Valenciennes 42

Val 26.05.07

Levé par deux fois, d’abord en intention. Les yeux fatigués par quelques coups d’arc probablement. Le prototype est à peu près achevé, première couche de laque. Pendant le séchage je continue de lire les modalités d’enseignement. Le temps est lourd et moite, le ciel un couvercle. Quelques courses pour midi. Pluie soudaine et brève. Woodoo Child. Red Hot Chili Pepers, breaking the girl. J’ébauche le paysage 47, ces volumes en déport qui viennent vers l’œil tandis que l’espace fuit en arrière. Souvenir du macVal. Géométrie des pans. C’est un constat, je deviens de plus en plus géométrique, toujours cette volonté de m’affranchir de ce qui dans la peinture est mou, arrondi. Pour autant ne pas faire surtout de peinture photographique, hyperréalisme léché. Ne soumettre aucun à l’autre. Trouver une combinaison nouvelle, féconde. Deuxième couche de laque. Connexion Internet, je récupère des sujets pour me familiariser avec l’épreuve. J’ai l’esprit en ébullition et ne sais sur quoi le laisser faire ses dents. Les idées d’expositions m’aident à canaliser et mettre en forme ce qui dans l’atelier sinon demeure disparate, fragments potentiels. Poser ses bagages. Je monte jauger la sculpture qui sèche, rainure une taule et martèle une heure mon pénible conoïde. Commence à souder un cordon. 20H passé à ma montre, je continuerai demain. Ce travail physique fait énormément de bien, je suis trempé, le dos douloureux. Vivant. L’énergie est déchargée, la matière dure contrainte en une forme. Des promesses. Kensington square de vincent delerm.

Val 27.05.07

Mal dormi, traîné d’incessantes pensées diffuses, bribes de réflexions, de projets. Levé 8h50. Atteint hier soir la page 400 du journal de V. Woolf. Continué de lire au matin la poésie bureaucratique de l’enseignant. Je suis monté voir ma sculpture, réjouissante dans la lumière du matin. Une délicatesse timide, brute et assez touchante. (Nelli aime bien, elle lui trouve un air « un peu con ») Excité par cette réussite je m’occupe au second spécimen ébauché hier soir. La besogne avance vite. Pressé de voir un ensemble de quelques pièces, pouvoir les disposer comme on fait et défait des scènes avec ses jouets. Le travail physique fait du bien, est gratifiant. Les vibrations du disque sur le métal m’embrument d’acouphènes, je sens quelques courbatures et les paumes rougies juste en dessous des doigts. Je sais que c’est un cap ou bientôt tout cela s’évanouira, on s’en trouvera transformé, vigoureux. Comme passer au dessus, atteindre le plat de la marche, ce que l’on poursuit constamment par quelque forme. La bouture dans son bocal d’eau commence à darder des racines timides et décidées. On est dimanche et je suis à l’avant poste de la mélancolie comme au bout de la digue. Pascal travaille en haut à l’atelier, j’évite le travail bruyant de la taule, avance un peu une peinture en cour. Une pluie fine et silencieuse se confond dans les traces sur les vitres. Aujourd’hui encore je ne suis pas sorti de l’enceinte de brique. Lis quelques pages du journal. Machônne un peux, vitreux, je ne sais quelles idées inconsistantes, m’absorbe dans une sorte de contemplation débile, dépolie et fade. Il reste deux semaines avant les épreuves du capes et ma présentation ici. J’ai des envies de frontières. J’avance la soudure il est 20h30 je terminerai demain matin, poncer et boucher les interstices. Miossec.

L’angle de mur de la villa voisine se détache sur le gris bleuté du ciel. D’ici je voir nettement l’intervalle qui décroche la gouttière verticale par un fil clair. A ce moment, toute l’épaisseur du monde est contenue dans ce fin liseré clair qui se décroche de son gris bleuté.

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