Lyon, une année sur deux (2)

Outre la traduction qui semble n’avoir pas été révisée suffisamment et à laquelle peut-être devons-nous imputer l’approximation du style et la lourdeur des enchaînements, la compilation des récits d’Hans Ulrich Obrist fraîchement parue aux Presses du réel en simultané de l’ouverture de la nouvelle biennale de Lyon dont il est le commissaire principal m’a semblé laborieuse et de peu d’ampleur. J’achevais précédemment quelques écrits de W.C. Williams et cela ne devait être favorable au suivant. En manière de comparaison je pense au journal de Hugo Ball qui, pareillement au microcosme dont il est question dans le livre d’Obrist, nous parle lui aussi d’un lieu étroit et d’une poignée d’hommes. Son témoignage nous transporte et nous émeut, il nous semble pouvoir comprendre un peu par lui la magie immense du monde. Au lieu que ces écrits de commissaire me font l’effet d’une mesquinerie et d’une approximation pénible, une manière de vous convaincre d’importance. De focaliser sans doute me fait plus insistant qu’il ne le faudrait et j’exagère peut-être.
On va faire cela, ce sera très compliqué, très simple et très intelligent, ça sera génial, personne l’aura fait avant et on écrira de quoi il s’agit, avec la date en bas. Voilà l’impression globale. C’est comme lorsque enfants nous inventions des situations avec trois morceaux de bois, un chiffon, « on dirait que ça serait les méchants et nous on… » à ceci près que ces jeux d’adultes – inventer des modalités d’exposition- sont nettement moins convaincants, moins charmants, ou que nous avons perdu la « conciliance » nécessaire. Ce qui me gène, je crois, c’est de juger de l’art ou de telle action par système de pertinence (grande ségrégation). L’art ne semble chez lui (dans ses propos) qu’un objet à manipuler des concepts ou des principes, des modalités. Et son intérêt serait celui d’un bricolage plus ou moins savant par lequel le commissaire essaierai de se démarquer constemment (comme on dit au foot ball) de ce qui aura été fait précédemment. On sait comme se poser des questions est une manière aussi parfois d’occulter un réel qui nous excède. Il se peut que l’on soit dans le même fonctionnement de pensée, alors très simple de jouer le même jeu. Si ce n’est pas le cas, plus rien de cela ne tient. «l’impression d’être tombé chez les voisins d’en dessous, disait l’autre.

3 Commentaires

  1. Thierry Kron

    Je me rappelle Hans Ulrich Obrist, il y a quelques années faire une conférence à Zürich pour un petit groupe, organisée par la galeriste Pressenhuber: Incapable de parler distinctement dans sa langue maternelle, l’allemand, mauvaise diction, pas vraiment sûr de soi, bref le cas typique des intelectuels de la plume, qui ne savent se vendre en directe. C’est aussi une raison pour moi de ne pas aller aux Lectures d’écrivains, qui sait écrire ne sait pas automatiquement parler à voix haute ou lire son propre texte. Quant aux commissaires d’exposition, j’en connais qui se gargarise avec leurs études universitaires, souvent la phylosophie ou pire la psychologie. Conférence sur un plasticien se terminant en cours sur Baudrillard…
    Obrist sait aussi être intéressant, voir ses recuils d’articles du passé.
    Je sais par expérience que les organisateurs d’expositions du calibre d’Obrist, se fabrique plus une carrière personnelle qu’ils seraient des Soeurs Teresa de l’art, mais et alors?

  2. pop corn

    en fait, le commissaire n’est ni artiste, ni écrivain ou phylosophe de l’art mais se situe à ces confluences comme une grue sur les docks dispose ci/là les containers.position peu commode.on peu comprendre que de là découle le bancale parfois de leurs propositions. je reprend ses textes depuis le début des 90′ mais pour l’instant, pas de grandes vues propre à nous enthousiasmer. en fait c’est surtout le bruit que l’on fait autour qui est déplacé.

  3. Thierry Kron

    Bon, ils font partie de la chaîne de la scène, ils sont l’huile de graissage, alors faisons avec! Ils me paraissent parfois être comme des invités à une table de gala, qui au passage des plats, se serviraient des morceaux qui semblent les meilleurs…