immensité discrète, image

Combien de scènes dont on était au cœur sans savoir, tout occupés à la portion de gestes qui nous concernait, à ce que l’on projetait ? C’est le lot de ce que l’on vit, de ce à quoi l’on est que de s’accorder au mouvement transitoire, à l’évanouissement perpétuel de l’instant, à l’espace réduit de son lieu et du même mouvement se soustraire au regard en son hors-champ. C’est le continu jeu de passe-passe du présent, son vertige : des choses sont sans être tout à fait et dans leurs lacunes, à la manière de perceptions périphériques, travaillent l’imagination. Les gestes échappent à eux-mêmes, le regard à sa vue. Il emporte l’être après lui dans les territoires de ses visées, l’absente à lui-même.
Il faut parfois, par un basculement qui nous échappe, que s’opère une dissociation, que l’on monte par-dessus soi pour que soit restitué au moment son espace, son volume. On se voit voir. Ce qui était à l’œuvre nous est restitué. Le regard sort de son champ purement visuel, sollicite la mémoire, s’expose à la conscience.
L’image qui nous saisit, fugitive et pleine a la violente netteté d’une prise de conscience. On la réalise, la déploie. Et c’est ce déploiement de l’expérience dans ce décollement que l’on appelle image. Elle est comme le langage, élément d’une immensité discrète.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


1 + neuf =