Laisser traîner l’œil sur le monde

Je dois confesser un faible pour les propositions s’aventurant sur les territoires exsangues ou étroits de l’art, celles qui doivent pour leur salut côtoyer l’asphyxie, tirant leurs charmes de leur exactitude sobre, du suspend ou de l’embarras qu’elles imposent à nos jugements. Les photographies de Lukas Hoffmann exposée en ce moment à Toulouse pour le Printemps de Septembre déploient tout en nuances de gris une banalité extraordinaire qui, par l’oxymore, désigne une sensibilité spéciale, à la fois stricte et tranquille pour les paysages de notre modernité. Ce ne sont pas des photographies de composition à la géométrie affleurant, le sujet semble s’être glissé dans le champ sans être expressément l’objet, nul effet non plus, nulle séduction si ce n’est l’extrême délicatesse des tons, du grain. Une sorte de contention, ou un œil pensif, laissent flotter sur cette série la fascination d’un regard dépassionné, capturant les impressions ténues de notre sensibilité acerbe. Comme ce désarroi fugace parfois à la vue d’un monde qui semble à nos consciences un instant se laisser embrasser.

Printemps de septembre à Toulouse 2007, cite Croix-Baragnon. Photos confiées par l’artiste. Lukas Hoffmann©

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