A vrai dire, c’est une très vieille histoire et qui semble s’être esquissée il y a 80 000 ans au moins d’après les plus anciennes traces iconographiques humaines retrouvées dans des cavités sableuses en Afrique du Sud. Que ce soit sur un support éphémère, aux parois de grottes, surprise sur un simple caillou semblant esquisser une face humaine, sur le corps même. Et plus tard, dans ces faces qui doivent représenter l’incarnation christique, les icones. Dans les pierres droites que l’on dresse en accord avec le mouvement des astres, dans les architectures que l’on érige, les statues et même la lumière impalpable qui filtre à travers les vitraux, les ouvertures. Dans les photographies de Nadar, de Daguerre comme dans les corps dressés dans la lumière de Fra Angelico et Pietro Della Francesca et dont il semble que l’on pourrait faire le tour. Dans les architectures simples, fonctionnelles et claires que Le Corbusier définit aussi comme des volumes dans la lumière. Dans les plans construits du cinéma d’Ozu, de Wenders, dans ceux de Hopper et la lumière sur les murs. Dans le travail quasi architectonique du volume chez Cézanne, montagnes et pommes. Le paysage compacte qu’offre un visage pour Giacometti. Cette présence. Ce que l’on construit pour circonscrire un sentiment qui n’est peut-être que la symétrie de la conscience que l’on a d’être à la fois dans le monde et légèrement mis en retrait par le travail de la conscience.
Et là-dessus, Braque : « Le peintre ne tâche pas de reconstituer une anecdote mais de constituer un fait pictural ».
C’est cette chose là, peu spectaculaire, installée dans la grande temporalité plus que spécificité actuelle et pourtant à laquelle on revient singulièrement quand au présent se laisse ressentir un certain vertige, un étalement sans direction, une forme de confusion qui vous laisse désemparé. Cette chose là qui me préoccupe.
Inlassablement depuis plusieurs années maintenant, mes errances à travers les paysages périurbains me font buter à cette familière étrangeté de bâtiments s’arrangeant d’un peu de végétation pour dresser sur l’étendue dans formes d’images, de points d’arrêt, leur présence opaque.
Les tableaux, comme les vues qui les ont initiés, sont autant de fragments, d’éléments mobiliers susceptibles d’être montés comme l’on dit d’une séquence narrative, organisés, mis en relations ou isolés. Ils dessinent une sorte de cartographie souple déployée à travers l’espace et le temps, échappant à toute linéarité.
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