la traversée (7)

On est le nez dessus, les
mains dedans, empêtré ; on se distingue mal de ce dans quoi on est pris. Rien
que l’on puisse juger à bout de bras de soi ou du monde, tout qui nous étouffe,
nous rend à la confusion. On voudrait se défaire de l’évidence pour que chaque
chose nous vienne à la vue, se dise dans un dénuement qui l’isole et nous la laisse
mieux voir. Là dedans s’enracine notre désir de fuite. Se laver le regard,
jeter le bagage au vent, recommencer à neuf. Mais la recherche de paysages
exotiques, les gesticulations dont on s’anime ne mènent à rien, l’ailleurs n’existe
plus. Plus rien ne nous étonne vraiment, rien à quoi on ne puisse s’attendre et
que les idées même qu’on s’en fait ne ternisse. On ne fait que varier les
paysages sans en perdre la paternité. On est toujours là, toujours englué en
soi. La seule chose qui nous colle continuellement, c’est nous même. Pourrait-on
s’enlever de soi même et se surprendre dans notre vérité nue ? On traine
son ombre.
Image : CamilleCamille

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