Valenciennes 17

Levé 8h00. La chambre claire doucement baignée est un Morandi. Choses bien distinctes, toutes à plus ou moins grande distance, et tranquilles, dans le clair espace : comme on en aura vu dans la peinture toscane (…). (Jaccottet)

Sois même encore mal décroché du bloc. Les esclaves de Michel-Ange. Un frigo dans ma tête bourdonne tandis que celui bien réel dans la pièce en fait écho. Une odeur mélangée d’huile et de térébenthine flotte à un mètre. Je monte à l’atelier. Termine la toile Paysage n° 37. Achève un rouleau de scotch et un tube 200ml blanc titane. Etranglé à fond. Je lis quelques pages du livre d’André Rouillé, constate comme lu plus tôt il aurait pu me servir à organiser mon propos lors de l’épreuve d’agreg, clarifier ce qui chez moi n’était qu’intuitions poussées à la rencontre les unes des autres, argumenter de manière plus convaincante. Et puis les connaissances que, je dois bien l’avouer, je n’ai pas très grandes dans le domaine. Une vue globale. Trust. Sting, shape of my heart. Le paysage n° 38 est agressif à l’œil. Les photos que j’en prend à chaque étape me permettent de faire distance, de le voir mieux. Al Stewart, the year of the cat. Dans le ciel, un planeur se fait larguer face au vent. Dans la lumière, les pollens sont des lucioles cotonneuses absolument inconséquentes sans directions apparente. Un phénomène tel que l’on se le figure dans les classes de physique chimie rêvant une explication ; quelque chose de passablement compliqué qui s’anime en suspension à une petite distance devant soi tandis qu’on le réfléchi. Qui disparaîtra de lui même sitôt la pensée posée ailleurs. Les Stones, Jumping Jack Flash. Je sors balader comme on va chercher le pain. Marche droit vers ce qui est peut-être le nord. Le stade avec le porte à faux de couverture de ses gradins, un énorme bâtiment de briques sans fenêtres et sans usage identifiable. Derrière, annoncé par des baraquements de préfabriqué défraîchis, les terrains de sport. Etendues sérieuses, abandonnées depuis longtemps semble-t-il. Le revêtement synthétique est amorti encore d’une couche de terre et de poussière, les buts ont perdus leurs filets. Des zones plus usées que d’autres, comme élimées, donnent à l’ensemble un aspect lunaire. Moi qui marche sans but précis, seul et silencieux. Le terrain qui développe une étendue déserté sans plus de but non plus, sans plus d’usage, sans plus de bruits. Un aspect très mélancolique qui inviterait tôt l’angoisse si le ciel ne couvrait de bleu. Les terrains de tennis à coté, clôture éventrée délimitant des tracés à peu près effacés. Des parcs à rien. Idée de la mémoire. Traces d’un effacement. Préfabriquées sur cales de bois qu’on imagine encombrés de tables, de chaises cassées et d’autres équipements entassés dans la poussière. Tout est comme traces prises dans le temps. Des zones où vous vous rendez lorsque vous voulez sortir, partir, quitter, sans pour autant aller nulle part ni faire quoi que ce soit. Le voyage, la boucle qui nous ramènera au même point de départ et aux confins de laquelle il ne s’agissait que de se retrouver soi ou de s’apercevoir furtivement. Le territoire du voyage est un espace en boucle. (J-F Chevrier) Sans doute un de ces endroits où l’on passe, que l’on note en mémoire, mais que l’on ne retrouve jamais quand on veut y emmener quelqu’un.

Les rubans que je parcours après sont vides et mornes, des usines désaffectées aux lotissements mesquins. Sur un banc rassemblés autour du scooter, les quatre jeunes du quartier tandis que 500m plus loin un autre banc agglutinera un autre groupe ou un couple. Les maisons de construction légère sont habillées de briques ou de carreaux de céramique ocre. Quelque chose d’un rêve usé. Devant ces intérieurs que des portes entrouvertes laissent deviner extrêmement chargés, les poubelles agrémentées comme en petits châteaux d’emballages hi-fi ou électroménager. Un écran plat. Une friteuse. Carton d’un panier de basquet. De quelques fantaisies de décoration intérieure. J’ai une certaine tristesse, comme un malaise à ressentir à la suite de ces carrés cernés une sorte d’ambition sage généralisée. Comme on rassoit en sa carcasse presque à n’exister plus (…)

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