Mardi, retour Paris. Mercredi agreg, rapports de l’image avec le réel, W. Benjamin. Jeudi La valeur documentaire des œuvres photographiques et picturales durant l’entre deux guerres. Vendredi, épreuve pratique. Fiction. Mardi dépôt toiles Montrouge pour le salon. Mercredi retour Valenciennes. Quelques 150 pages de Kafka le long de ce TGV 7113. Le Journal et manuscrits non achevés. Préparatifs de noce à la campagne. Façon d’appréhender le monde en étranger, observant les moindres détails des mouvements humains, les mimiques et les affections comme on observe et note scrupuleusement un signe d’une langue inconnu avant d’en déduire les supposées significations. Avec un détachement qui met dans tous les rapports possibles un sentiment d’abstraction, de factice. Détachement très vite incohérent avec l’implication obtuse, inextricable du narrateur d’autant que les fondements de la situation semblent devoir lui demeurer inapprochables. Cette façon de noter. S’instaure alors un malaise, comme le son et l’image dans un film continueraient de courir non synchrones, poursuivant dans une régularité de plus en plus aberrante un décalage dont on ne sait plus la cause et dont les conséquences ne semblent pas même envisageables. Les gestes quotidiens, anonymes de nos existences sociales, le langage du corps, ne semble être que maladresses et mouvements empruntés d’un corps mal assuré, un corps dont on s’assure mal. Chaque position prend alors une importance capitale pour révéler la psychologie de chacun, sinon sa fonction sociale. Pas de psychologie. Chaque individu se définissant par ses activités, sa fonction au sein de la fourmilière. Ses gestes le racontent dans une mécanique aussi implacable qu’absurde. Il y a sûrement des raisons irréfutables. Une question de logique partout aussi obscure qu’implacable. Commencer par mettre à terre le bon sens, affirmant une impossibilité pour continuer : « et pourtant … ». A la limite du burlesque parfois, le rire selon Bergson, mécanique plaquée sur du vivant. Ou comme le rire désamorcerait un désespoir impossible.
Ne pas reproduire le visible mais rendre visible (Klee). Changeant notre statut dans le monde, Kafka change la vision que l’on en a. Et ces quelques lignes qui annoncent la Métamorphose :
Quand je suis au lit, j’ai la silhouette d’un gros coléoptère, d’une lucarne ou d’un hanneton, je crois. Il s’arrêta devant une vitrine où, derrière des carreaux mouillés, de petits chapeaux d’homme pendaient sur des tiges de fer ; il regarda à l’intérieur en faisant la moue : « mon chapeau fera encore l’affaire pour les vacances, pensa-t-il, et si personne ne peut me souffrir à cause de mon chapeau, tant mieux. » La grande silhouette d’un coléoptère, oui. Puis je m’arrange pour faire croire qu’il s’agit d’un sommeil hivernal et je presse mes petites pattes contre mon abdomen renflé. Et je susurre un petit nombre de mots, ce sont mes instructions à mon corps triste, qui est immobile tout près de moi, et penché. J’ai bientôt fini, il s’incline, il part rapidement, il exécutera tout pour le mieux tandis que je me repose.
Peut être ça aussi chez Claudel lorsque l’objet de la littérature est de nous apprendre à lire. L’écriture comme placer les yeux dans un lieu qui se construit différemment suivant que les yeux soient là ou là. Lecture qui met en évidence l’habitude que l’on avance sur les choses.
Deux messieurs échangeaient des informations. L’un d’eux avait les mains tournées la paume en l’air et les faisait bouger régulièrement comme s’il tenait un poids en équilibre.
J’aurais donné beaucoup pour avoir écrit cette phrase et d’autres si anodines.
Arrivée Valenciennes. Mc Do de la place d’arme comme on développe une histoire en symétrie, rapport à une pliure. Le repas de l’arrivée est le même que celui du départ.
Qu’est-ce que signifie apprivoiser ? (St-Exupéry)
Retour à cette chambre dont je me sais locataire provisoire. Papiers. Exposition bientôt de Soizic Stokvis à la galerie. Sur le cahier du 19, les expos à Montbéliard, deux pages sur Camila Oliveira Fairclough. Sa rigueur continue au nœud des questions de l’art concret. Des géométriques. Imiter et ne pas imiter le visible. Comme déjà Mondrian cherchait sous la confusion de la nature apparente les quelques formes essentielles. Depuis l’atelier Bustamante, novembre à Vitry, nos chemins parfois se frôlent. Saura-t-on où ils nous mènent.
Je commence deux toiles.
Derrière, Hendrix conjugue pédale wah-wah et disto.
0 commentaires