Slimane Raïs / Lilian Bourgeat


Dans le parc de sculptures de Taninges en Haute Savoie on peut voir en ce moment, disséminés au caprice, huit oreillers de bronze peint portant l’empreinte de la tête de dormeurs. Petits affaissements intimes du tissu, saisis dans l’airain comme des petits théâtres où ont fermenté des songes. On imagine alors que l’empreinte conserve un peu des rêves dont elle a été témoin et inspirera ou restituera leurs extravagances, leurs tunnels secrets et leurs plis à celui dont elles accueilleront le repos. S’installer dans la trace de l’autre en attendant le songe… Supposition poétique qui dit un peu comme l’art de Slimane Raïs, nourri des expériences intimes de chacun, d’un désir du monde de l’autre, préoccupé de passage et de partage, est un art de la confrontation des intimes. On peut voir aussi, outre plusieurs pièces de Lilian Bourgeat exposées dans la Chartreuse de Mélan, la dernière œuvre de l’artiste acquise pour le parc. D’ordinaire, les sculptures de l’artiste belfortin font l’effet bouffon d’incongruités en se présentant comme des objets courants devenus inutilisables parce qu’agrandis considérablement. Ils sont là, extraits à l’ordinaire, enfantins, improbables, gonflés d’ambition comme le crapaud. Toute tentative d’utilisation invite le burlesque. Aussi on parle de contes à la Lewis Carroll, des lilliputiens de Swift. Face aux montagnes, monuments exemplaires dont la démesure suggère en l’homme le sentiment du sublime, c’est-à-dire de l’extraordinairement grand, de l’infini – « hors-d’échelle » en lequel la pensée se perd et s’exalte entre angoisse et fascination – le banc public qu’à installé l’artiste agi autrement, d’une façon plus romantique : Soudain ce n’est plus le mobilier ordinaire qui souffre d’hypertrophie, c’est nous qui sommes petits à contempler un monde qui nous dépasse. Plaisir négatif, sublime magnifique et terrible. Abîme, disait Kant, dans lequel sourdent les grandes idées et les grands sentiments – les grands rêves.

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