Valenciennes 36

Me réveille à 6,7 puis 7h52. Boucle mon sac et déjeune. Mâche debout comme souvent quelques biscottes. Il n’y a aucun bruit. Derrière les fenêtres la tête d’un arbuste balance et frissonne, un oiseau passe, comme si on avait coupé le son. J’ai un peu froid. Comme j’ai du temps je lis un entretien de Godard. Train de 10h06.

Je profite du trajet pour avancer jusqu’à la moitié le journal de Virginia Woolf. Réfléchis à mes tableaux en cour comme à de nouveaux à faire et me trouve à proximité de sa boulimie à elle qui ne lâche un livre que pour en élaborer un suivant, travailler à un article ou une biographie. J’ai le cerveau contracté comme un nœud et fuit en avant de cet effort tendu. Comprend ses dérèglements, ses migraines ou humeurs. Cette quête dans toute forme, dans tout genre, de l’effet de réel même dans les tentatives les plus exigeantes ou arides (le début des Vagues). Mais j’extrapole. C’est que je trouve mon travail de peintre non loin de celui qui construit un roman. Des morceaux de réel que je cite, que je colle, et puis ce que j’enlève et ce que j’ajoute, la partie fiction. Je prend des photos lors de ballades, vues que je travaille de l’œil. Souvent s’en suit un travail léger de retouche ou recadrage sur photoshop, la composition au carré. Et enfin le développement sur toile, avec les gestes propres de la peinture. Les trouvailles de dernière minute comme ces coups de bombe sur le paysage n°39 ou ce filet rouge de chantier pour le paysage n° 17. Parfois les photos, je les tire de livres ou magasines, parfois de films (comme le paysage n°33, la villa Malaparte tirée du Mépris de Godard) ou de documentaires télé (les grands papiers n°9 et 11, photographies d’écran d’une série sur le Bauhaus de Gropius sur Arte). Parfois les effets d’impression, les manques d’encre ou les irisations invitent d’autres télescopages. Le réel, on l’invente.

4 Commentaires

  1. Thierry Kron

    Je suis de passage avant de dormir, demain ce sera Zürich-Frankfurt suivit vendredi d’un vol pour Berlin, je n’ai plus le temps de rien faire, mais venir lire ce texte me donne envie de poser mes valises… Votre texte est écrit au galop, le galop de votre pensée, vos voyages du bout des prunelles, ramenant à l’atelier, du travail de mise en forme, de mise en scène, le travail de l’artiste, qui ne met pas quelque chose là où il n’y avait rien, mais donne aux choses un ordre ponctuellement arrêté, le train de la création s’arrêtant en gare pour une escale, avant que le regardant fasse avancer le point qui court, formant une ligne droite ou une ellipse. J’ai au dessus de mes yeux, la photo d’un motocycliste dans la pampa varoise… J’ai dû décrocher un travail de Ian Anull, Patricia sa compagne photographiée avec Jack Lang, lors d’une FIAC, the power of placement a mis ce travail en attente d’un autre endroit, Sans Titre, lambda sous diasec, JL 2007, en a prit la place…
    Amicalement,
    TK 23 mai 2007

  2. pop corn

    Je comprend ce mutisme, mouvement constant, j’en suis épuisé, tiraillé. Merci de passer me lire quand même. Et pour la photo c’est trop d’honneur, je ne voudrais pas me facher avec Anull ni Lang. Ici, prochainement, la suite.

  3. Virginie

    J’ai lu ces lignes comme une recette de cuisine…niveau difficile…grand temps de préparation…petite touche personnelle du cuisinier…et très grande réussite.

  4. pop corn

    merci. Je continue de batailler..