où que l’on soit encore

« Des voix donc. Des voix qui creusent de la manière la plus directe et la plus simple la saisie du monde un temps offert à sa profération possible. Alors seulement, voix du dehors (de la ville qui pénètre ici, et qui écrit), voix du dedans (de la langue qui lui répond). Que cette ville, cette époque-là, ce monde qui eut un nom, et qu’on écrit dans son oubli, qu’on écrit dans sa perte, que cette ville et ce monde demeurent, est la seule chose dont nous puissions témoigner. »

C’est plus qu’un zeppelin silencieux, qu’une éclipse, la nuit qui d’un mouvement stellaire éclaire de sa manière spéciale le monde apaisé. La ville résolument nocturne, l’énigme qui étend ses angles et ses travées, théâtre de douleurs et d’errances, où les solitudes s’habitent mutuellement, en est sujet et décors. Des pas aux échos des murs, des voix que la ville la nuit alors nue emporte et épuise, parfois leur netteté dans cette nuit même et sa froide indifférence, la conscience qu’elle fait de l’espace et du temps, du vide entre les astres. Les choses qui passent ou auxquelles nous passons ne laissent pas le temps de se préciser et donnent au monde des reliefs diffus et mats auxquels la pensée se dirige mal et se dissipe, des lignes d’erres. Bruits de pas projetés aux parois creuses des rues. Heures en quelque chose poisseuses et accablées. Quand attendre le sommeil tellement que c’est comme le repousser et le considérer de loin. Ne pas l’accueillir en soi pour garder la distance nécessaire au regard par laquelle on demeure émergé, intègre. Ne pas parvenir à lier les phrases ou les tordre à soi mais les laisser se déprendre par la nuit. C’est un vertige horizontal, le monde se répand à partir de soi comme les ondes concentriques à un étang planté d’une pierre, d’une douleur. « et sur ce bruit mat qui s’éloignait s’accrochaient fermement les larmes de cet homme. »

C’est un livre au développé spécial -coupé, récapitulé et continu- qu’à le monde lorsqu’il se propose au travers de la vitre d’un train, d’une insomnie.

4 Commentaires

  1. cigalll

    c’est un beau brouillon

  2. pop corn

    sur les petites pages d’un petit carnet, plus simple que d’habitude. pour un bloc ici posté dans ces pages c’est souvent des notes éparses, des feuilles encombrées de bribes, de rajouts, de paragraphes qui se déplacent et des flèches, des *, des (), des – et des ratures, beaucoup.

  3. Arnaud Maïsetti

    La main qui décompose le mouvement sur le papier, et le papier qui organise son propre chaos ; la feuille de brouillon (avec flèches qui ne conduisent nulle part, sens interdit, impasse et relance, et ouverture aléatoire des échangeurs de circulation) : image même du cadre, de la fenêtre par laquelle nous parvient le monde, et depuis laquelle nous parlons

    « l’homme occidental, c’est l’être qui voit le monde sur un écran et à travers une vitre. »

    la feuille comme regard, écran et vitre, et chemin de traverse, et traversée.

    (merci)

  4. pop corn

    des affinités à la lecture. il faudra qu’on fasse un jour un bouquin ensemble