
Sombre, retirée dans les étages de l’espace électra et comme confidentielle, l’exposition de Sacha Ackas s’appréhende à la manière d’un grenier spacieux dans les soupentes duquel des vestiges surannés jouent en petits groupes des scènes énigmatiques. Ce sont parfois une association de miroirs veillant une baignoire empire, ailleurs des pièces de lit remisées, des lis pris en bouquets dans de la mousse expansée, une concrétion charbonneuse dans laquelle coule du lait, un lit à baldaquin… et cet archipel de lieux étranges dessine de proche en proche un paysage singulier qui rappellerait la manière métaphysique des toiles de Chirico, le théâtre de Kantor – à un degré plus haut de mélancolie. Ces quelques objets tracent un paysage intérieur, fortement onirique, piqué de rémanences, dans lequel chaque chose semble prise, non pas dans une immobilité, ni un silence, mais une sorte de temps gelé qui tient autant du deuil que de l’aphasie saturnienne.
Dans cette peine ombre les psychés croisées tantôt n’ensorcellent aucun éclat, elles sont comme des orbites aveugles, dans la baignoire surnage d’une eau glauque un vieux bois, comme un corps noyé, auquel fait écho là-bas une photographie tout aussi lugubre. Plus loin une forme noire au mur. Partout cette humeur noire. Une série de dessins à l’encre, quelques traces, comme les quelques plans d’une vidéo qui passe sur un téléviseur posé au sol, font état d’une sorte d’impossibilité à énoncer, à établir ou à aboutir. On pense aux lettres de Artaud dans l’ombilic des limbes, une incapacité morbide due à un délabrement interne, un engluement psychique.
Dans une certaine mesure, ce paysage mental tout à la fois bariolé et équarri difracte une dégénérescence carcérale, le terrain calciné d’une âme en dérive d’elle-même. C’est ainsi que nous abordons l’artiste : « de lui on sait si peu, des rumeurs, une histoire rude qui tient en deux ou trois certitudes, cet artiste est trentenaire et il est incarcéré en Afrique du Sud », alors ce « roomscape » peut se donner comme le lieu où se mélangent les humeurs bilieuses et les étendues qui lui sont retirées, le lieu d’un travail intérieur.
C’était une discussion récente : ces manières de bricolages énigmatiques où l’œuvre n’est pas tant faire un objet que faire d’un espace un lieu investi de signes polysémiques, sans discours, sans concept, c’est comme un ré enchantement du monde.
Dans ce baldaquin antique où balance une balançoire on imagine Sacha Ackas un peu à la manière du chat du cheshire s’effaçant dans un sourire énigmatique. Distribués autour de la malice en une scène onirique, des meubles de location, les histoires qu’ils suscitent.
Roomscape, Sacha Ackas. Espace EDF electra.

merci jé tu sais si bien saisir les choses. celles qui sont entres les choses..
a demain!
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