C’est peut-être à force de scrupules, ou simplement l’effet d’une incertitude croissante : De plus en plus, il m’est extrêmement difficile de terminer quelque chose, texte ou tableau. Et l’astuce que je m’étais trouvé d’achever des fragments formant un ensemble qui ne pouvait l’être lui-même tient elle-même fragilement. <--more!--> Tout semble échapper. Il me semble parfois me retrouver dans la position de Kafka, élaborant jusqu’à l’impossible des situations. Incapable de conclure. Le tableau au bout est une impasse. Et des décisions qui l’amènent, tout est incertain, impossible à démêler. Le résultat n’est qu’en « désespoir de cause ». Expression que l’on retrouve en première page de Molloy. Qui préside peut-être à tout l’œuvre de Beckett. L’impression parfois qu’un tableau est davantage à défaut d’être autrement, que de manière positive: C’est ce que l’on a pu. Comme Beckett, peut-être (toute proportion gardée), j’en suis amené à réduire de plus en plus, comprimer, effacer de plus en plus le sujet – malgré parfois une inclinaison au lyrisme. Soucieux de ne pas me répéter, malgré les apparences, je vois le terrain se réduire et les mots eux-mêmes (les gestes et les couleurs) se faire peu nombreux. Et je butte à cette impossibilité de jugement, à ce lieu comme muré, « sans pronom, ni solution, ni réaction, ni prise de position possible ». Beckett lui-même conclue : « c’est ce qui rend le travail si diaboliquement difficile ».
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