Sommeil en dérive, levé 10h00. Comme débarquer à quai après des jours de mer et le roulis qui persiste en soi. Que l’on traîne en un écho lancinant. Le soleil illumine la pièce à travers les rideaux jaunes. Déjeuner machinal. Mon téléphone n’a plus de batterie, je m’aperçois que j’ai oublié le chargeur. L’appareil capricieux avait tendance à raccrocher en pleine conversation, mon forfait bloqué épuisé ne me permettait pas de rappeler et maintenant ce seront les messages qui s’accumuleront. Je vais passer pour un salop. J’avance un peu la sculpture, comble les trous, ajuste les écarts. Achète dégraissant et laque pour bientôt. Je décide pour midi de me faire des frites en écoutant Renan Luce. Achève je crois pour de bon le paysage 45 incluant le hors champ dans le cadre même de l’image, effet de décalage du sujet. Tandis que j’ai parfois délibérément cadré un sujet centré telle une irruption bâtie dans le paysage, je prends plaisir depuis les premiers balnéaires (paysage 23 etc.) à jouer d’une gène ou une ambiguïté. Comme on se tord le cou voir sous les jupes d’une photo, fouille du regard, mouvement de caméra. Yann Tiersen en fond sonore. Pour cette manière du regard, les escarpements en restanques des paysages côtiers sont des mines de variations subtiles. Qui me rappellent les vues plongées d’escaliers de service par lesquelles je commençais il y a cinq ou six ans à mettre au point une certaine peinture, dans ce même format déjà. Le paysage dans sa dimension verticale. Au moment des premiers paysages, les immeubles plantés obligeaient un regard distant, l’étendue plane imposait son assiette. Il y avait quelque chose d’impersonnel et épuisant qui dictait ma façon. Pour autant je ne pouvais pas résister longtemps à ma perpétuelle inclinaison à m’égarer. A la découverte devait succéder la quête avec ses curiosités, la recherche par le regard, par le point de vue à l’intérieur de cette dialectique géométrique de la perspective et du tableau. Je lis distraitement deux articles de Godard.
Que l’on m’entende bien : ce n’est pas en termes de liberté et de destin que je jauge la mise en scène cinématographique, mais à la puissance qu’a le génie de s’abattre sur les objets avec une perpétuelle invention, de donner par exemple, à une fin d’après midi, cet air endimanché de lassitude et de bonheur. Sa fin n’est pas d’exprimer mais de représenter. Pour que se continuât le grand effort de représentation enlisé dans le baroque, il fallait aboutir à l’inséparabilité de la caméra, du cinéaste et de l’opérateur, par rapport à la scène représentée, et, le problème n’était donc pas, au contraire de ce que dit André Malraux, dans la succession des plans mais dans les mouvements de l’acteur à l’intérieur du cadrage.
Le paysage 46 dénote des tableaux précédents, clair et précis, de grands pans à peine tracés. Je pense davantage à Scheeler. Y entre plus d’air que dans les autres. Cette idée de blanc qui devrait guider l’expo prochaine à la galerie. Architecture de Mallet-Stevens. Pour autant n’est-ce pas trop différent?
Vernissages ce soir sur Lille. Gauthier Leroy à la Petite Surface, le rêve américain d’un grand enfant. Maniérisme de la sculpture contemporaine. Scénographie des grandes photographies de Marc Mounier Kuhn au Lem. Je me sens en proximité avec cette idée de fragments d’un film de mémoire ou d’impressions dont l’exposition est un possible et provisoire montage.
Retour au soir sur Valenciennes, le décors éteint qui s’échappe à travers les vitres du camion sur fond de rock romantique invite à la mélancolie et au cinéma. 23h30, je boue des pâtes. Jeferson airplane, white rabitt.
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