Je ne peux faire autrement que de venir à nouveau à ce bruissement du monde au bord duquel on se tient. A ce qui panique l’image dans son immobilité hystérique.
Bruire : faire du bruit, répandre un bruit, du latin brugere, croisement de rugir et braire.
Et déjà cet incertain vibrant dans un lieu mal établi.
Bruit faible et confus fait de sons indistincts. Lorsqu’il chasse, encore que guidé surtout par la vue, il est souvent mis en alerte par le bruissement de sa petite proie. (Jean Rostand)
Car il nous faut écouter l’ombre qui peut nous happer, et dans le calme son envers de fureur toujours au bord de surgir. C’est inscrit au-dedans sans doute depuis les temps primitifs, ce par quoi d’abord nous nous confrontions à l’étendue. Du dedans montaient la faim, le désir, portés par une curiosité aventureuse et puis les rêves la nuit comme des visites, des images qui étaient comme le tunnel par lequel passait le dehors. Et si le monde ne nous parlait pas, il fallait lui arracher certaines de ses intentions par l’écoute attentive, l’observation des détails, ce que portait le vent, ce qui vibrait dans le sol et dans le paysage qui pouvait trahir la présence d’une proie ou d’un prédateur. Euphorie mêlée d’angoisse sans doute ces vastes étendues tour à tour amicales et hostiles que les rites sacrés et les cosmologies avaient fonction d’apprivoiser.
Se percevoir, simple, infiniment sur la terre. (Stéphane Mallarmé)
Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. (Blaise Pascal)
Sans doute est-ce le spectre des perceptions premières.
Bruissant comme dans le silence l’oreille bourdonne. Bulle de son qui fait entendre le silence en ce qui l’habite. Bruit blanc peuplé d’échos et d’hallucinations.
Dans ces images opaques : ce qui reste d’affut tout au fond du regard.
Je te joins pour aperçu un tableau en cours (qui me demandera encore quelques semaines) dans lequel j’aimerai parvenir à faire vibrer l’ordinaire, à charger le visible de ce bruissement.

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