Un moment s’épaissit des expériences précédentes. Toute émotion esthétique est cultivée. Et du coup, écoutant cette scène poétique qui, hier soir, réunissait Fred Griot (avec Yann Féry) et Armand Dupuy, je ne pouvais me retenir de penser à la fameuse soirée où Ball au Cabaret Voltaire donna cette représentation en costume dont il donne témoignage dans son journal. Pas plus que je ne pouvais empêcher le reflux des phrases d’André Martel lorsque Fred Griot parlait sa « lang basale », et par un jeu de ricochet, sans pertinence critique aucune, je pensais à Dubuffet (il avait illustré un texte de Martel) et sa langue de tourbe et de boue. Et poser là le mot boue nous emmène encore jusqu’à la genèse. Les choses se tissent et tiennent en nous sous cette forme. On n’en sort pas. L’impression parfois aussi furtivement d’écouter quelque chose qui serait de l’ordre de l’improvisation sur un phrasé de Rabelais, portée par les sonorités par ce qu’elles imposent au corps comme posture, comme bouche. Jouer la langue en bouche. (pas la même chose de lire que d’écouter) Les mots se répètent,(comme lors que l’on cherche une note) martèlent un rythme, tiennent des sommets avant de se laisser rouler et de fixer à nouveau un autre point culminant. On voyage dans le texte comme sur une carte en relief. Et cette musicalité portée par des accents chantants me faisait penser à Loïc Lantoine faisant « de la chanson pas chantée ». L’impression que le texte devient une coulée, coulée de boue charriant des morceaux reconnaissables de rues, d’hommes, de langue. La poésie parlée est comme une manière de rompre la solitude laborieuse de l’écrivain et procure cet enthousiasme, cette petite transe de la scène quand l’auteur tout physiquement devient porte-voix.
On trouve la captation vidéo de cette soirée sur le site de la bibliothèque Pardieu.

et captation vidéo / mp3 ici:
http://php.bm-lyon.fr/video_conf/detail.php?id=358
revenons à ton billet de janvier sur Pollock,
as-tu lu/vu Lettres Américaines (dessins inédites de Charles Pollock) Le Roy Pollock et ses Fils? chez Grasset
non, pas lu. J’accumule les lectures en retard. Merci de l’info quand même.
Dubuffet… Rabelais… charriant des morceaux reconnaissables de rues, d’hommes, de langue…
touché de cette lecture, avec des mots que je pourrais m’approprier
une bonne expérience d' »entendre »