y a quelque chose de l’exil de soi en différents pôles simultanément. Et bientôt c’est se confondre. Car les choses semblent se dévoiler à la hauteur de ce que l’on s’y investi. Et comment relever tous les coins du voile en n’étant qu’un, attablé à un morceau partiel du mystère ?

J’ai toujours été ce calme dissipé échappé à lui même. J’ai composé une cabane qui est une étendue, que j’entretiens de mes écarts. Des livres allongés hérissés de tickets et de cartes, à peine mordus. C’est une habitation temporaire, mobile et déracinée.

Cette semaine quelques livre, quelques expositions. Cette phrase extraite du journal de Henri David Thoreau : « Il semble que nous ne fassions que languir dans l’âge mûr pour dire les rêves de notre enfance, et ils s’évanouissent de notre mémoire avant que nous ayons pu apprendre leur langage. » Et beaucoup de fatigue.

8 Commentaires

  1. nicolas m

    Comme tu le sais bien, ou tout au moins le pressens, cet exil de soi est, sine qua non, la condition préparatoire d’un retour victorieux dans sa propre patrie : tout Ulysse finit par retrouver, outre sa Pénélope, le sol qui l’a vu naître et grandir. Sans doute lui a-t-il fallu le crochet d’une odyssée pour pouvoir pleinement les aimer. D’ailleurs, soit dit en passant, la cicatrice qui permet de le reconnaître date d’avant son périple. Et pendant le voyage, l’accompagnent, c’est vrai, la fatigue, qui au retour se dissipera, ainsi que quelques épreuves sans quoi il n’y aurait pas d’épopée.
    Plus qu’au pain qu’on émiette, ne pourrait-on pas plutôt penser au céphalopode dont les tentacules ramènent à lui tout ce sur quoi ils se sont posés. On en a d’ailleurs la succulente preuve lorsque notre couteau les fend : même s’il est cuisiné et dissimulé dans son encre noire (je m’en suis régalé toute cette semaine à Venise !), on hume et découvre en lui, en même temps que sa chair, tout ce dont l’océan l’a nourri. Très bonne journée à toi, Nicolas

  2. pop corn

    Amener à soi, oui, j’en ai parlé il y a peu dans le texte titré ‘confusion’. Je voulais ici mettre l’accent sur le phénomène inverse, l’impression de se fondre, s’abandonner dans la vaste étendue.J’ai l’impression que ces deux attitudes parfois se rejoignent ou s’alternent. Et que l’on peut en y cherchant bien trouver un mouvement complexe et essentiel de notre nature. Une logique contradictoire de deux mouvements contraires et simultanés.
    Cherchons encore.
    Un grand merci pour ces commentaires éclairés, merci de me lire.
    ps: et Vitruve?

  3. pop corn

    Le lieu: ‘La belle Hortense’ dans le Marais: café cave bar littéraire librairie galerie. 31 rue du Temple.

  4. nicolas m

    Les questions de la saisie, de l’assimilation, de l’infusion, ont effectivement (et bien heureusement) un pendant centrifuge ; dès lors qu’on se les posent, elles devraient assurer à chacun un parfait équilibre. Cherchons, c’est entendu, mais cherchons pour mieux faire rayonner ce que nous savons déjà.
    Veuille bien me pardonner de ne pas avoir pris le temps hier de lire tes autres textes, dont je sais pourtant la valeur et la fertilité ; je n’ose dire la confusion de mon céphalopode découvrant les larves de tes trichoptères…
    A propos de fusion dans la vaste étendue, je ne résiste pas au plaisir de citer Isole, qui pousse l’expérience jusqu’à son extrême —tu me diras si derrière le peintre que tu es se cache aussi un mélomane: Wagner lui fait dire à peu près ceci en chantant, alors qu’elle agonise : « dans la plénitude du flot, où s’exhale le monde, s’abîmer, n’être plus rien à soi…joie souveraine… ».
    Si tu repasses à la Belle Hortense, n’hésite pas, non pas à t’y abîmer (il y a toujours un risque), mais à me contacter (06 10 67 37 99) : j’habite à 45 secondes !
    J’espère à très bientôt,
    N.

    Private Scriptum: pour ce qui est de Vitruve, le paradoxe veut que, quoiqu’il s’agisse d’architecture, je tourne encore autour, sans en trouver l’accès propice. Ainsi en est-il aussi des palais vénitiens, où l’on pénètre soit par un porche d’eau (mais il faut la gondole), soit par une porte terrestre, savamment dérobée. Si tu as la clef, je te choisis d’emblée pour cicérone.

  5. Virginie

    « et beaucoup de fatigue », ton enveloppe charnelle a entendu ton esprit…et délaissée elle s’est sentie obligée te rappeler à son bon souvenir…

    Un prompt rétablissement, un intense repos.

  6. pop corn

    Dans un livre (peut-être ses Mythologies) Caillois note comme ce que l’on prend comme une stratégie de survie ou d’échappée aux prédateurs dans l’apparent camouflage de certaines espèces se révèle en pratique inadéquate puisque l’on vérifie comme animaux camouflés et non camouflés sont statistiquement autant mangés l’un que l’autre mais encore comme le camouflage peut au contraire s’avérer un désavantage car celui qui prend l’apparence de feuille sera mangé par mégarde par des herbivores et qu’eux mêmes se confondant entre eux ont tendance à s’entamer comme s’il s’agissait de feuilles. Ainsi Caillois peut-il supposer comme cette apparence pourrait n’être pas tant motivée par un instinct de conservation que par une intime aspiration à fusionner avec le monde.
    La cabane, la dispersion, l’immersion dans la nature et sur l’étendue des « land artistes », la recherche d’ébriété ou toute échappée n’appartiennent-ils pas à ce mouvement dans lequel n’importe pas tant la construction de soi que la déconstruction de quelque chose jugé ou perçu comme trop restrictif, subjectif, arbitraire. Je pense aussi à la synesthésie comme une volonté de se rapprocher d’une perception indéterminée de bivalves pour lesquels un seul organe est dévoué à ce qui chez nous s’est précisé en vue, ouïe, toucher, odorat.
    Je me représente la chose comme un donut lequel se retournerait comme un gant mais en gardant par sa forme spéciale une apparente immobilité. Quelque chose du paradoxe de Zeno.

    J’ai un peu évoqué la chose (mal) lors d’un concours pour la mairie de Paris que j’essayais il y a quelques jours mettant en parallèle l’évolution de la conception du monde clos à l’univers infini ou tel que la science actuelle nous le dit « fini mais non borné ». Tout à la fois, l’expansion du domaine excite un sentiment de liberté et provoque une angoisse face à la propre diminution à laquelle nous nous voyons consécutivement soumis. La perspective centrée qui faisait du monde une réalité mathématique claire et sans aspérité se voit étendue plis sur plis. L’origine apparaît comme un fantasme dont le nom de ‘jardin’ évoque en même temps l’impossibilité pour l’homme d’atteindre cette nature naturelle.
    Tout cela n’est encore que pistes éclatées, explosion plutôt qu’implosion.

    La Belle Hortense, je suis passé souvent devant parcourant les galeries, n’osant pas y rentrer comme j’évite habituellement les cafés et autres endroits susceptibles de me faire dépenser de l’argent en prenant du bon temps.

    Encore une fois malade, et toujours avec zèle, j’ai l’impression d’être sans cesse empêché, ralenti. Et comme toujours chez moi ça durera au moins 10 jours fiévreux, abasourdi.

  7. cigalll

    Vous me faites peur…
    J’ais aujourd’hui entendu parler de la peste.
    Ces croix que l’on peint sur sa porte pour s’en protéger…
    J’en suis venu à regretter de savoir Si peu mais déjà trop
    J’avoue que l’envie de me déguiser en feuille me prend de plus en plus régulièrement.
    Ne plus témoigner Bruler les papiers
    « faire soi l’étendue »
    Que ca soit par l’eau ou la terre ne pas avoir envie d’y rentrer

  8. cigalll

    par contre Hortense ou Vitruve…
    bon je sais ca sert à rien, mais c’est peut être ce qui a de mieux…
    Bon courage pour vitruve et bien le bonjour