Valenciennes 48

Val 1.06.07

9h12. Dieu que c’est triste la pluie. Matin dans une lumière blafarde. Constellations, Jack Johnson. Journée propre à rien. 10 jours que je n’ai pas vu Julie. J’écoute avec mélancolie Dylan en suivant des yeux le curseur qui défile sur l’écran. Successivement Lay, Lady Lay, like a roling stone, mr.Tambourin man, knokin’ on heavens door. Mes débuts avec Dylan sur le vinyle double live électrique de la rupture historique. Rêves de scènes qui me transportent vers les années de lycée, les jams hésitants sur les pelouses. Internet, le flip book : sortie prévue pour novembre. J’amorce en attendant le texte et les photos définitives la maquette du livre à venir avec FB. Dénombre 26 illustrations. You really got me, the Kinks. Pâtes sauce tomate, me grise légèrement à l’Ambre des Flandres, bière de garde. Flo pas reçu à la dernière étape de son entretient d’embauche pour Auchan Lyon. La galère d’un ingénieur baladé par le système. On aurait envie de dire qu’on est pas d’accord avec ça mais l’espace est trop grand entre (…). Toute l’ambition d’une vie sera peut-être toujours d’accumuler des pas pour réduire la distance. Evaluer le profil d’un relief imposant au flanc duquel beaucoup s’arrêteront. Braver. You can go your own way,Fleetwood Mac. Queen, one vision. Steve Miller Band. Présentation à l’atelier devant une classe bac pro textile. J’apprends par Julie que je suis admissible à l’agrégation. Compte tenu les souvenirs de ma performance je ne pensais même pas me donner la peine de jeter un œil en direction des résultats. Me rappelle avoir comme à mon habitude développé un essai libre agrémenté ça et là d’images. N’avoir pas résisté à conclure en dehors de toute balise en citant B17-G de Bergounioux pour l’image qui se donne en échappant. Ce mois qui commence sera décidément le théâtre de manœuvres acrobatiques. Capes à Amiens, résidence à Valenciennes, agreg’ à Bordeaux je crois. Et ma maison provisoire, Paris. Ce soir, vernissage au Fresnoy.

Val 2.06.07

Embarquement en camion à quatre, direction le Fresnoy pour le vernissage Panorama 8. La brume couvre les abords, dans le poste : Portishead. Grand axe qui dissout le regard, tout ça vous rend flottant, apesanteur des trajets. Le bâtiment impose sa présence parmi les briques, de cette structure couvrante de pylônes et bardages en acier, ici le point de départ du faisceau que nous recevons partout, la notoriété de l’exceptionnelle institution aux moyens disproportionnés pour une troupe dit-on de 12 élèves par an pour 2 ans. Et d’aborder alors au détour de la porte la première projection en 10×15 mètres à peu près de cet énorme saturation murale, encodage de chiffres défilant comme un calcul ponctué des stridences synthétiques qu’on connaît. (Ryoji Ikeda, data.tron) Le calcul stop sur un item et reprend. Au grand aplat grouillant dans le détail d’un défilement numérique de ce qui pourrait être un Roman Opalka animé, vertigineusement. Et sois, petit face au grand mur. Très Matrix. La texture, l’esthétique spéciale des encodages numériques qui apparaissent alors non plus seulement dévoués comme potentiellement à une image qu’ils stockent sous leur forme mathématique mais exploitables visuellement pour eux même selon leur propres modalités. On pense à ce propos au formules de Venet, aux dates d’On Kawara. La verrière centrale qui abrite une cour de belle dimension est divisée de boxes clos dédiés à des vidéos ou installation visuelles et sonores. Le tout calfeutré de noir et ponctué de spots et vidéo projecteurs installe une ambiance moite et sombre qui déterritorialise un peu. Comme une salle de projection cinéma labyrinthique de laquelle vous sortirez ne comprenant pas la lumière et la ville qui se déploie dehors par une fin d’après-midi banale. Avant ça une trentaine de pièces à découvrir, cette galerie de portraits Flamands d’Eleonore Saintagnan par exemple, anonymes mis en scène et filmés tandis qu’ils tiennent la pose fixement pendant 5 minutes. Je pense à certaines photos de Thomas Mailaender. Le principe est usé, sans grande ingéniosité, pourtant ces images bariolées qui oscillent entre immobilité et mouvement ne se départissent pas de cette troublante combinaison de pathétique bouffonnerie et de gravité. Plus loin, les plans fixes en vis à vis d’adolescents dans leurs chambres au moment de cette quête d’identité qui passe par l’adoption caricaturale de modèle. Trouble de postures cherchant la pose, creuse un abîme. Dans cet inframince Anichambre, Ana Maria Gomes trouve un peu de cette métaphysique de l’éxistence. Ailleurs encore, installation compliquée retranscrivant sous l’apparence d’une onde lumineuse troublée dans un aquarium de fumée les bruits lancinants d’une autoroute que l’on identifie alors au flux et reflux d’une houle marine. (Lucent Landscapes de David Burrouws). A l’étage, les corps traversés de Mehdi Meddaci évoquent les territoires et les images (que l’on sait n’être composées pas uniquement de visuel) qui font notre épaisseur. Fade out des 3 écrans du film et s’éclairent alors en vis à vis quelques grands formats rétro éclairés jusqu’ici contraints à l’ombre. Un peu après, les avatars de vénus de Jean-jacques Lebel se composent d’un millier d’images de nus féminins détourés, vénus antiques, iconographie de nombreux peintres de Boucher à Picasso, Goya, Titien ou Scheele, starlettes dénudées ou pin up, couvertures de Playboy fondues successivement en un long morphing qui ne laisse le temps à l’image d’apparaître, étirée depuis la précédente, que pour immédiatement la fondre dans la suivante. Là encore le procédé est simple et éprouvé pourtant il se passe quelque chose de troublant dans cette oscillation continue des modèles entre images de désir (comme les histoire(s) du cinéma, toutes les images de cette histoire du désir) et combinaison hideuse de ces corps déformés, étirés et confondus dans une mécanique crue, grotesque. Dépoétisation de leur engendrement en une bestialité visuelle, désincarnée et sans sursaut. Ailleurs, succession de projections dans les deux salles cinéma de l’école, difficile de tout voir, du court et moyen métrage. Le cinéma en question via entretiens et montage pour l’agnosie visuelle de Guillaume Meigneux, fin hommage au cinéma sans film, ambiances plaquées de situations énigmatiques sans origine ni avenir pour Viril de Damien Manivel et Fin du monde, plus anecdotique, de Benjamin Nuel. Chorégraphie du fusillé, prototype de Yves Akerman, film bref à la manière d’une bande annonce, plan fixe élégant duquel émane cette désormais coutumière combinaison du critique, parodique et de l’esthétique pure. Beauté d’une absurde violence. Ou beauté absurde d’une violence feinte. Absurdité de la beauté? etc. Pause. Fin de l’immersion, saturé un peu et frustré de n’avoir pas tout vu ou d’avoir mal vu serré dans des cubes étouffants, prenant un film par son milieu, omettant sans doute dans le labyrinthe une ou deux portes. Cette difficulté de la vidéo, exigence temporelle. Décollage pour Valenciennes, escale à la petite forêt pour buffet dans les wagons du crocodile. Retour tardif. Couché 1h00, levé 8. Retour décidé pour Paris quelques jours. Je suis seul dans l’enceinte ce matin, monte frapper la taule un peu, tracer quelques cordons à l’arc. Le cerveau contracté par une fatigue mal dissipée. Il y a de l’absurdité dans ces efforts, tous bout à bout, ce point de rupture duquel je sens parfois approcher. Il faut que quelque chose nous dépasse là dedans pour que nous y consentions. Dans la cour, le soleil inonde les pavés.

2 Commentaires

  1. Virginie

    Courage…

  2. pop corn

    hé oui! entre les épreuves capes et agreg, la résidence et les soucis de tous les jours, si je puis dire… il va falloir que je me dope