Valenciennes 65

7h00. Le termine le Michaux, avance dans Céline. Les choses semblent éloignées, tout est comme vu de loin. Même à proximité, mon entourage immédiat parait atténué, les mots sont indistincts.

Et le temps s’étire comme le temps des plantes.

Il y a ce que l’on aime et ce que l’on fait, ce dont on est capable et qui nous détermine. Bien sur on aimerait faire sans limite mais est-ce qu’alors nous existerions ainsi illimités ? C’est cette part sans limite qui nous échappe à nous même, le trou par où tout fuit.

Amiens, place Gambetta, je ne sens pas la ville, je sens un des plis qu’un clignement d’œil déploie. D’ailleurs tout autour de moi n’est soumis qu’à peu de réalité. En fait je tiens le mot : de tout on ne sait pas quoi penser.

Convocation 13h30, lycée de la Providence. Fin de l’entrevue vers 17h00. J’ai été mauvais, gérant mal les temps et visant à coté. J’y suis arrivé à la fin à dire ce qu’ils voulaient mais ce fut laborieux. La première erreur fut, croyant avoir fait trop court, de continuer à délayer mes pistes. Ils semblaient m’y inviter. Un mal entendu de regard. Alors je dépassais mon exposé sur ma proposition de cour, ma proposition de cour sur l’entretien ; avec un malaise évident de quelque chose qui échappe. De plus, je prenais des libertés pour un projet un peu vaste. Il me fallu écouter leurs remarques pour parvenir à proposer plus proche du thème imposé, « dialogue avec le passé » et non « la notion de dialogue entre les œuvres et les lieux qui en font le contexte ».

De tout ça on se retire déçu et fatigué, une fois de plus avec le sentiment d’avoir été dépassé. Par le trac, par le temps mal commode, les images à gérer (c’est un prétexte évident), le manque de recul sur les choses, les cailloux qui vous semblent venir tout d’un coup dans la bouche, le désordre des mots qui veulent sortir les uns avant les autres. Les évidences qu’on oublie. L’éloquence d’idées simples et raffinées vient ensuite, désinvolte et en retard à enrager.

Ces gares successivement semblables, l’impression de descendre là où je suis monté. Trajet en boucle, à l’infini. Ces derniers mois comme passés à coté, en parallèle de soi fixant des litanies le front à la vitre. Par mégarde ne m’apercevant pas peut-être passer dans l’autre train en face.

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