
Des bientôt quatre ans passé ici, les 20m2 investis à deux, ordinairement saturés du dépôt de la vie. La cohabitation dans un espace trop étroit et encombré pour que l’on puisse s’y croiser sans emporter dans un plis de sa manche un papier qui tombe, sans s’accrocher les pieds dans les nombreux câbles qui relient tout l’équipement aux deux uniques prises de la pièce compliquées de multiples. Une putain de mélasse qui opprime l’air aussi, enfoui tout, écourte les mouvements sur des cercles plus étroits et toujours interrompus. Quelques semaines déjà si ce n’est quelques mois que l’on ne peut passer la porte d’entrée que de profil et sans sac à dos son pivot étant arrêté par la masse qui tient derrière, le placard qui dégueule. Et les choses à enjamber ce qui n’est parfois même plus possible et alors marcher dessus accablé. Les piles de livres de mon coté, de fringues du sien, qui s’écroulent et si une porte claque, étouffée souvent par ce qui l’entrave, une pile quelque part qui s’affaisse alors à l’arrière d’une étagère, inatteignable. Le ménage devenu impossible sur le peu de surface disponible, la poussière partout. La confusion qui contamine la tête, le mal-confort semblable à l’usure du collier au cou du chien. Rangement impossible car ce qu’on a, on l’empile condamnant ce qui se trouve dessous et dressant ça et là des édifices instables qui s’augmentent de jour en jour et souvent s’écroulent. Et tout les objets qui ne s’empilent pas, les petits cadeaux, les utiles. Juxtaposés ils leur faudrait au moins double de surface, alors on empile aussi, on fait tas de ce que bientôt on n’utilise plus, épuisés à l’idée même de les extraire de la masse. Cadeau de noël un robot mixer rangé correctement en haut du placard dans la cuisine : il faudrait pour l’atteindre apporter une chaise dans ce réduit de moins d’un mètre carré grimper dessus. Mais déplacer une chaise à travers l’appartement n’est pas pensable au regard des obstacles, la poignée de porte vous attrape, vous en dégager vous cogne ailleurs et quelque chose tombe en domino quelque part et poser le mixer où, le laver et l’égoutter où si démonté il prend exactement toute la surface disponible. Ca vous désespère. La cuisine comme un placard, on s’y tient debout exclusivement. S’accroupir est pénible car à votre cercle, tout est tangent, ça accroche à plusieurs endroits en même temps, vous attrapez ce que vous avez échappé mais votre mouvement emporte un sachet de purée fermé car vous avez de la chance mais c’est pas tout les jours. Sur le bureau se cornent les papiers urgents mis en évidence parce qu’à traiter enfouis par le courrier du jour, agenda, billets de train, poches que l’on vide, livre en cour. Le plus fatiguant : plus rien n’est visible, tout est noyé comme un pudding, tout tombe ou vous accroche.
oui mais ici, on se sent chez soi… on doit sûrement être tellement habitué que les yeux fermés, on petu se déplacer dans le désordre en ne faisant tomber que 2 ou 3 papiers ou babioles… le corps s’est empreint de cet espace jusqu’à y faire ses marques, ses empreintes, son refuge ?
le désordre est aussi un puzzle d’espace, un tableau qui vibre incessamment, se renouvelle pour chaque jour constituer une nouvelle figure, une nouvelle composition… de la tension de ce qui est entrain de dégringoler, de la tension de ce qui va tomber, de la tension de ce qui s’est éparpillé, s’est saupoudré par terre, de la peinture entrain de sécher dans un coin, de la vaisselle que tu n’as pas eu encore le temps de laver, de cette tension, c’est un magnifique portrait de vies et d’espaces… j’ai bien aimé te lire.
et encore, c’est grand chez toi
comme les choses s’accumulent et finalement nous entravent, je sais pas, quelque chose comme 600 bouquins, des cours, des papiers divers… on est mangé par son refuge.
Finalement quitter cet endroit trop petit? n’était-il quand même pas douillé et votre échelle?
et qui te dit que le suivant ne sera pas engloutit lui même?
plus on a de place plus on prend… mais je te l’accorde c’était un peu petit…
roxane
et forcément dans le bordeaux/paris, j’ai lu 3 bouquins (impatience de F. Bon, L’épave de Yves Ravey et Jerôme Lindon de Jean Echenoz) et avancé quelques pages de Céline, voyage au bout de la nuit. ça contribue à l’encombrement régulier. je rêve d’un beau mur où une étagère courerait sol au plafond pour ranger tout ça.
Salut,
Je t’ai pris un rdv avec M6 et celle qui fait le ménage chez les gens. Demain 15h ça te va?
Flo