Peindre est évidemment aujourd’hui une activité des plus anachroniques et cette voix qui se voudrait l’importance qu’elle a pu avoir par le passé ne fait que déplorer chaque jour comme pour les oreilles de son temps elle est à peine un frémissement assourdi par des médiats plus appropriés. La moindre célébrité d’un jour de télé réalité aura bien plus d’audience. Des artistes poussant les conclusions logiques de cet ordre établit pressentirent un footballeur pour en un film, comme au 18ème les tableaux de cours énuméraient les hommes de rang, faire un portrait du 21ème siècle. Et nous fûmes plusieurs avant projection même à juger par le programme la pertinence de la démarche, la juste lecture d’un état des lieux et les répercutions que cela pouvait imposer à l’art qui ainsi pouvait rester dans le coup, faire preuve de ses capacités constantes d’adaptation. Le Dieu vivant et la machine à dispenser la divinité: Zidane, le film. Et avec cela on pouvait se demander subrepticement si n’était pas touché là encore une extrémité, un terme, comme en son temps le carré blanc de Malevitch tâtait le fond d’une issue, en marquait la borne. Ainsi on plante un fanion sur un sommet ou sur la lune avant de redescendre. Sans doute après ce film ne peut on aller plus loin dans la voie qui en a désigné l’opportunité. Une bonne chose de faite. Des voies que l’on trace à quelques moments historiques, certaines notent une fois l’avancée faite, le point d’arrivée. Le talent est peut-être simplement parvenir à lire une situation et vérifier que l’on se trouve à un moment précis aux confins d’une ramification sans doute initiée par d’autres il y a longtemps. L’histoire de l’art aurait sous cet aspect l’allure d’une course de relais. Vis à vis de ça, s’employer à la peinture c’est sembler s’extraire du jeu des avant gardes et des pouvoirs à consommer comme on brûlerait des terres, constatant comme avec le temps il devient de plus en plus difficile de trouver un dernier lopin à enflammer. Ce serait faire en quelque sorte acte de résistance, plutôt que s’ingénier à s’inscrire dans le terrain de jeu que l’on sait dirigé par la consommation rapide, le spectacle, l’exhibition, y opposer le temps long et exigent, l’intempestif, le grignotage constant et obstiné du rongeur(le risque alors de passer pour négligeable, murmure isolé inaudible). Constater une réalité contemporaine sans s’y engouffrer. Et bien sur que l’on manipule un peu toujours les mêmes choses, car l’image numérique et les dessins de Lascaux n’ont fondamentalement pas grande différence, c’est toujours se figurer le monde. Inspecter les singularités affectives (on a toujours peur des émotions, des sentiments, y préfère l’explosion), les poches d’insoumission à l’ordre ambiant tout en maintenant un œil attentif aux mouvements du monde, s’imposer la distance nécessaire pour ne pas consommer sa vie dans le remous des lois de marcher mais comme le firent les derniers les surréalistes et les situationnistes, en faire une aventure, un amour éperdu, une folie. Ne serait-ce pas une violence que de proposer en toute conscience des images paisibles qui demandent un temps de digestion, sur lesquelles on propose de revenir, des images spéciales qui s’exercent continuellement sur un même arbitraire principe mis au point un jour et utilisé dès lors? Et ce n’est pas pour autant ne pas faire état des réalités de son monde, simplement ne pas s’y contenir. On sait par ailleurs comme utiliser les mêmes armes que l’oppresseur c’est déjà devenir un peu lui. (reprendre à son compte le modèle entreprenarial, le marketing…) Je nous souhaite d’avoir des vies folles et d’en contaminer un peu le monde autour.
Je ne sais plus qui disait : la majorité c’est ce qui exclut tout le monde.
Surréalistes et situationnistes ont bénéficié d’un monde qui était relativement figé, dont les couches sédimentaires avaient du mal à bouger …
Aujourd’hui, une image en chasse une autre, un artiste en remplace un autre, l’art qui était le privilège de quelques esthètes géniaux s’est démocratisé, la verticalité sacrée s’est transformée en horizontalité immanente, l’art sacré s’est sécularisé dans un mouvement perpétuel, brouillant les pistes et
embrumant les esprits.
Fukuyama prédisait la fin de l’histoire, il est fort possible qu’internet soit l’ultime soubresaut d’un art qui a perdu sa dimension religieuse !
c’est gilles deleuze me semble-t-il. je viens de lire cette citation dans le livre de stéphane audeguy « petite éloge de la douceur ». il a notamment écrit « la théorie des nuages » et « fils unique ». pour infos : http://www.samubu.canalblog.com/
>tietie, il est vrai qu’une accélération commencée au siècle dernier atteint aujourd’hui un emballement certain. Augmentation de la population, industrialisation, système tendu de consommation…, il nous faudra compter avec. Quand aux mutations Internet et fin du religieux, il faut voir ce que l’on entend par religieux. Bien sur la perte de l’aura entamée avec la photographie et la reproductibilité en général (Benjamin) s’est accrue avec la mise en réseau et l’immatériel. On a perdu l’objet unique et même souvent perdu l’objet au profit de données numériques. Mais dans le fond je ne crois pas que ce soit si différent des ateliers médiévaux qui produisaient des images pieuses à la chaine et selon caprices des commanditaires. Mais il faut noter que le monde n’est pas immuable une fois pour toute, c’est une vue qui se module suivant nos propres représentations. Normal que notre rapport à lui change et que viennent à apparaitre des modalités de représentation ou d’appréhension plus en phase avec notre expérience contemporaine. Enfin je ne crois pas que nous soyons défait du religieux, du mysticisme ou du spirituel. Quelque chose toujours nous dépasse, notre esprit y bute et se fait pour aborder cela des représentations. Que ce soit l’image unitaire qui symbolise l’incarnation ou le modèle ryzomatique proche de l’esprit baroque dans lequel le monde semble se déployer .
>anobyme, très possible. Ce sont des choses qui ont été reprises tellement qu’on en perd l’origine.