Les artistes minimalistes
voulaient sortir tout à fait du jeu d’illusions de la représentation, de toute
suggestion, même minimale, d’espace (deux aplats de couleur qui sembleraient
venir l’un devant l’autre), de toute psychologie ou narration afin d’arriver à
la chose simple et nue ; la chose ne renvoyant à rien d’autre qu’à
elle-même. Ils voulaient des objets remis à leur solitude. Que l’objet
« spécifique », dans sa simplicité géométrique ne s’efface pas
derrière un jeu référentiel ou expressif, un effet ou une émotion, mais se
donne tout dans la tautologie de sa définition ou de sa description ; dégagé
de tous ces réseaux de signes dans lequel il est pris, s’épuisant enfin en un
simple regard (what you see is what you see). Et qu’alors on le voit vraiment.
Le degré zéro du regard, le moins développé et peut-être le plus
difficile : dans cette frontalité univoque s’exerce un paradoxal
retrait : dans cette excédente évidence, échappant au réseau des pensées
et des rêves, ou voulant les exclure, s’en dégager, les objets en deviennent
vidés et impensables. L’évidence est une
butée. Alors ils renvoient en toute extrémité au vertige de la présence. C’est
comme si leur simplicité en effet épuisait le langage, leur compacité mutique
en faisait un grain dur, et mystérieux bientôt. Cette extrémité essentielle
défiant la langue pourrait passer alors pour une forme de mystique. L’objet ne
peut être isolé, sinon théoriquement, et devient inéluctablement le sujet d’une
relation entre lui, l’espace, le temps, et le spectateur. Il est toujours voué
à porter au-delà de lui-même.C’est d’ailleurs ce qu’avait fait
Malevitch, cherchant dans la pureté de la géométrie, du blanc et du noir, cette
excitation semblant monter du néant, chaque forme semblant y plonger et en
revenir continuellement. Le minimalisme de ses blanc sur blanc dit-il, n’est qu’apparent,
le dépouillement lui-même ne pouvant sortir de l’absolu auquel est accroché de
divin. On n’échappe pas à la mystique.
voulaient sortir tout à fait du jeu d’illusions de la représentation, de toute
suggestion, même minimale, d’espace (deux aplats de couleur qui sembleraient
venir l’un devant l’autre), de toute psychologie ou narration afin d’arriver à
la chose simple et nue ; la chose ne renvoyant à rien d’autre qu’à
elle-même. Ils voulaient des objets remis à leur solitude. Que l’objet
« spécifique », dans sa simplicité géométrique ne s’efface pas
derrière un jeu référentiel ou expressif, un effet ou une émotion, mais se
donne tout dans la tautologie de sa définition ou de sa description ; dégagé
de tous ces réseaux de signes dans lequel il est pris, s’épuisant enfin en un
simple regard (what you see is what you see). Et qu’alors on le voit vraiment.
Le degré zéro du regard, le moins développé et peut-être le plus
difficile : dans cette frontalité univoque s’exerce un paradoxal
retrait : dans cette excédente évidence, échappant au réseau des pensées
et des rêves, ou voulant les exclure, s’en dégager, les objets en deviennent
vidés et impensables. L’évidence est une
butée. Alors ils renvoient en toute extrémité au vertige de la présence. C’est
comme si leur simplicité en effet épuisait le langage, leur compacité mutique
en faisait un grain dur, et mystérieux bientôt. Cette extrémité essentielle
défiant la langue pourrait passer alors pour une forme de mystique. L’objet ne
peut être isolé, sinon théoriquement, et devient inéluctablement le sujet d’une
relation entre lui, l’espace, le temps, et le spectateur. Il est toujours voué
à porter au-delà de lui-même.C’est d’ailleurs ce qu’avait fait
Malevitch, cherchant dans la pureté de la géométrie, du blanc et du noir, cette
excitation semblant monter du néant, chaque forme semblant y plonger et en
revenir continuellement. Le minimalisme de ses blanc sur blanc dit-il, n’est qu’apparent,
le dépouillement lui-même ne pouvant sortir de l’absolu auquel est accroché de
divin. On n’échappe pas à la mystique.
(…)

Le monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace a-t-il pu être influencé par les minimalistes ?
J’ai hésité à l’utiliser en illustration…
pensé aussi au cube de Giacometti)
L’évidence est une butée. Alors ils renvoient en toute extrémité au vertige de la présence.