Je tournais la fenêtre, recevais son éclat

1.

l’œuvre est expansée de cavités, de strates, de chambres diverses.

Je vois, l’artiste avance un livre à la main, rue Bonaparte, et l’image a place en l’œuvre. Ce serait une photo d’archive. Si j’attrape la bouteille, juste en tendant le bras, sans lever de la chaise, je pousse des images dans la lumière ovale, avale une gorgée, goûte un peu l’eau qui passe et reprend…

certains avaient raison de vouloir fondre tout et – se laver les dents (Kaprow). Mais je suis trop attaché peut-être à l’art pour vouloir le fondre tout à fait. On a bien son bureau à l’écart de la cuisine. Ça permet aussi de peler les oignons. Et c’est bien parce qu’il y a deux pièces que l’une apporte à l’autre, que peut avoir lieu le transfert.

A Valenciennes il y avait « comment entrer dans un cercle » et j’ai pris à coté « le silence des abeilles ».

Maintenant c’est un goût de sel à l’avant du palais, la moustache humide à l’exemple d’une berge. Les bulles petites remontent à la bouteille. Chacun fait ce qu’il a à faire.

2.

les chansons populaires nous accompagnent plus sûrement que les grandes constructions. Quand même les plus idiotes. Elles en gagnent en importance. Elles ont leur importance.

Mais le livre est là, ceux qui l’ont fait s’agitent ailleurs, il leur faut en jeter quelques exemplaires au vent comme on égraine aux oiseaux. C’est qu’il est mangé déjà, le livre, depuis longtemps. Lorsque qu’il était projet déjà son histoire était finie.

Alors on est passé à autre chose.

3.

vous êtes adossés négligemment et les fesses trop avant de la chaise baillent le pull. Vous avez froid en bas du dos et bientôt c’est partout que le bruit de cascade lointaine de la ventilation fait son action. Cela vous enveloppe. Et un contraste thermique presse dans les tempes. Les phrases belles ne réchauffent pas.

Plante verte immobile, gestes pétrifiés en les mains d’une danseuse les deux pieds dans une panière d’osier. En outre, le porte-manteau se dresse. C’est déjà trop d’horreurs.

Au bout de certain temps tout ça ça ne raconte plus, alors cesse le roman et débute autre chose qui n’est pas tout à fait la première, non plus la seconde.

4.

le début du problème est que nous ne voulons plus déchiffrer les œuvres des autres, non plus les comprendre, seulement lire les nôtres que pour ce faire d’abord nous écrivons vite.

Alors la main sur le cœur, serrant bien la barre de fer, à ça d’un visage raidit (geste de la main), alors on penche le sien, l’appuie sur le front à la barre de fer et tout le monde remue. Tout à fait conscients en eux du ridicule de la situation qu’ils enfouissent au mieux avec tant d’autres choses. Il y a le souffle moite et l’odeur nauséeuse du métro.

Il pense qu’à force d’approximations, tout ça mis ensemble comme en une boite, à force d’approximation, de tentatives trop conscientes de ne pouvoir arriver, et d’autres choses comme ça se formera l’œuvre impossible dont il n’a que vague idée. Il pense à Proust. Aussi à Novalis.

5.

depuis qu’il y a des enfants un peu partout autour le temps semble aller vite, c’est qu’on les voit grandir. Mais je sais aussi qu’à une grande ligne droite d’ici quelqu’un se sait partir et ne veut pas mourir. C’est revenu plusieurs fois cette phrase : « …et lui il ne veut pas mourir ». ça l’angoisse, n’en dort plus, de peur que…Il voudrait avoir son mot. Il voudrait pouvoir juger de si oui ou non… Que c’est un mur qui avance lentement, vous mettra lentement dans le noir alors que vous ne voulez pas cette fatigue qui vous colle. Qu’on vous laisse le temps de vous refaire. Toute raison est contraire. Ne me laissez pas seul, que quelqu’un me retienne quand ça glisse en moi. On devrait être aveugle toujours avant que ça arrive.

Ce que nous lisions hier nous nous en amusions. Comme d’une crainte qui n’aurait d’autre but que de rendre plus précieux l’instant. On finit par laisser passer un rire irrépressible qui n’est que l’antithèse de nos sentiments. Il ne veut pas mourir ça lui est chose inadmissible. Il se sent seul.

On l’avait lu aussi : l’image mécanique périme ce qu’elle enregistre, elle l’introduit au temps.

Avec tes doigts tu essuies la fatigue de tes yeux. Comme dans des films parfois j’ai vu qu’on apaisait les morts.

6.

on est adossés à des murs d’usine. Le pastel des tours : la jaune, la bleue, la rose, la verte. Il y a bien un arbre parfois au devant, pour les faire les enfants dessinaient des ratures. Des lignes de fenêtres, les escaliers qu’on sait dedans se développer tel des créneaux. Une porte au bout avec son numéro.

L’art que je voudrais serait un mélange d’idée et d’intuition naïve. On peut y penser à tout ça à travers le velux d’une chambre à Paris couché sous le ciel au plus près. Ça en devient très vite une figure, adolescent maladif au portrait romantique. Un Friedrich, devant la mer.

Il semble qu’en nous les mots pour tout dire ne puissent s’interrompre. N’ont-ils à dire le plus petit et déjà son mouvement, sa mémoire, les idée grandes et belles.

7.

trois des quatre vitres sont cassées. Le hall froid n’est plus refuge à personne et l’air circule jusque dans les étages, chaque palier comme dehors. Dans les mots tout l’espace de ces chambres vides et là bas tu veilles le malade comme ailleurs l’autre est veillé un entonnoir l’aspire dedans ce cercle aimant.

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