2012 – De l’art de penser le récit numérique – Par François Bon.

L’amitié et ces quelques années empilées de travail commun excuseront l’indiscrétion : ce sont deux textes reçus séparément, l’un d’Arnaud Maïsetti, l’autre de Jérémy Liron, à quelques jours d’intervalles, et qui jouent dans le même format de récit, une soixantaine de pages, la bonne distance pour lier architecture et densité ; mais deux récits que chacun d’eux a effectué dans une période biographique tendue, où l’écriture devient affaire de nuit, de moments volés, de limite de soi-même. Évidemment, rien dans ces deux récits qui dirait que l’un termine une thèse sur Koltès, aboutissement de plusieurs années de travail, et que l’autre venait de se voir doté d’un deuxième enfant. Et ce n’est surtout pas la bonne façon de présenter ces deux aventures d’écriture.
Le thème de l’affrontement, pour moi, est surtout lié à ces hallucinants récits de Henri Michaux dans Ailleurs, les Hacs, Émanglons et autres Hizivinikis, et je sais que cette œuvre compte pour Arnaud Maïsetti. Mais l’affrontement est récurrent aussi dans les récits que font les pièces de Koltès. Arnaud Maïsetti, et son site en témoigne, mène de front l’ensemble des directions de son atelier (je dis ça comme s’il avait le choix) – fictions longues, « anticipations » qui sont comme de micro-figures du fantastique, théâtre aussi désormais. Mais dans ce récit, Affrontements, l’impression qu’on a le cœur de la mécanique, le lieu où se rassemblent les tenseurs de ce qui paraît désormais à bien d’entre nous comme une voix majeure dans le paysage contemporain. De Jérémy Liron, c’est aussi la pluralité de mains qui étonne. Plasticien d’exception, il reconstruit à partir de bribes photographiques une ville où l’art le plus techniquement exigeant de la peinture à l’huile vient se confronter aux éléments urbains les plus anodins ou ordinaires. Mais cela le conduit à une démarche photographique capable de prendre aussi son autonomie. Et son blog témoigne de ce qu’est le travail d’un artiste aujourd’hui, y compris le côté physique de l’occupation des lieux, les trajets et repérages, ou le travail de réflexion critique sur le champ contemporain (bientôt sur publie.net, les écrits sur l’art de Jérémy).
Traversée est une fiction, et besoin de rien d’autre pour s’y embarquer. Mais ce qui s’y installe de paysage et travail sur le paysage, de mouvement et cinétiques, et cette mise en abîme de l’intensité (tout part d’un voyage en Scandinavie, en hiver, et d’une histoire de prénom), placent ce récit là aussi dans le centre névralgique d’une démarche d’ensemble. Merci de leur réserver bon accueil. Vous verrez, ça dérange.

De l’art de penser le récit numérique, par François Bon in Bulletin d’information n°8 éditions Publie.net/Publie.papier

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