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3 Commentaires

  1. espace-holbein

    Et oui, ça tourne. On part de Sallanches et au bout de quelques kilomètres, à l’intérieur d’une des boucles de la route (qui tourne, qui tourne) on croise un somptueux stabile de Calder mimant la montagne et son soleil couchant. Orange, d’un orange décidé et définitif. On continue à monter, à tourner et l’on arrive au Plateau d’Assy. Il se trouve que dans la grande église du village se sont arrêtés des artistes, et pas des moindres : Matisse, Chagall, Rouault, Germaine Richier et d’autres y ont laissé mosaïques, sculptures, fresques et vitraux. Et puis on continue et l’on voit ces grandes choses étonnantes accrochées à la montagne. Bâtiments imposants, loin en haut, tout en haut.
    Ca fait plus de vingt ans que je prends la route de Plaine-Joux (été comme hiver, mais de façon irrégulière). Ces grands bâtiments ont une étrange histoire. La qualité de l’air est réputée au dessus de Passy. On y a donc construit des sanatoriums à une époque où la tuberculose faisait des ravages. C’était La Maladie. Celle qui faisait honte. Celle qui décimait des pans entiers de la famille. La maladie des pauvres (essentiellement). Donc, plusieurs sanatoriums se sont dressés au Plateau d’Assy. La maladie domptée, une autre (encore plus terrible ?), le sida a pris le relais. Et ces établissements (enfin, un certain nombre d’entre eux) se sont reconvertis et soignent les malades en phase terminale, les sans-espoir à l’endroit même où sont passés les tuberculeux, les précédents incurables. Incurabili.Ces immenses bâtiments tels des paquebots échoués aux flancs de ces montagnes, face au Mont Blanc ont un côté impérieux inquiétant et pathétique. Comme cette maladie qu’on ne peut guérir. Ces géants seraient-ils les Incurabili du XXIème siècle ?

  2. pop corn

    ce n’était pas tout de nous croiser à Bordeau/Pessac, nous aurions pu au plateau d’Assy. Vers Sanselmoz effectivement des alcooliques et sidaïques et quelques autres viennent purger leur mal à l’air frais des moyennes altitudes et à l’écart du troupeau. Praz Coutant à été je crois réhabilité en appartements de vacances. Pour Martel de Janville qui est pour moi le plus étrange et singulier c’était aux deux tiers abandonné qu’il maintenait ces dernières années une activité médicale en gériatrie. Une poignée de vieux dans un paquebot échoué à 1140m entourés de couloirs vides, d’étages désaffectés. Il avait été édifié vers la fin des années 30 pour accueillir les officiers et sous officiers tuberculeux, d’où le soin porté à quelques salles communes, aux sols. D’où aussi une certaine rigueur dans l’organisation interne. Et ce coté hors du temps, comme une réponse à une question qui n’existe plus ou ne se pose plus en ces termes. Toute une histoire avec ça, de Thomas Mann à Bruno Schulz pour moi.

  3. espace-holbein

    Ce sont de belles cartes postales jaunies, du suranné. Une élégance malgré la peinture qui s’écaille. Si Martel de Janville est destiné au dépeçage ou au démembrement par un prometteur immobilier, pour Guébriant, c’est depuis pas mal d’années les habitants du Val de Marne qui passent des vacances à la semaine dans les anciens locaux pour tuberculeux (mais quels locaux !)
    Effectivement le Centre Georges Pompidou a hérité de tout le fonds Pol Abraham. C’est une chance car son œuvre est assez étonnante. Il faut voir l’exposition qui se tient justement en ce moment au centre Beaubourg sur son travail. Ses dessins donnent envie de dessiner…
    Quand je parlais de « paquebots » accrochés aux montagnes, c’est pas un hasard : son père était charpentier de marine (breton). Si j’ai le courage (et surtout le temps) j’essaierai de faire un retour sur cette expo dans le blog.

    J’étais encore en février dernier à Plaine-Joux 😉
    Amicalement