Valenciennes 23

Levé 8h30. En lutte avec le sommeil. J’ai du lire un peu tard. Fatigué, je voulais lire jusqu’à la page 200. Comme on évite les joints des pavés, des trottoirs ou quelque chose comme ça. Sans pour autant en attendre rien. J’ai rêvé que j’étais looké gothique. Nous étions nombreux semble-t-il et cohabitions dans une sorte de prison ouverte au larges balcons intérieurs. Ou un ancien bâtiment à usage scolaire passablement délabré. Une communauté. L’apparence du familistère de Guise. On devinait des tensions sourdes entre des groupes, quelque chose de sauvage. Je me barrais par la fenêtre.

Connexion Internet, j’envoie quelques pages à défaut de pouvoir les publier en ligne. Sort. J’avais un petit espoir du coté du centre commercial, mais aujourd’hui 1er mai tout est fermé. Avec le pont, 3 jours d’inactivité. Je marche après, traverse les parkings vides, un quartier résidentiel. Maisons témoin de rêveries étriquées. Alignements comme au Monopoly on conquière des axes, répétant à quelques variations près le modèle standardisé de la maison au toit double pante, petite porte ornée, numéro ostensible, carré de pelouse ou dalles. et le long des allées qui les distribuent, les boites aux lettres punaisées, un peu grotesques. Décor rehaussé ça et là de géraniums aux jardinières, activités inqualifiables de quelques nains ou mangeoires pour oiseaux. Ces quartiers linéaires ou en râteaux, aux États-Unis, au Japon, partout pareils. Images parfaites de conformisme propret et de rêves empruntés. Je prend quelques photos pour Charlotte. Plus loin ces alignements étouffés laissent place à de semblables organisation collectives sans doute héritées des casernes ouvrières accouplées aux usines. Boites étroites de béton peint prolongées sur les parkings en avant par leur trop plein, comme soudées ensemble par l’accumulation de tables plastique, parasols, tentes, vélos. Les voitures devant ça, parfois « tunnées », lavées le dimanche comme on brosserait ses dents de devant. Les coquilles sans doute abandonnées de deux usines encore cerclées de leur clôture barbelée. Sorte de non lieux n’appartenant à personne, de témoins sans usages. Trois unités d’habitation -la volonté d’intégration au style régional de leur toits en pante- semblent presque inhabitées.

Il faut distinguer l’habitation du simple logement, et il ne suffit pas à cet égard de fournir des logements, même bien construits, bien situés, bien aménagés, pour garantir qu’une habitation y aura bien lieu. (Heidegger)

Marly, « La briquette ». Je prend la photo pour Charlotte. Un butte sauvage étouffe et masque l’autoroute en contre bas. Après le pont les axes périphériques dessinent une ponctuation Zaum. Zone commerciale avec les parenthèses de ses bretelles d’accès. Les obliques des grands axes. Une autre agglomération faite de ses quartiers, de tours moyennes. Pavillonnaire. Occupation horizontale d’un terrain plat, pire qu’une dalle, aucun geste décisif, déversement de soi dans le désarroi le plus cosmétique. Ne semble pas construire de paysage, posés sans lien, sans structure. C’est mou.

With a little help from my friend, version de Joe Coker d’après les Beatles. Jimmy Page à la guitare, rythmique ¾.

Chemin retour, quelques vendeurs de muguet en bordure de routes. John Lennon, Jealous guy.

L’immeuble que je peins n’est pas tant un fait que manifestation de rapports. Rapports des choses entre elles, rapport que j’entretiens avec les choses, avec ma vie.

Un moment j’exprimais une proximité avec l’idée de Depardon d’une « photographie de temps faible », où rien de particulier ne se passerait. Pas l’événement mais les moments multiples d’attention ou d’inattention. La caisse de résonance/ « raisonnance » que l’on est. Je retouche le paysage n°37. Je pense avoir achevé cet après midi le 41. C’est qu’une série de choix s’est conclue ici. Et précisément un choix différent en certaines parties amènerait à reconsidérer l’ensemble. Faire un autre tableau. Ce que l’on fait constamment. Un tableau est l’exclusion momentanée de tous les autres tableaux possibles. Omelette, petits restes.

9 Commentaires

  1. Olga

    En regardant vos photos, je pense au travail de Lyne Cohen… jamais un seul corps. Le Corps absent de l’espace.

  2. Anonymous

    Ca a l’air déprimant, les résidences.

  3. Anonymous

    Vous ne répondez jamais aux commentairex que l’on vous poste? il n’y en a pourtant pas des tonnes….

  4. pop corn

    interruption serveur rétablie, je peux à nouveau publier et commenter. Anonyme, désolé, pas connecté souvent ni longtemps. Je vais essayer de reprendre plus sérieusement.

  5. pop corn

    olga> J’ai depuis longtemps évacué le corps de mes tableaux, évitant la narration, l’anecdote. Un corps représenté est immédiatement faux, j’ai préféré que le regardeur soit le seul être face à l’espace du tableau (espace représenté et espace plastique)en confrontation avec notions et expériences. Le format choisi à échelle humaine favorise ce rapport, cette relation, le plexiglas qui vous renvoie suivant votre axe de vision votre propre reflet et l’espace d’exposition qui s’y reflète par devers vous, tout cela concoure à générer une expérience de notre relation aux choses et à l’espace (au paysage) plutot que figurer une scène.

  6. Olga

    Merci d’apporter ces quelques précisions éclairantes.
    J’ai fait un pas de plus vers votre travail. En quelques mots, je comprends mieux, je suis plus loin à l’intérieur du tableau.
    Le corps absent parle aussi du corps (de manière plus juste?).
    Je n’ai pas encore eu l’occasion de visiter une de vos expos.
    Bruxelles, c’est dans vos projets?

  7. pop corn

    j’aimerai bien, je me rapproche par cette résidence à Valenciennes mais sans savoir bien pourquoi j’aimerai une belle expo à Brussel.

  8. olga

    Connaissez-vous la ville?
    Moi, j’ai mis dix ans à comprendre Bruxelles/Brussel.
    Je peux dire aujourd’hui que j’aime cette ville, mais pas encore « pourquoi »…

  9. pop corn

    La 1ere fois que j’y suis allé nous étions 4 jeunes artistes embarqués dans une Renault Clio de location, partis de Paris pour 3 jours entre Brussel (pour visiter la dernière expo d’Harald Zeeman au palais des beaux-arts, la foire art brussels) et Dusseldorf pour la rétrospective Gerhard Richter. Partis à l’économie c’est dormir à 4 dans la voiture sur un parking, rouler toute la nuit, tomber en panne sur une autoroute, se réveiller le matin la jambe emboitée dans le frein à main, manger un croissant à la crème comme on en fait pas. Tourner dans la ville avec ses plateaux. La seconde fois nous étions 6 du même accabi venu pour l’exposition des derniers plexi « 16 peintures » de JM Bustamante galerie xavier hufkens, la moitié d’entre nous avait décidé pour ne pas payser de lit en auberge, d’épuiser la nuit de bar en bar. Au petit matin nous étions tous plus ou moins gelés sur un banc à proximité de la gare midi.