Je marche à travers un musée, regardant dans des objets ce qu’ils ont doublé du monde, ce qui s’est exilé en eux, ce qu’en eux je perçois qui m’échappe.
Dans les plis d’un drapé les gestes brusques d’une crispation convulsive, l’impossibilité ici de tordre un drap de rage ou de désespoir exaspérée dans des signes sur une surface. Et ces signes qui soudain crient derrière la vitre, écrasés dans leur espace.
Ce qui aura toujours tourmenté la peinture c’est la question du passage de l’un à l’autre. Le mythe de l’incarnation ne répond-t-il pas en fait à un besoin d’éprouver l’ordre symbolique dans ses relations au réel ?
On a peint des faces, comme des illustrations manifestes du problème, mais c’est qu’elles oubliaient qu’elles en étaient généalogiquement la source.
Il avait fallu d’abord la naissance des continents depuis la Pangée. Le démembrement. La dislocation, le décollement. L’éclosion de l’être depuis la confusion primordiale.
Quand de la marche s’est distingué le rythme, quand le martellement s’est dissocié des pas, le monde s’est dédoublé.
Avant peut-être déjà, dans le regard d’un être vers un autre – et monde compris. S’est posée la question de la couture.
La peinture, qui est le même mot que la musique, qui est le même mot que le langage et de tous ces autres mots qui diffractent dans ce champ devait naitre déjà. Dans un premier regard, une façon d’être, le claquement de la langue sur le palais. Parce qu’un signe déjà se décollait de l’être diffus du monde, se distinguait.
Je suis né là. Nous sommes nés là.
Depuis cette image de la dormition, le Christ allongé sur une page, voué au devenir signe depuis l’anecdote. A s’extraire de la vie, du corps dans laquelle elle loge pour venir écrire quelque chose.

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