Route(s)

Petite note des dérives, juin.

Ça vous prend d’aiguillonner ce qui en vous s’établit depuis la route, d’aller à l’avenant. De poser un bon paquet de pas. Une route de campagne. Vous réalisez que vous n’êtes jamais dans ce contact du bitume, dans cette observation précise des rapiècements qui terminent la voie par des bords incertains. Alors que son échine vous dévoie, régulièrement un pied dehors dans la partie terreuse, les tâches noires visqueuses de ce que vous identifiez bientôt comme des limaces exténuées, desséchées à 1/10e de la traversée, donnent si on veut bien se laisser aller à cette attention un petit quelque chose d’épique. Tout au long, des tentatives stoppées avec plus ou moins de brutalité. Rien ne semble pouvoir vous retenir ni devant ni en arrière. Vous échappez des musiques. Nancy Sinatra, Rimbaud – et comme Mallarmé, « se percevoir, simple, infiniment sur la terre ».

Vous regardez celle qui chante. Vous regardez la lumière blanche par la fenêtre. Vous contemplez le cristal de la neige sur la terre, le flocon de la voix sur la chair. Vous mélangez tout. C’est votre façon à vous d’y voir clair. (Christian Bobin)

3 Commentaires

  1. cigalll

    Des fois peut être, et là il faut s’arrêter longtemps, les ptites limaces arrivent à traverser.

  2. pop corn

    Suis pessimiste?
    En tout cas la dernière citation de Bobin, je l’avais notée dans les pages de mon carnet et comptait au départ l’utiliser pour parler de vos manières de bricolages, me suis dit que ça pouvait coller à ton boulot.. well, bonnes vacances limace, fait gaffe quand tu traverses! héhé!

  3. cigalll

    nan nan, j’ai pas dit que t’étais pessimiste.