Les voies dévident des espaces de pensées souples depuis longtemps comme s’écoulent des fleuves lents.

Tentative de fiction, parce que quelque part on proposait d’imaginer le monde en hiver 2050.

Les voies dévident des espaces de pensées souples depuis longtemps comme s’écoulent des fleuves lents.

Les voies dévident des espaces de pensées souples depuis longtemps comme s’écoulent des fleuves lents. Ça circule à faible vitesse près de l’étendue où quelques uns stationnent : un flux incessant et las comme de se pencher sur une colonie d’insectes industrieux. Observer le trafic trop longtemps vous décroche la pensée et vous charme les yeux, c’est chose connue. Je n’y consacre qu’avec mesure bien qu’excessivement déjà. De loin, la rumeur qui s’élève de ces zones fait le souffle continu de la ventilation qui n’existe que tant que vous l’écoutez, s’efface dans l’habitude.

Avec le soir qui se couche monte une brume un peu rouge, le ciel là dessus s’étage en bandes horizontales d’un bleu profond, céruléen, desquelles se distinguent les routes du transit aérien, plus pales, tirant vers le mauve. A l’image des villes et des rhizomes qui les tressent, le ciel s’organise.

Après les géométries frustres arrangées d’enseignes, la navette distribue le long de son rail quelques groupes pressés, échevelés souvent de quelques individus plus mornes ou plus fatigués que le noyau distance. On prend plaisir à les suivre d’ici comme à une histoire dont on connaît la fin, peut-être simplement ils ne sont pas comme nous et on se distrait alors de ces fantaisies. J’essaierai un jour de dire cette attention bizarre qu’on porte parfois à ces insignifiances.

Tout à l’heure quelques arbres blanchis par le givre en bordure de la zone développaient des bronchioles de cristal. J’aurais été superstitieux j’aurais fait un vœux que je serais allé nouer à une branche légère. Quelque chose m’aurai rappelé les nuées de véhicules commerciaux qui se dispersent le matin, un à un similaires à leur cause. Je ne suis pas crédule, mais j’ai regardé plus longtemps que nécessaire ce spectacle singulier, attribut d’un hiver qui, de plus en plus, ne s’étire plus sur une période en définissant une saison, mais surgit ça et là, ponctuel et éphémère. Pour deux jours ou trois d’un froid profond, après reprend la douceur habituelle. A ces frimas subits et pénétrants répondent à la période chaude quelques accès brûlants parfois nuancés des journées exécrables. On dit cette année particulièrement fiévreuse et annonce déjà des pics de chaud et de froid d’une amplitude record, mais ne dit on pas la même chaque nouvel an ? Chaque record est remplacé par un autre et les nouveautés ne le sont qu’un instant.

En cette fin d’après midi, une lumière uniforme dessine sous chaque fenêtre un triangle d’ombre, les bardages de métal ajourés de motifs éblouissent sur une face alors que le mur végétal qui se développe dans l’ombre, du cinquième au 18ème étage environ, semble en comparaison lourd et mat, peuplé d’obscurité profonde. Je l’imagine un instant comme les arbustes givrés de tout à l’heure, épinglé de vœux, du plus bel effet. On a vu quelque fois du givre se déposer timidement sur des murs végétaux, mais seulement d’immeubles en déconstruction dont les parois n’étaient plus tiédies par les équipements. Un des magasins du boulevard des Shops à une façade ouvragée qui pourrait y faire un peu penser. Un grand designer japonais, je crois. A la vérité, je trouve dans ces murs verts quelque chose de sinistre. Quelque chose là-dedans fait écho à je ne sais quoi d’ancien et de sauvage qui me met mal à l’aise, sauf dans les murs raz à carreaux ou les murs numériques qui sont d’avantage visuels. C’est d’ailleurs un artiste qui avait le premier conçu ceux là au siècle dernier, mais beaucoup plus basique. La technologie ne permettait que ces choses archaïques et raides, j’en ai vu au musée.

Avec l’air froid et sec qui persiste en ce moment, les murs de la ville font l’impression de plus de dureté encore. Les voies rapides qui se tressent dans le fond comme des nouilles font un décroché net sur la zone des industries. Le trafic qu’elles canalisent joue de quelques éclats lumineux réguliers. J’ai reçu dernièrement des extraits Internet de ces vidéos gamma que l’on utilise en chirurgie et dont on peut acquérir ensuite le film « voyagez en vous même » et ces trajets organiques affectaient quelques analogies avec la déglutition régulière des voies rapides. Mais ça encore, c’est comme regarder le loader à l’écran, ça vous émousse l’attention, vous dépolie la vue. J’ai quelque fois des vertiges similaires quand je regarde quelque chose d’ancien, le temps quand il reflue ajoute brutalement en une bouffée tout son volume à votre bulle, c’est comme ces masques à oxygène du suburb’. Brutalement votre territoire s’étend et vous percevez les étendues glaciales qui séparent les astres et les époques. Il est difficile de savoir si le monde change ou si le regard que l’on pose sur lui après quelques années révèle des perspectives lesquelles sont accusées encore par notre propre avancée dans la vie. Nous vieillissons de concours. Il me semble que nous contractons toujours plus notre présent, que nous pressons passionnément nos terrains sur les territoires étroits et éthérés de « l’extrême contemporain ». Nous sommes pris par l’élan d’une course débutée bien avant nous, que l’on nous demande les raisons de notre course : on s’équilibre d’une chute. C’était peut-être hier, en recevant un doc. scientifique dans lequel on parlait de la taille de la tête qui augmente, des dents qui s’amenuisent en proportion inverse, la gestation était il y a peu de temps encore de neuf mois généralement, sans doute fut elle plus longue encore dans le passé. Parait-il, le cerveau ambitieux se presse contre sa paroi jusqu’à plisser et parce que nos têtes augmentent de volume, nos petits naîtrons plus frêles par le conduit qui, lui, varie peu, pour développer au dehors leur appétit de tête. En écoutant ça je me suis senti soudain comme un passager. C’est sans doute parce que je m’intéresse assez souvent à ces drôles d’histoires du passé, que dans l’immeuble du centre commercial je monte quelquefois à l’étage du musée à chaque nouveau divertissement culturel, qu’il me vient parfois cette curieuse inclinaison à contempler par les vitrages là où je vie, écouter le bruit mat des trois practices de golf au sommet des tours voisines. Je m’y laisse aller quelquefois. L’œil glisse aux façades de fenêtre en fenêtre, s’agace de s’y perdre. Mais cette déperdition m’apporte quelques lumières. La prétention de l’homme est une suite d’accidents favorables qui s’interrompra un jour. J’en ai quelque peu idée. Je considère avec un peu de distance l’algorithme tendu de nos systèmes. Les écrans, leurs réclames, perdent leur enchantement perfide pour redevenir des variations lumineuses colorées animées par le vertige de leur épuisement impossible. Tout ça n’a plus de sens, plus d’autorité, simple spectacle, simple étourdissement.

La découpe d’un oiseau à l’aplomb, un cri comme on grince une porte, glisse une ombre nette à l’angle de l’immeuble. Tendant à mentir toujours un peu plus la phrase de Wittgenstein selon laquelle le monde est émancipé de notre volonté, se développe de jour en jour un monde toujours plus soumis à l’industrie de l’homme jusqu’à l’image que l’on se fait de lui de plus en plus défaite de sa référence. Il y eu cette crise il y a 20 ans de là où les martyrs fous faisaient spectacle de leur mort, et bientôt commerce. Des vrais et des faux. Des petits états entiers à l’autre bout du globe se réveillaient en spectacle comme une épiphanie. Ils se consommaient tout d’un coup d’un appétit retourné. Nous en recevions des images impeccables par les informations ou les séries fictions, tout cela était démultiplié pour aboutir à une impression vague d’agitation uniforme. Je ne sais encore quoi penser aujourd’hui de ces morts tapageuses que nos pays dédaignent et dont ils craignent parfois la contagion ou seulement les éclaboussures (pourtant, en images, ils s’en délectent).

A bien des égards, notre monde ressemble à ces délires futuristes des siècles derniers, quelque chose en apesanteur, défait de sa masse, flottant ou dérivant. A la vitre comme à l’écran, je vois ça. Sauf que ces ancêtres n’avaient pas idée de la dématérialisation du problème. A moins de les comprendre au figuré, ils n’avaient pu concevoir qu’une sorte de vaisseau immense, en orbite ; non pas notre réalité virtuelle avec ses étages et son ossature grouillante de données aussi efficaces qu’impalpables. Comme dans un cauchemar il s’en répétaient quelques situations choisies. Sans jamais réellement conclure. (H. quelques nuits rêve… je l’ai vu hier en tchat. C’est curieux.) Ça me rappelle un vieux livre téléchargé par hasard et qui racontait sur une île qu’une machine faisait glisser les gens de la vie réelle mais fugitive à une immortalité virtuelle d’images se reproduisant inlassablement. Tant de présences aujourd’hui sont de cet ordre. Peut-être plus qu’on ose se le faire croire. Il est quelques naïfs pour ne pas douter de la réalité des opérateurs en ligne et vont jusqu’à s’étonner de recevoir toujours des offres promotionnelles qui les concerne, par coïncidence. Des inconnus les appellent par leur prénom et se souviennent mieux qu’eux de leur date de naissance. Mais peut-on se figurer avec exactitude l’épaisseur de notre réalité ? J’imagine qu’en des temps reculés ce fut plus simple, qu’il a pu exister des esprits généralistes capables d’embrasser correctement la situation à laquelle il leur était donné d’être. Qu’on s’imagine que nos cerveaux déployés sur une épaisseur confortable de deux centimètres s’étaleraient sur deux mètres carrés. comment se figurer l’envergure de nano processeurs couplés en rhizomes ? Et de tous les fils que nous tissons depuis longtemps, ces fils qui d’abord nous reliaient dans la tête aux objets que nous lancions jusqu’à l’animal, ces fils par lesquels nous figurions le monde au plat des murs, les axes et les réseaux et dont nous faisons des nœuds comme le vieux Lacan. Il faudrait démêler peut être nos désirs de fils. Alors qu’un chercheur épris de paléontologie racontait dernièrement, en tripotant quelque ossement, qu’il ne donnait à l’espèce humaine une espérance de vie supérieure à 200/250 000 ans, j’imaginais la fin de tout ça comme un glissement progressif du réel au virtuel jusqu’à ce que le dernier fil qui retienne les images à leur référent se défasse. Déjà on observe comme quelques icônes privilégient d’avantage le commerce de leurs images à leur réalité physique qui s’abîme en névroses au fond de quelques lieux privilégiés. Peut-être progresse-t-on plus vite que l’on croit ? (Et on sait comme le progrès n’apporte aucune matière, c’est combler des trous en en creusant d’autres.) On fait aujourd’hui beaucoup d’images pour rien, il n’est pas besoin de respirer de l’air pour envisager peu à peu des images de rien en un flux soutenu, s’entretenant par concurrence. Une fin qui n’en finirait pas de finir. Demain est annoncé un froid sec, un temps clair. Je sortirai le véhicule, le vieux, qui fonctionne encore à l’ersatz de pétrole, je ferai mon spectacle. Comme le siècle dernier, ou peut-être plus encore, nous sommes avides de bibelots et je sais mal pourquoi. Peut-être sommes nous effrayés de quelque chose sans vouloir savoir de quoi. Comme il est tard, je mets mon moniteur en mode nuit, dans trente ans on trouvera ce geste antique. J’irai manger aux jeux ces nectars de légumes frais dont la forme dit mieux que le contenu les bienfaits, y trouverai du monde à ajouter à mon groupe de contacts, oublierai un peu tout ça, les individus que le groupe distance, les murs sombres et enherbés.

4 Commentaires

  1. cigalll

    Happy Apocalypse
    Grosse bise
    Yann

    PS:
    En essayant d’oublier j’ai regardé une série, Heroes, ou Marvel, ambiance génétique, à dire les super héros comme évolution génétique « normale » de l’humain, de nous.
    Je crois que j’ai un don
    HahahHahAHaaa

  2. pop corn

    si tu me lis alors je vais essayer de faire moins de fautes d’orthographe..

    bon et t’en est où toi? pas encore en Norvège?

  3. cigalll

    héé bien sur je te lis
    Tous les jours quasimment !
    Même des fois plusieurs fois par heure…
    Tellement jsuis buisy
    héhé
    Et Norvége… 1er février…

  4. pop corn

    sympa, j’arrive pas encore à poster un texte par jour, c’est déjà la course. et puis en ce moment je lis peu et pas d’expo à visiter. ah! si les loyer parisiens étaient moins chers et la conjoncture économique/humaine plus favorable, j’irais souvent marcher à travers les rues du marais, falafel dans la rue des rosiers ou ramen rue saint anne…