Cela qui dans votre maison même, dans votre possession puisque vous l’avez acquis, vous échappe, c’est une découpe ronde blanchie au kaolin, à la coiffe symétrique et haute, noire. Des yeux ronds et plissés sur des lèvres en cœur rougies auxquels on reconnaît une mystérieuse beauté qui fait d’abord penser à quelque chose de chinois. Ce visage qui est moitié signe moitié défunte porte impassible et malin la beauté féminine et la sérénité des anciens, ceux renseignés de l’au-delà. En ce qu’il est signe il clos sur lui même en une parfaite symétrie les attributs de la face jusqu’au losange frontal dont les neuf points sont la perfection et la sagesse et situent autour du principe créateur les points cardinaux du monde et les couples humains. Quand à la défunte, apprêtée comme gaïcha ou comme ces corps exacts et presque figés du théâtre Nô, elle porte haut les sourcils par dessus ses yeux fendus comme une myope écarquillée. Se souvient qu’elle était dansée sur échasse sur une rive haute du Gabon et en garde malice et hauteur.
BLACK BEAUTY EYES
Les yeux de la femme africaine
Sont chargés de venin
Transparent et multicolore
Ils lisent sur l’asphalte
Les traces résiduelles
Des jungles urbaines
Qui éclaboussent de leurs fards
Les chants de givre du coton
Ils sont le passeport avec visa
De ceux qui voient sans crainte
Que l’espace Schengen
Est un camp de concentration