Le mur (collection Antoine de Galbert)

Qu’est-ce que ça dit enfin de soi cette profusion là-verticale et sans hiérarchie, comment le regard y fouille, y lit ? Buter puis glisser ou dériver lentement au panorama, au déploiement, comme on étale les cartes pour y dénombrer les figures, cela que par réflexe, orgueil ou pour se rassurer on reconnaît, on nomme, dont on s’amuse du voisinage, dont on s’étonne comme une révélation des interprétations qui s’induisent, de l’évidence bientôt de cet ensemble-là malgré la variété, de sa cohérence. Que des petites formes bizarres ou brèves, obscures, naïves ou mal fichues affirment ici, à la faveur de ce qu’elles côtoient une nécessité comme dans le tableau une petite touche sommaire, presque anecdotique quelque part contribue à l’équilibre de l’ensemble, joue sa note nécessaire. C’est bientôt à la générosité polyphonique de l’art que l’on aborde comme à un rivage neuf malgré son évidence ; sa possibilité vaste. Tout n’est plus alors que traces (non plus objets d’un commerce, enjeux théoriques, autorités). De l’activité humaine dans son ensemble dans l’inquiétude qu’elle manifeste, trace des obsessions et tourments de celui qui les a rassemblé et dont elles forment une sorte d’autoportrait négatif. La collection a alors la figure d’une œuvre dont le matériau serait les œuvres et dont le geste serait l’élection, le rassemblement, la mise à jour de leurs points de contact. On rêverait de lever pareil et toutes ensembles les œuvres de l’humanité dans un chaos jubilatoire à la manière d’un compte rendu, d’un état des lieux, comme on lèverait le monde au bout de la langue. Objets non plus abolis à la faveur d’attitudes, de théories mais restitués au tumulte, hors la fabrique de l’aura. Bien sûr on envisage le geste aussi dans l’histoire de l’exposition et ses questions curatoriales et comment après les tentatives, les mouvements que l’on sait il se pose comme une évidence entre le parti-pris de l’autorité théorique et le niveau zéro du commissariat : tout montrer de ce qui s’accroche et l’étaler là devant le regard dans son évidente subjectivité. Ne pas prétendre à quoi que ce soit, ne pas faire histoire. Juste une façon pour soi de mesurer ce qui se joue en demi conscience, se tendre le miroir, retourner le subjectif. Tout le plaisir que l’on peut trouver aux collections privées, dans les libertés qui sont les leurs : elles n’instituent rien, ne sanctuarisent pas. Ce qui se raconte de l’une à l’autre c’est comment on accompagne sa vie de ces formes obscures et lumineuses traversées, traversant ce qui tous nous travaille.

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