Valenciennes 45

J’ai commencé à ranger et donner un coup de ballai à l’atelier pour les deux présentations que j’ai pour aujourd’hui. Courbé un peu au marteau le fut de la prochaine sculpture. Mangé mes pâtes. Couché en lisant quelques pages de l’amitié des abeilles de Jean-Loup Trassard. Parti à vingt-sept ans pour marcher sur la terre, j’ai bien connu l’usure de tous les continents. Réveil, noué. Il fait froid. Rituel matinal, j’allume mon portable pour connaître l’heure -8h20- m’habille, rebranche la prise du frigo tu pour la nuit. Je pense avec plus d’angoisse à cet oral fatidique. Rachel me dit qu’il faut apprendre les exemples proposés par cœur et justifier chaque proposition que l’on fait. Je me sens revenir à l’école et je déteste ça. Ces leçons que j’avais lues et relues toute la soirée, répétées, et desquelles au matin, le dos contre le tableau et les mains croisées, ne subsistait qu’hésitant, le titre. J’avale les homéopathies prescrites par julie. Déjeune la main gauche dans la poche de mon blouson pour me réchauffer, rentre instinctivement le cou dans les épaules et croise les jambes comme faire nœud sur ma tiédeur. Froid de pierre autour. Connexion Internet. J’installe à l’atelier. Le ciel est chargé de cumulus lourds, rafales sous orage agitent les branches. Un steak haché avec une boîte de maïs. Stephen Fretwell comme on dérive. La sociologie est un sport de combat, Pierre Bourdieu. Vieux souvenir. J’y retrouve les accents de Bergounioux, précision du beau langage, tourné scientifique de la phrase. Les déterminismes, les constantes qui traversent les mutations apparentes. Les lignes dans lesquelles nous sommes embrochés de très loin. Les enfants arrivent pour la présentation, c’est une nuée de sauterelles. Quatre groupes de 12 ou 13 à tour de rôle pour l’expo de Gilgian, l’atelier de Sylvie et le mien. Contraindre tant bien que mal leur envie d’aller au caprice toucher, prendre, voir ailleurs pendant 10 minutes. Le lieu qu’ils découvrent est un monde à investir, à tâter de toute sa surface et éprouver au contact. Je ressorts de là après plusieurs salves, vidé. La marée se retire laissant quelques papiers de bonbons et biscuits. Présentation ensuite devant quelques profs (et artistes) des Beaux-arts et fac. Stephen Maas, Mick Finch, Eric Bonnet. Second life, idée de topos et rapport au temps, perception. On y trouve dit-on l’architecture de demain comme celle réactualisée qui persiste d’hier. Expo virtuelle, pourquoi pas. M’enverront quelques élèves. Demain aux beaux-arts, conférences sur l’art contemporain et métal, j’y croiserais certainement Vincent Barré. Une pluie fine donne du volume dehors au vide usuel de l’air. Je tends une toile. Les lieux désertés je peux monter m’acharner sur quelque pauvre bout de fer. Sinclair, c’est si bon comme ça. The Cranberries, Yeat’s grave.

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