Arrivée ce matin par le train de 9h52. J’ai fini La photographie d’André Rouillé. Transporté quelques châssis. Débarqué sous la pluie, une grosse drache on dit par ici. Retrouvé les tableaux secs et disposés. Travaillé, fini le paysage 39. Très satisfaisant. Une trouvaille de dernière minute. Alan Parson Project, eye in the sky. Raviolis. J’avance tout l’après midi trois tableaux. Le travail va et cela me porte. C’est comme un papier dramatiquement froissé et qui se déploie un peu. Lentement. Ce sont ces quelques traits de bombe ajoutés un peu comme un formalisme pour atteindre cependant à des émotions, des histoires, des expériences, des usures réelles. Cette réalité là est plus proche du désir que du visible, Représente ce que je désire autant que ce que je vois quand je désire. (W. Tillmans)
L’image pour rendre visible de l’invisible. Fabriquer du visuel aussi. J’affirmais à Yann hier vers 2h00 du matin -que les filles déjà avaient trouvé refuge dans le sommeil- l’implication diffuse et patiente, la tache engagée de l’art serait d’inspirer des manières de faire des mondes. (Nelson Goodman) Qu’on ne savait pas au fond l’efficacité, que l’on ne pouvait que supposer que tout n’étais pas vain. Et que sans doute effectivement les masses, selon l’expression du XIXème, préfèreraient glisser dans la léthargie du divertissement aimable.
Ce soir, Les Résidents du Monde à l’espace P.P. Pasolini. Danse, musique et chants. Melaku Belay, Lobsang Chanzor, Badou Diebaté, Rahat Kochorbaeu, Coden Dupka. En chacun d’eux et dans les intervalles, c’est toute la musique qui est. Façons de se placer sur la mélodie, inflexions qui me renvoient autant à Robert Plant qu’à Dylan. Que ce soit l’invite à la transe de rythmes implacables ou la voix du griot, la Kora qui enveloppent. De me sentir mêlé à la vaste étendue j’ai une envie de manger Mc Do. On se sent libre. Invite à être d’autant plus exigent sois même dans son art. Je rentre au soir, chauffe le reste des raviolis, deux œufs au plat. Travaille jusqu’à minuit et demi à l’atelier. Roger Glover, love is in.
Les lieux disparaissent derrière les actions qu’on y abrite. Les murs auxquels je portais une attention particulière ces premières semaines ont disparu derrière les tableaux qui occupent mon attention. Je relis l’article que j’écris sur Soizic. Le format extrêmement compact de 1700 signes oblige à escamoter les articulations, conclure brusquement. La plus part du temps cela oblige à ne s’emparer que de deux aspects principaux d’un travail, ne faire qu’amorcer un déploiement possible sans atteindre la synthèse des parties. Un peu court pour mettre en perspective. Seulement esquisser des pistes pour donner envie d’y voir de plus près par sois même. Je voudrais parler de la ville, de la géométrie, de ce qui palpite sous la surface, de ce qui traverse tout ça du territoire à la carte. De la sensibilité dans l’intelligible. De comment un point appelle à lui les grandes préoccupations de l’art. Je veux dire autant Mondrian que Marey, l’élégance de l’expressionnisme des année 3O, la photographie scientifique (les adeptes du métal ou du verre). Autant Vera Molnar qu’Hans Holbein. En moins de 20 lignes. Supertramp, breakfast in america.
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