Un coup de cœur : Jérémy Taleyson, Vision de Naxos aux éditions La Cabane.
Une langue juste et dépouillée si proche du réel dans ce qu’il impose à nos expériences par sa simple prégnance. Une langue brève qui se pense et qui s’induit dans une déambulation sensuelle à la manière d’une caméra attentive.
Nos yeux écarquillés à notre arrivée dans l’île. A notre arrivée dans toute l’île. Un soir.
La mer est noire et sans lumière.
Restons assis. Que la nuit passe et que le reste continue.
L’eau n’a pas beaucoup monté cet après midi là.
La plage est restée la même. Barques amarrées et craquantes.
Le soleil a disparu derrière la falaise du Cap Pounta.
Te dire que j’aimais le chemin.
(…)
Nous sommes restés au milieu de l’eau. A arriver. Nous n’avons fait qu’arriver. Et nous sommes arrivés longtemps. Longtemps nous avons cru n’être pas loin.
Nous avons regardé la ville.
Athènes depuis la mer. Athènes aujourd’hui.
A l’avoir imaginée longtemps, la plus grande difficulté a été de la voir.
D’y voir.
Nous rendre compte de sa simple et stupide existence dans nos yeux.
Et devant. Spectacle d’un réel sans spectacle.
Qu’Athènes existe, telle était notre surprise.
Que cette ville soit là. Qu’elle l’ait été depuis longtemps, au milieu des mêmes collines d’oliviers, étouffée par les mêmes vents, ouverte sur la même mer.
Jamais la surprise n’est venue de notre propre présence devant les choses. Toujours de la leur et pour elles-mêmes.

tiens tiens….