J’allais dans des salles où on montrait des corps. Dans des boites plus ou moins, dévoilant leurs anatomies les plus intimes, hommes et femmes ; non sans un certain malaise, voulant pourtant voir clair mais peu aguerri aux chirurgies et aux morgues, nauséeux malgré moi. Ouverts aux regards avides, dans des postures diverses, à différentes niveaux d’épluchage, en morceaux : je découvrais les cavités internes, la cohabitation étroite des différents organes, les canaux de suppléance (merveille de prévoyance), les arbres d’hiver comme des coraux que faisaient les réseaux sanguins quand on les distinguait du reste. Et d’autres choses. Les corps étaient réduits à ce qu’on en voulait faire. A ce que l’on voulait les voir exhiber. Il y avait quoi ? Dix … quinze personnes contraintes dans des postures impudiques ou ridicules, écorchées et fragmentées, découpées en tranches. Un véritable cours d’anatomie figé par les moyens de la science et montré au grand jour. D’ailleurs le public n’avait pas tardé à réagir : ce n’était pas des cires mais des hommes comme empaillés, plastifiés en fait, et l’éthique le disputait à la morale. Avaient-ils donné leur accord, était-ce des condamnés auxquels on volait leur dernière dignité, pouvait-on tout bonnement ? J’avais pour ma part buté à une phrase très simple : on s’appartient tant que l’on peut veiller sur soi. Non pas tant un principe qu’un constat. Au fond on enterre les morts pour des questions de pudeur, pour ne pas se montrer à travers eux dans notre vérité nue, dérisoire, égale. Pour ne pas se voir en vrai.
Depuis, j’ai pu vérifier de manière moins tragique comme on échappe à soi même, en partie du moins. Bien loin de moi l’idée de me voiler d’une burqa, mon visage est offert au regard de chacun, je sais jouer un jeu. Je l’accepte. Je suis rentré sur le nuage ou sur la toile assumant la part publique et sans toujours bien mesurer comme ce que je posais dans ma petite fenêtre rejoignait ainsi le grand monde et s’installait dans sa mémoire. J’ai pu lire entre guillemets des choses que je savais ne pas avoir dites. J’ai pu surprendre sur un forum des discutions embrasées dont j’étais parfois l’objet. Fallait-il que je dissipe les malentendus ? J’y ai découvert des articles, des retours sur des expositions. On a pu dire de moi dans une formule lapidaire que j’étais un peintre ceci ou cela, héritier d’un ou d’un autre, en faux avec cela. Valéry Grancher, web artiste, comme on dit, avait réalisé un autoportrait qui consistait en un programme semblable au moteur de recherche de Google qui dévoilait les centaines d’occurrences auxquelles répondait son nom. Notre identité passe aujourd’hui par le web. Il arrive qu’une recherche Internet vous renvoie votre histoire et dresse comme un miroir là où vous l’attendez le moins. Moi j’y ai lu comme à un polar, sentant sourdre les épaisseurs du temps dans ce livre collectif qu’est l’Internet. Longtemps que je considère le réseau comme la forme ultime de ce livre dont on rêve depuis longtemps la physionomie se déployant à travers chaque livre, rhizomatique, vivant. Je découvrais qu’il avait absorbé une part de mon histoire, ce livre, et que j’en devenais, sans tout à fait le maitriser, un des personnages.
Sur « le forum bleu », moi en personnage de fiction.
« peu touché par ses toiles, ni par son projet (…) alors, j’ai lu les liens, à commencer par celui de François Bon, dont pour le coup, j’apprécie la volonté de partir d’ici et maintenant pour voir ce que ça va donner. Puis j’ai lu les Petits Pas, à la suite de l’article de François. Je me suis dis : « quelqu’un qui cite au débotté Bonnefoy, Reverdy, Quignard, Jacottet, j’en passe et des meilleurs, à tout le moins, l’est cultivé ». Me suis fadé du coup les 20 pages de son journal, son frigo, ses pates toutes collées, ses trajets à Bruxelles ou à Paris, ses coups de froid, de blues – très discrets – et forcément, me suis demandé qui était cette Julie, venue le retrouver dans pareil trou paumé.
J’ai donc fouillé son blog, à sa recherche. Rien. Que dalle, si ce n’est cette photo de lui avec sa belle chemise blanche sortie du pantalon, en pleine préparation de l’expo de Toulon, qui donnait du relief au récit de sa retraite à Montluçon.
C’est alors que tu as publié le dernier lien ! Quel imbécile ai-je fait de n’avoir commencé par googler son nom ! Je n’étais toujours pas touché par sa peinture, mais la volonté de maîtrise, l’apparence calme, posée et réfléchie de ce garçon de bonne famille qu’on sent néanmoins capable de s’absorber tout à fait – avec une passion que rien ne saurait entraver – dans l’observation avait fini par m’intéresser. Je me suis dit : regarde bien, y a sûrement quelque chose de tout cela qui va transparaître. Un peu à ta façon peut-être, toi qui dis que déambulant dans l’expo, il t’a fallu un temps d’acclimatation. Après son blog, j’ai donc fouillé son site dans tous ses recoins, et c’est là que m’est venue la révélation.
Arrivé à la page des liens, j’ai cliqué sur quelques uns de ses amis artistes, celui de Roxanne grâce à qui…, et puis, je suis tombé en arrêt devant : celui de Julie !
Tout fébrile, j’ai atterri sur sa page ! Et quelle ne fut pas ma surprise : c’était la même que la sienne ! Je veux dire, le même parti pris de sobriété – aux arbres près – la même construction de page, la même navigation. Tout s’éclairait soudain. J’ai lu son CV, vu sa photo, l’ai trouvée un peu maigrichonne elle aussi mais quand même mimi, avec son air fragile, réservée, inquiète, aussi sensible que lui. Pas compliqué dès lors de comparer les âges (ils sont de 80 tous les deux) et les cursus. Et vlan, les voilà aux beaux arts de Toulon dans les mêmes années ! Partant, j’ai recoupé les adresses (que je subodore déjà un peu anciennes si j’en juge par la date à laquelle s’arrête le CV de Julie) : la même rue de Lyon que lui ! à quelques numéros près. (Je me disais bien aussi qu’elle en avait l’allure et les traits). Tout de même cette histoire de numéros différents me contrariait, mais j’ai lu ailleurs, de lui, qu’ils envisageaient d’acheter.:-)
Même que ça l’inquiète, qu’il se sent écartelé entre son envie d’ascèse artistique, de solitude, de recueillement dans un face-à-soi créatif et celle de fonder une famille et d’avoir des bébés.
Elle l’a laissé faire un temps, ses résidences d’artistes, la retraite de Montluçon tandis qu’elle terminait ses études à Versailles et qu’elle enquillait les stages. Mais ils ont passé le cap des trente ans : il va falloir faire un choix, c’est ta vie d’artiste ou moi.
Alors, il s’est retrouvé prof d’art plastique dans un lycée aussi moche que ceux qu’il peint. Et en ce soir de février 2011, assis – ou plutôt affalé – au fond de sa classe désertée à grands bruits, il pleure un peu, doucement, avant de rentrer courageusement chez lui. »
photo : le lycée Dumont d’Urville, à Toulon.
7 Commentaires
Mathieu
sur 10/02/2011 à 18:08
Effrayant : c’est sans doute le qualificatif qui m’est soudainement venu à l’esprit. On se verse, se déverse, on offre une partie de soi – devrais-je dire de son âme, qu’elle soit d’artiste ou pas ? – et quelque groupuscule tantôt vocifère, tantôt adule leur nouvelle découverte, leur nouveau jouet (ou « passe-temps » ai-je pu lire sur leur site.) De leur burin, fait sur mesure et fortement émoussé j’imagine, ils tentent de se frayer un chemin vers ce qu’ils ne connaissent pas, vers ce dont in fine ils ont peur : L’altérité qui s’offre dans toute sa puissance, avec une force inégalée. Je ne parle pas ici de votre œuvre artistique, mais de la globalité de votre geste d’artiste : Une ex/pression par le médium de la peinture, de la littérature, et enfin, de ce qui forge votre identité. Savoir accepter ce qui est Autre, savoir s’ouvrir à tout ce qui n’est pas soi, voilà à mon sens ce qui manque à quelques-unes de ces blattes qui devraient parfois cesser de s’auto-congratuler et de regarder le doigt du sage qui pointe la Lune. Vous voilà objet de palabres creuses (seule Claire semble tenir un digne cap), d’une dissection sur mesure permettant semble-t’il à ces médecins de la littérature d’obtenir une image formelle de vos entrailles : Réjouissez-vous ! Vous êtes célèbre à un point tel que l’on mesure la longueur de vos vaisseaux capillaires ainsi que votre taux de glycémie, et je passe sur l’étude (devrais-je dire hagiographie) de vos amours… Qu’à cela ne tienne, continuez donc de peindre ce que d’aucuns croient être une LeCorbusierMania, enchantez-nous de vos recherches et pensées qui, croyez-moi, sont loin d’être pures vanités ou redites. Aussi, permettez-moi de reformuler votre écrit : « On s’appartient tant que l’on a Conscience de soi. » (y hasta !)
Claire
sur 11/02/2011 à 11:21
Je crois que l’humour malicieux de tam vous a échappé, Matthieu, ainsi que la question qu’il est venue poser a Jeremy. Pour le reste, il est tout a fait vrai que le forum bleu est un peuple de blattes 😉
Claire
sur 11/02/2011 à 19:45
Lorsque je vous ai répondu, j’étais assise dans la grande salle d’un colloque, dont le thème était : Le « je » et le « nous ». Mon I.phone à la main, très inconfortable bien sûr. Ce qui était étrangement inconfortable aussi c’était de suivre les communications, tout en ayant en arrière-plan dans l’esprit ce qui se disait ici, ce qui s’était dit sur le forum bleu, dans une sorte d’ubiquité confusiogène et pourtant très riche, feuilletée. Je me suis dit que c’était aussi cela internet : être à plusieurs endroits à la fois et donc à la fois partout présente et absente, pensant à tout.
D’abord je voudrais dire que mon intervention ne visait pas à dénier la part de violence de tout ce qui s’est dit sur le forum bleu, violence qui apparaît dans votre texte ici, Jérémy, et je crois que vous avez bien pris la mesure de l’espèce de révélation qu’elle provoque. Il y a l’autre question que posait tam : comment peut-on être engagé en même temps dans la vie du monde adulte et dans la contemplation nécessaire à l’art ? Moi j’en rajouterais une que je me pose depuis longtemps : comment peut on encore être assez seul pour créer tout en étant toujours « ensemble », avec internet (je me la pose pour moi-même, bien que je ne sois pas une artiste)?
Et puis bien entendu ces questions de tout artiste sur la part d’intimité forcément dévoilée par l’oeuvre elle-même.
Ce que j’ai écrit sur le forum bleu à partir de votre exposition et de la vidéo, ces liens que je faisais, c’était une sorte de rêverie, ce qui est toujours dangereux, à demi incompréhensible. Maintenant j’ai envie de prolonger la rêverie avec quelques phrases que j’ai entendues dans ce colloque, qui m’ont semblé aller très bien avec ce dont nous parlons :
– l’altérité n’existe que dans la responsabiblité de l’autre – En m’approchant d’autrui je suis toujours en retard pour le rendez-vous. – Si je ne réponds pas de moi, qui répondra de moi? Mais si je ne réponds que de moi, qui répondra de moi? -l’emprise est une pulsion essentielle au progrès technique. Le problème c’est quand on passe de l’emprise sur la matière à l’emprise sur l’humain. – l’ennemi de l’empathie c’est le désir d’emprise.
et pour finir, le plus beau : « on a trop pensé que l’inconscient était peuplé de chose crues et cruelles, violentes et inacceptables, donc refoulées. Mais dans l’inconscient, il y a aussi le « trop beau ».
Après, il y a eu aussi ce que disait Tisseron du fait que l’empathie naît de la perception sensori-motrice de l’autre, ce qu’elle éveille en nous en écho sensori-moteur. Mais sur internet, c’est (presque) absent, alors on est obligé d’inventer d’autres moyens. Il a dit aussi qu’aucun animal ne peut retirer à un de ses congénères son empathie, alors que l’homme en est très capable… bref, c’est bien compliqué, et pas seulement sur le forum bleu, que par moments j’exècre, mais qui est je pense comme la langue : le meilleur et le pire. Par moments, il y a une sorte de polyphonie d’écritures et d’émotion, très belle.
Beaucoup de question posées ici et il faudrait plus qu’un commentaire hâtif pour y répondre. L’important est justement que chaque expression pose question et porte au-delà d’elle-même. Pour le mélange privé/public, je nourris moi même les digressions en dévoilant constamment les coulisses. (Le premier livre que j’ai publié était une sorte de journal.) On est tjrs entre deux extrêmes (solitude,espace social,idéal, immanence…)
Claire
sur 14/02/2011 à 10:49
oui, et peut-être la vie c’est de tenir la tension, entre ces espaces qui peuvent parfois sembler contradictoires ou concurrents, ou même ennemis, comme on doit tenir le paradoxe de l’objet « trouvé-créé » sans chercher à le résoudre (c’est Winnicott qui parle de ça, dans « Jeu et réalité », et ce que vous disiez de ces pans de réalité qui semblent soudain venir à votre rencontre, se détachant du reste, fuyants, m’y a fait penser).
J’ai revu l’expo et la vidéo samedi. Je me suis rendu compte (après) que j’avais été beaucoup à la recherche du rouge, les recoins où il apparaît, les mélanges où il est présent. Et puis je me suis dit que vous parliez surtout de peinture : l’image, les traits, la composition, les gestes, les références à d’autres oeuvres, et que c’était ça qui était passionnant, le contraire d’un verbiage, la matière même de ce travail-jeu-recherche qui ouvre à des espaces inconnus, et qui est une autre façon de penser. Et que le dialogue était bien vivant.
Au début je pensais que le poste n’était pas intéressant, mais je dois dire que j’ai été intrigué par ce thème. Après lire les informations dont vous avez posté, et la façon dont vous l’avez fait, je change mon opinion et j’ai commencé à sentir la curiosité de vos autres entrées, alors j’ai décidé de les lire toutes une par une. Maintenant, je dois dire qu’il est devenu l’un des plus grands blogs que j’ai lu dans ma vie entière.
Effrayant : c’est sans doute le qualificatif qui m’est soudainement venu à l’esprit.
On se verse, se déverse, on offre une partie de soi – devrais-je dire de son âme, qu’elle soit d’artiste ou pas ? – et quelque groupuscule tantôt vocifère, tantôt adule leur nouvelle découverte, leur nouveau jouet (ou « passe-temps » ai-je pu lire sur leur site.)
De leur burin, fait sur mesure et fortement émoussé j’imagine, ils tentent de se frayer un chemin vers ce qu’ils ne connaissent pas, vers ce dont in fine ils ont peur : L’altérité qui s’offre dans toute sa puissance, avec une force inégalée.
Je ne parle pas ici de votre œuvre artistique, mais de la globalité de votre geste d’artiste : Une ex/pression par le médium de la peinture, de la littérature, et enfin, de ce qui forge votre identité.
Savoir accepter ce qui est Autre, savoir s’ouvrir à tout ce qui n’est pas soi, voilà à mon sens ce qui manque à quelques-unes de ces blattes qui devraient parfois cesser de s’auto-congratuler et de regarder le doigt du sage qui pointe la Lune.
Vous voilà objet de palabres creuses (seule Claire semble tenir un digne cap), d’une dissection sur mesure permettant semble-t’il à ces médecins de la littérature d’obtenir une image formelle de vos entrailles : Réjouissez-vous ! Vous êtes célèbre à un point tel que l’on mesure la longueur de vos vaisseaux capillaires ainsi que votre taux de glycémie, et je passe sur l’étude (devrais-je dire hagiographie) de vos amours…
Qu’à cela ne tienne, continuez donc de peindre ce que d’aucuns croient être une LeCorbusierMania, enchantez-nous de vos recherches et pensées qui, croyez-moi, sont loin d’être pures vanités ou redites.
Aussi, permettez-moi de reformuler votre écrit : « On s’appartient tant que l’on a Conscience de soi. » (y hasta !)
Je crois que l’humour malicieux de tam vous a échappé, Matthieu, ainsi que la question qu’il est venue poser a Jeremy. Pour le reste, il est tout a fait vrai que le forum bleu est un peuple de blattes 😉
Lorsque je vous ai répondu, j’étais assise dans la grande salle d’un colloque, dont le thème était : Le « je » et le « nous ». Mon I.phone à la main, très inconfortable bien sûr. Ce qui était étrangement inconfortable aussi c’était de suivre les communications, tout en ayant en arrière-plan dans l’esprit ce qui se disait ici, ce qui s’était dit sur le forum bleu, dans une sorte d’ubiquité confusiogène et pourtant très riche, feuilletée. Je me suis dit que c’était aussi cela internet : être à plusieurs endroits à la fois et donc à la fois partout présente et absente, pensant à tout.
D’abord je voudrais dire que mon intervention ne visait pas à dénier la part de violence de tout ce qui s’est dit sur le forum bleu, violence qui apparaît dans votre texte ici, Jérémy, et je crois que vous avez bien pris la mesure de l’espèce de révélation qu’elle provoque. Il y a l’autre question que posait tam : comment peut-on être engagé en même temps dans la vie du monde adulte et dans la contemplation nécessaire à l’art ? Moi j’en rajouterais une que je me pose depuis longtemps : comment peut on encore être assez seul pour créer tout en étant toujours « ensemble », avec internet (je me la pose pour moi-même, bien que je ne sois pas une artiste)?
Et puis bien entendu ces questions de tout artiste sur la part d’intimité forcément dévoilée par l’oeuvre elle-même.
Ce que j’ai écrit sur le forum bleu à partir de votre exposition et de la vidéo, ces liens que je faisais, c’était une sorte de rêverie, ce qui est toujours dangereux, à demi incompréhensible.
Maintenant j’ai envie de prolonger la rêverie avec quelques phrases que j’ai entendues dans ce colloque, qui m’ont semblé aller très bien avec ce dont nous parlons :
– l’altérité n’existe que dans la responsabiblité de l’autre
– En m’approchant d’autrui je suis toujours en retard pour le rendez-vous.
– Si je ne réponds pas de moi, qui répondra de moi? Mais si je ne réponds que de moi, qui répondra de moi?
-l’emprise est une pulsion essentielle au progrès technique. Le problème c’est quand on passe de l’emprise sur la matière à l’emprise sur l’humain.
– l’ennemi de l’empathie c’est le désir d’emprise.
et pour finir, le plus beau :
« on a trop pensé que l’inconscient était peuplé de chose crues et cruelles, violentes et inacceptables, donc refoulées. Mais dans l’inconscient, il y a aussi le « trop beau ».
Après, il y a eu aussi ce que disait Tisseron du fait que l’empathie naît de la perception sensori-motrice de l’autre, ce qu’elle éveille en nous en écho sensori-moteur.
Mais sur internet, c’est (presque) absent, alors on est obligé d’inventer d’autres moyens. Il a dit aussi qu’aucun animal ne peut retirer à un de ses congénères son empathie, alors que l’homme en est très capable…
bref, c’est bien compliqué, et pas seulement sur le forum bleu, que par moments j’exècre, mais qui est je pense comme la langue : le meilleur et le pire. Par moments, il y a une sorte de polyphonie d’écritures et d’émotion, très belle.
merci pour tout, très sincèrement.
Beaucoup de question posées ici et il faudrait plus qu’un commentaire hâtif pour y répondre. L’important est justement que chaque expression pose question et porte au-delà d’elle-même.
Pour le mélange privé/public, je nourris moi même les digressions en dévoilant constamment les coulisses. (Le premier livre que j’ai publié était une sorte de journal.) On est tjrs entre deux extrêmes (solitude,espace social,idéal, immanence…)
oui, et peut-être la vie c’est de tenir la tension, entre ces espaces qui peuvent parfois sembler contradictoires ou concurrents, ou même ennemis, comme on doit tenir le paradoxe de l’objet « trouvé-créé » sans chercher à le résoudre (c’est Winnicott qui parle de ça, dans « Jeu et réalité », et ce que vous disiez de ces pans de réalité qui semblent soudain venir à votre rencontre, se détachant du reste, fuyants, m’y a fait penser).
J’ai revu l’expo et la vidéo samedi. Je me suis rendu compte (après) que j’avais été beaucoup à la recherche du rouge, les recoins où il apparaît, les mélanges où il est présent.
Et puis je me suis dit que vous parliez surtout de peinture : l’image, les traits, la composition, les gestes, les références à d’autres oeuvres, et que c’était ça qui était passionnant, le contraire d’un verbiage, la matière même de ce travail-jeu-recherche qui ouvre à des espaces inconnus, et qui est une autre façon de penser. Et que le dialogue était bien vivant.
En lien un texte de Gérard Wajcman intitulé (fort à propos n’est-ce pas ?): »Intime exposé, intime extorqué » : http://www.lacan.com/symptom8_articles/wajcman8.html
Au début je pensais que le poste n’était pas intéressant, mais je dois dire que j’ai été intrigué par ce thème. Après lire les informations dont vous avez posté, et la façon dont vous l’avez fait, je change mon opinion et j’ai commencé à sentir la curiosité de vos autres entrées, alors j’ai décidé de les lire toutes une par une. Maintenant, je dois dire qu’il est devenu l’un des plus grands blogs que j’ai lu dans ma vie entière.