Yann Eouzan, HHHH

L’art s’envisage dans les remous permanents qui le façonnent, les images et les thèmes récurrents que ces derniers émergent. N’est-il pas chaotique et complexe, hanté, habité d’images, animé des fantômes de choses qui voyagent, et confirme au passage la remarque de Deleuze* qui voit dans la toile au début un espace encombré qu’alors l’artiste déblaie, organise, et non un espace vierge? En vérité c’est cela, les tableaux de Yann Eouzan sont peuplés par l’histoire tâtonnante de la pensée humaine qui aujourd’hui pour lui s’étend de l’art pariétal à l’univers numérique et s’éprend tour à tour de la forme d’un théorème, des racines du web et de leurs sympathies. Internet n’est-il pas justement le lieu où se tressent les époques et les styles : à pareille distance de nous désormais les dernières considérations ethnologiques sur le poil, les Ménines, le graphisme underground et la coupe des nations.

Les œuvres d’Eouzan, fertiles à l’investigation critique, éveillent les digressions, racontent des histoires au scénarii ductiles, des théories bizarres à la croisée des genres (les références s’il en faut sont étranges, diverses et disparates). A les fréquenter un peu, elles sont énigmes de surfaces, s’innocentent de leur contenu pour imposer une étrange présence plastique en laquelle se perd l’articulation allégorique du monde. Elles laissent à l’occasion jouer une interrogation purement formelle sur le langage de la main, celui de la machine, organisent des significations dont il n’importe pas qu’elles soient lisibles ou déchiffrables mais simplement organisées. Il ne s’agit pas de résoudre mais d’inviter une conscience laquelle sous bien des aspects dessinerait une forme exigeante et rêveuse de la sérandipité. C’est donc histoire à suivre et non à capturer.


*Gilles Deleuze ; Bacon, la logique de la sensation.

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