Le presque rien, le mal assuré, le fébrile à exister, éminemment tangent , le caprice, le malicieux, le déplacé comme on dit de ces populations pour lesquelles le territoire sous les pieds se dérobe, le ductile, le mou enfin, et le carrelage de céramique. Quelque chose des matériaux ménagers, cette placidité familière de ceux que l’usage courant -ou quelque accident- déplace ou modifie. Reposé ailleurs comme exténué, apathique, dans les poses que leur mollesse impose.
Ce sont ces moments de rupture ou tout se ramollit. Ce déséquilibre intemporel qui semble être imperceptible, indiscernable même, tant le vide saisi puis laisse en état.
Mais faisant figure, y tenant néanmoins.
-Un passe au large- Également abruti par le mouvement électrique de ces carcasses autour. Là mais presque pas, comme une méprise.
La saveur dans les textures presque plus que dans le goût, attitude nippone.
Invasion ou plutôt évasion de cet essaim de pièces de tabourets mous, descendants probables d’un ancien ready made flirtant autant avec le champignon halluciné qu’avec la soucoupe volante sexuée.
Affaissement tentaculaire d’un improbable porte manteau inapte à contenir sa nature animale qu’il échappe au sol.
Et si l’objet fut voulu comme un prolongement du corps de l’homme, c’est un héritage qu’il porte en lui, que nos contes animent la nuit dans nos histoires pour enfants ou quand l’homme de raison s’énerve contre une table qui le heurte. Trahi la vieille histoire de ce monde qui se meut, s’encourage, se suggère.
A un enfant de 6 ans : « La lune est intelligente ? – Oui, parce qu’elle éclaire pendant la nuit. Elle éclaire les rues, les chasseurs aussi, je crois, dans les forets. –L’eau des ruisseaux est intelligente ? –Elle est aussi un peu gentille. »* Quelle intention derrière un phénomène ?
Un volume et son ombre appariés par erreur et comme unis pour la vie. Couple aberrant et bonhomme. Participe à l’écart.
A première vue, on dirait du hasard. Mais ce hasard n’exclut pas le sens. Ou bien, si le mot sens ne convient pas, disons que la trace ou l’impression persistante que laisse ce qui se passe tout en changeant sans cesse. (…) Pourtant quelque chose a lieu et, malgré moi, je veux être présent dans l’espace de cet instant, de ces instants et dire quelque chose, même si cela doit être oublié, qui fera partie du voyage pour autant qu’il pourra durer.*
La capacité des choses à nous emmener ailleurs, elles ne savent distinctement à quel lieu elles appartiennent, la poétique espièglerie du monde si tant soit peu que l’on se montre attentifs à ce qui, ne faisant que passer, relève plus de l’accident que de la substance des monuments.
Beaucoup de gens croient que ce qui ne dure pas est moins vrai que ce qui dure ou que ce qui est dur. (…) Or, il y a aussi des gens plus propices à regarder, à observer, voire à contempler. Ils attribuent aux formes une puissance de vérité. Ils pensent que le mouvement est plus réel que l’immobilité, la transformation des choses plus riche d’enseignements, peut-être, que les choses elles-mêmes. Ces gens se demandent si l’accident ne manifesterait pas la vérité avec autant de justesse – l’un n’allant pas sans l’autre, à leurs yeux – que la substance elle-même. (…)Ils suivent la fabrique de l’image, ils observent la chrysalide, ils attendent, yeux grands ouverts, les latences de la forme longtemps prisonnière. Ils surprennent quelque fois, un moment de gestation, ils voient quelque chose se former : émotion de découvrir cela.*
*Jean Piaget, La représentation du monde chez l’enfant. PUF
*Paul Auster dans Espaces blancs, précisément.
*Georges Didi-Huberman, L’image brûle.
Exposition Oriane Déchery, Pierre Tectin – Option molle/Option variable Galerie Droite, Paris 75006 – 2 mars 2007.

Quel étrange voyage dans le temps tu me fais faire avec l’évocation de Jean Piaget, que j’avais oublié, depuis le temps où je n’use plus mes jean’s sur les inconfortables mais si vibrants bancs de la Sorbonne…
Tiens! On lit Piaget en psycho, non? Ou en pédiatro?