Val 17.06.07
Visite du musée Matisse au Cateau-Cambrésis (car c’est là qu’il est né). Matisse/Rouault. Cette modernité d’autant plus digérée qu’elle nous servi de modèle de liberté : les arabesques libres, les cernés à l’encre renforcés de lavis. (Au tout début après les classiques de la renaissance, ce fut surtout Rouault, des ambiances un peu sombres. Puis Matisse vint après, la peinture questionnées, le motif etc.) C’était alors une époque où nous expérimentions, influencés au hasard des enthousiasmes que nous développions aux découvertes d’une forme et d’une autre. Un jour Picasso, l’autre Pignon-Ernest, Greco puis Garouste. On pouvait côtoyer Malevitch et Goya, Rebecca Horn et Sophie Calles, les photos de Witkin et Massimo Vitali… Nous refaisions pareil, à notre manière et remplissions des pages de carnets gondolés, passant d’un style à l’autre. Je dessinais plus à l’époque, maintenant quasi jamais. Le premier frein à cet étalement ce fut lorsqu’il nous fallu justifier chaque travail et le circonscrire par un intitulé, une « problématique ». Avant toute chose il fallait répondre brièvement à la question : « tu travailles sur quoi ? » Alors nous passions plus de temps à chercher après cette énigme qu’à élaborer nos formes. Quand à la justification lors des présentations, elle nous barrait des chemins jugés trop compliqués qui ne se justifiaient pas, sinon par un caprice. Il fallait éviter de partir dans tout les sens. Il y avait des traits que nous évitions de tracer parce qu’ils étaient sans raison, ou de raisons obscures. Bien sur, cela avait l’intérêt de canaliser les efforts en vue de fouiller une notion, disposition plus constructive qu’un simple épanchement. Plus tard, effectivement, les questions que l’on formule comme quelques obsessions mettent au jour un noyau. Problème à la peau dure sur lequel on s’acharne et auquel on fini par donner du poli. Alors une fois encore, les écarts fantaisistes c’est comme se dissiper et laisser trop au plaisir. Il faut un épicentre. Et toute production réclame en retour d’être développée, vous entraîne après elle. Parfois en regardant ces modèles du début que l’on copiait comme on mange du papier, on aimerai un peu redevenir insouciant, peindre quelque fois un visage parce qu’on en a envie, illustrer les fleurs du mal, crayonner des académies. Mais il est un peu trop tard, on a une œuvre qui nous pousse avec ses exigences, et on est verrouillés dans notre époque, titillé par les enjeux qu’elle semble dessiner et on le dit ouvertement : « aujourd’hui faire ceci est devenu impossible » ou bien c’est comme une lettre morte. On ne fait plus avancer le monde avec les mêmes pédales et on est à l’avant poste à devoir inventer. C’est une conquête de mineur, pas un délassement. La joie tranquille des modèles laisse place à la difficulté (qui est une joie aussi). De l’écart on vit au bout du pied lancé.
Penses-tu vraiment ce que tu écris-là ou forces-tu un peu le trait ? Il semble terrifiant de se sentir verrouillé dans son époque. C’est pourtant les artistes qui la déterminent, donc toi-même.
Sylviane
on est pas seuls quand même
Je n’en suis pas si sûre… Quoiqu’on fasse, où qu’on soit, il me semble qu’on soit toujours seuls. Nous ne sommes pas avec les autres, mais à côté des autres.
S.
bien évidemment daccord là dessus, pour autant les artistes ne sont pas seul à faire le contexte ni ne peuvent prétendre à une maitrise totale de ce contexte qui au bout du compte est toujours un mystère avec lequel on compose. Qu’est-ce que l’espace? -une question. Et ceci préexistant à toute réponse. Bourdieu notais les permanances qui semblent nous conditionner mais proposer néanmoins d’utiliser la mince marge de manoeuvre ou de « jeu » entre les pièces du rouage, c’est là que je veux en venir.