Valenciennes 30

Travail à l’atelier, vous abordez un tableau comme la bête en rassemblant les forces patientes d’un long travail au corps. Une idée vague, une envie. Avancer dedans vous engage dans ces grottes dont le plafond s’abaisse progressivement, le boyau se tord et la curiosité peut-être vous entraîne en ses dénouements obscurs. J’ai trop recours aux images quand j’écris. Breton annonçait en littérature le moment de l’analogie. La fameuse phrase de Lautréamont. « Comme ». Il se peut qu’un tableau vous emmène où vous ne voulez pas aller. Pour commencer, on hésite une idée vague, simple. A savoir si ça tiendra. Il arrive qu’un tableau s’achève sur un sentiment mitigé. Je pensais le 43 fini, une retouche seulement mais qui m’invitait à reprendre plus loin à moins que. Tout est tellement possible. Une harmonie codifiée à sa mathématique, ce que l’on tente est plus acrobatique.

Le temps est changeant, la pluie prédomine. La température intérieure, comme en le journal de Maine de Biran, s’y ajuste. Je commande avec Bernard les feuilles de métal pour le projet sculpture que je caresse. Un peu de ce travail plus physique me fera du bien. Demain présentation devant Pascal et Philippe. J’espère pouvoir commencer à tracer mes découpes dans la taule. D’où vient cette excitation, cette énergie constante comme désespérée ? Etre artiste est une maladie bizarre.

Les épreuves finales du capes auront lieu à Amiens dans un mois environ. Il faudrait seulement que ça ne tombe pas le jour de ma présentation ici. J’écoute le dernier album de Keren Ann.

Je pense que ce travail de sculpture offrira à l’ensemble des peintures un pivot. Environnement qui pourrait je pense faciliter l’abord. En ça comme les menhirs, comme un tableau, marquer des lieux, créer des lieux.

1 Commentaire

  1. Anonymous

    merci pour ton message ; voici une règle d’or des carnets de Bonnard… si seulement il avait connu le blog ! : « J’ai une palette. Mais les assiettes me permettent d’isoler les tons, tandis que la palette a le défaut de proposer, de les imposer, et c’est un danger. Ce sont des choses que l’on apprend que très tard. Ce serait trop facile de se mettre devant un paysage, de l’observer et de le transposer simplement sur la toile. Il faut encore songer au lieu où les toiles seront ensuites regardées. » 1946 (Bonnard a alors 79 ans!)… 🙂
    Adrien alias artsunchained