parce que c’est un exercice divertissant, qu’on hésite souvent à y jouer parce qu’on sait que l’on sera hâtif et à l’emporte pièce, point de départ donc d’une discussion.
En art nécessairement il s’agit souvent de questionner les procédures et les interactions contextuelles, sujets théoriques qui peuvent tendre à négliger la condition profondément esthétique des œuvres. Il est vrai que l’emballement du marché et le règne d’un appétit de consommation exacerbé invitent d’avantage l’artiste à proposer constamment de petits ou plus gros « coups » assurant sa présence et sa visibilité, lesquels sont rapidement montés à l’aide de quelques matériaux communs plutôt qu’à élaborer une réflexion hasardeuse et exigeante. Une logique de rentabilité, de l’investissement qui y suffit. Une réponse facile et actuellement incroyablement courante est l’usage de la référence à des œuvres plus ou moins lointaines (mais le plus souvent contemporaines, tout ce qui a plus de 60 ans est un vaste brouillard antique) qui, tout en permettant de justifier et même valoriser à peu de frais un manque d’imagination plastique, a le défaut de déconnecter l’art du monde qu’il réfléchit en diminuant son champ expérimental au vase clos et ressassé qu’il reconnaît comme sien. On joue avec ce que l’on connaît déjà plus ou moins mais décline dans un ordre ou un autre. Les « reprises » qui s’apparentent généralement à la remise à la mode d’idées plus ou moins datées sont plus proches des remix enfantins que des remaniements féconds d’un Cooker reprenant des Beatles « with a little help of my friends ».
Quelques fois nous pointons comme sous couvert de vague référence (version plus libérale que la citation ou l’hommage) pas mal plagient des univers inventés par d’autres sans en adopter le combat ou l’implication qui étayent les images d’un propos -esthétique au dépend d’une éthique- pour sans scrupule en faire commerce. Olivier P. adoptant l’esthétique de Peter Doig sans en posséder l’épaisseur émotionnelle, juste une imagerie. Karim G. et d’autres faisant usage des formes des Memphis designers comme la mode pioche dans quelques anciennes productions. Delphine C. pillant purement et simplement quelques minimalistes anglais. Si les mots sont à tous le monde on peut avoir l’honnêteté de ne pas trop revendiquer les idées que d’autres poussent plus sincèrement et avec une coudée d’avance. C’était troublant ces dernières fois de visiter des foires et constater que sur des pièces qu’on croyait reconnaître étaient collés d’autres noms. En réaction à ce pillage et ces imitations, une revue a ouvert une chronique « coïncidences malheureuses » qui, étant donné le chantier, à grande chance de ne pas trop peiner à remplir ses colonnes. Pas étonnant qu’on puisse imaginer que dans cent ans les productions du siècle semblent émaner de la même paire de mains. A d’autres moments l’emprunt des formes cède le pas à une légèreté. Que ce soient quelques uns qui, sensés représenter les façons les plus éminemment actuelles et loués pour ça, font preuve sous la mince couche de couleur d’un conformisme effrayant. Ou quelques autres actifs dans le bibelot mais avec grande opinion, doués pour le maniérisme le plus séduisant et la plus grande « consensualité », absorbés à leur insu par des lois commerciales d’offre et de demande alors que l’art respectueux de lui-même devrait y opposer toujours ses exigences. Ceci n’est pas nouveau, chaque siècle à son académisme, ses productions de masse pour salons bourgeois, mais on s’étonne que ces petites choses aient de telles faveurs. C’est peut-être de visiter les foires d’art qui, par définition son fertiles en objets de la sorte, qui donne un aperçu si pessimiste. En plus, ça passe bien à l’image pour les rubriques mode, un frac peut s’en mettre de coté pour témoigner plus tard de l’époque. Il est curieux néanmoins que, pouvant disposer non loin des objets théoriques qui permettent de faire retour sur ce qui le conditionne, l’art continue souvent de demeurer un aveugle pantin, étranger aux causes qui le détermine, louche et enfantin. Toute une masse s’agite à la vue des séquelles maigres de son agitation. Ça fait l’effet d’un chiwawa qui, dans un salon cossu, se lèche le croupion. Sauf peut-être que les objets comptent moins que les mystifications que l’on construit autour et souvent il est vrai on observe des regards sans acuité avaler des formes offertes plutôt que d’en sonder longuement le fond.
j’aime beaucoup cet article
bien
ça fait du bien
Un de mes professeurs opposait il y a peu les « références » faites aux artistes (ce qui suppose une réflexion a priori sur l’histoire de l’art) aux « analogies » (soit un rapprochement fait après coup pour justifier un travail).
Sylviane
BOURGEOISIVITE
Discuter dans le vide
Plutôt que de tailler dans le vif
Voilà pourquoi l’art
Manque d’oreilles attentives
Pour pratiquer cet esclavage libertaire
Dilemne insouciant qui agite
De ses acrostiches soyeux
La pédanterie galopante
Des univers atrophiés
Et des mausolées universitaires
plus étonnant ensuite que les commissaires s’occupent à faire parler ces formes, les agencent et re créditent pour combler l’arbitraire.
LES CHARMES DU PERIGORD
Abolument rien d’étonnant
Dans le fait de voir
De sérieux canards s’enduire
De goudron ou d’asphalte
Afin de démontrer
Qu’eux aussi ont des plumes
Dont ils croient
Dans leur vivifiant génie
Que les regards avinés
Les voient brillantes
« Les prétendus enseignements de l’histoire littéraire ne touchent presque pas à l’arcane de la génération des poèmes. Tout se passe dans l’intime des artistes comme si les événements observables de son existence n’avaient sur ses œuvres qu’une influence superficielle. Ce qu’il y a de plus important – l’acte même des Muses – est indépendante du genre de vie, des aventures, des incidents, de tout ce qui peut figurer dans une biographie. Tout ce que l’histoire peut observer est insignifiant »
Valéry, Variété
– à noter qu’on peut aller beaucoup plus loin que Valéry dans l’optique de ce raisonnement.
– à noter que ce qui est dit ici à propos de la poésie peut être étendu sans aucun souci aux autres arts (voir à ce sujet la pertinence du « classement » des muses chez les Grecs; comprendre le pourquoi de leur ordre d’importance donne une vision très claire de ce qu’est l’art dans sa globalité, l’actualité n’étant toujours que passagère)
une bien belle bafouille, ma foi.