Pensant à vous, j’en suis venu à me questionner un peu plus sur les capacités d’une image. Je voulais une image qui fasse du bien sans bien savoir quoi tout à fait. Comme je vous l’ai dit : que ce soit comme ces sorts qu’envoyait Artaud, chargés d’intentions magiques. Bien sûr, il y a quantité d’images qui nous apportent de différentes manières : par ce qu’elles excitent d’imagination, de pensées, parce qu’elles caressent les sens ou chargent d’une manière particulière notre façon d’aborder le monde par leur influence. Mais ça ne solutionne rien, la question m’arrive toute neuve : comment pourrais-je faire une image qui soit un outil pratique ? Disons, comme l’est un médicament. Il va de soit qu’il est peu question du sujet ; il ne s’agit pas de représenter quelque chose qui évoque le bien être, tout doit passer dans la manière, les qualités propres de l’image. Elle pourrait être comme ces formes simples, souples des galets ronds qui soutiennent tendrement le regard et s’offrent à la paume de la main comme un complément rassurant au creux qui la creuse. Une image à laquelle on puisse reposer sa nuque et puiser un peu d’énergie. Vivifiante sans brusquer. Et là il n’est pas question de saturer de couleurs tonitruantes ou jouant la gaité de carnaval, il y a une intensité plus profonde dans les demi-teintes bien assorties que dans la plupart des décorations festives. Oui, il pourrait y avoir quelque chose des peintures de Rothko avec ses émanations feutrées et puissantes. Je comprends mieux, je crois, les mots de Matisse : un tableau comme un fauteuil, un lénifiant pour apaiser l’homme qui rentre après une journée de travail. Peut-être faut-il d’abord apaiser le corps comme on se rend à la forme d’un bon fauteuil et, le repos acquis, parvenir à infuser quelque chose qui permette de renouer avec soi-même, relancer la curiosité au monde ? Que le galet ait une aspérité discrète qui finisse par prendre forme en soi après s’être révélée sous la pulpe des doigts. Et par le baroque de cette perle se laisser basculer dans un univers de plis qui complique l’épanchement. L’image comme une forme calme et polie, patinée, mais creusée quelque part – peut-être une trace, un signe qui s’esquisse tout en échappant à la clarté lisible. Si l’ensemble est de l’ordre de l’harmonie, de l’abstrait dans ce que ça induit de plus soustrait à l’apesanteur, que quelque chose rapproche de l’anecdote, ramène à la réalité comme un objet qui tombe alors qu’on rêve vaguement. Que ce bruit dans l’oreille cherche l’image qui l’apaiserait. Et dans ce lieu là, que ça relance alors comme on relance une roue après qu’elle se soit arrêtée dans la géométrie de son équilibre.
Je ne sais pas si au fond je ne verbalise pas ici quelque chose que j’ai toujours confusément cherché. J’espère parvenir à fabriquer sous peu cette sorte d’image que je pourrais vous envoyer et à laquelle j’espère que vous pourrez puiser.
Pensées amicales,
JL

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