Ou encore, les œuvres seraient la partie émergeante de ce fond obscur que l’on porte en nous. Les écueils suaves de continents enfouis. Une part de l’inconscient faisant surface avec ses formes intrigantes et familières. Et tous nos fantômes.
Et si la société doit être un grand corps qui nous rassemble tous dans nos individualités, les fonds de nos musées dessineraient cette obscurité commune à laquelle on irait tous demander ce en quoi on échappe à soi, ce qui nous habite et qu’on perçoit mal.
A y regarder, bien que l’histoire épure, éclaircit les reliefs, les îles demeurent singulières, dissemblables, elles se rassemblent mal en une évidente synthèse ; cela reste difficile à résumer.
Il faut croire que notre fond n’est pas tellement apaisé ni consensuel. Il a son tempérament. Il n’y a pas de grande vérité qui ne se fasse dépecer par les bêtes qui demandent qu’on les entende aussi. C’est un capharnaüm. Bien sûr les corps changent en changeant de milieu et les œuvres qui émergent changent vraisemblablement des formes informes qui les ont suscité au dedans. Malgré tout on peut y voir quelques types variés qui diraient toutes les volontés qui les portent : élan, raison calme, jubilation, tragique, fascination du ciel, angoisse de la mort, matière des choses, éther des idées, apparence des âges et permanence des âges, stabilité et vitesse, compréhension des choses et échappée (rationnelle ou mystique), comptes et décomptes, transfigurations, jubilation des sens, obstination terrible, désolation terrible, resouvenir, lutte contre l’oubli, mathématique, cynisme, politique au sens large, politique au sens strict, désinvolture, aller rencontrer l’autre, aller à la rencontre de soi, aller au hasard …
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