2019 : Jérémy Liron, Chronique, par Juliette Mantelet.

2019 : Jérémy Liron, Chronique, par Juliette Mantelet in Tafmag.

Né à Marseille, Jérémy Liron a ensuite étudié aux Beaux-arts de Paris avant de s’installer à Lyon où il vit actuellement. Ce sont justement les paysages de ces différentes régions qu’il peint, entre banlieue parisienne et pins de la côte, entre nature et architecture, photographie et peinture. Jérémy Liron produit une peinture plus réaliste que ce que l’on a l’habitude de montrer dans cette rubrique. Plus réaliste et en même temps moins figurative. Il n’y a plus de femme ou d’humain, simplement la trace de l’homme devinée dans ces quelques maisons ou immeubles présentés.
PHOTOPEINTURE
Lorsque l’on regarde pour la première fois le travail de Jérémy, on pourrait croire à un cliché. Ses traits sont nets, géométriques, comme dans ce tableau par lequel on aperçoit un arbre et une villa futuriste à travers une fenêtre. Chaque élément est à sa place, les couleurs sont précises, sans débordement, presque comme dans une photographie. Ces deux arts dialoguent d’ailleurs souvent ensemble dans notre époque où les mediums se mélangent et s’enrichissent. Une époque où les frontières disparaissent entre genres, entre styles musicaux… La photo est parfois si composée et colorée par des aplats de couleurs qu’elle fait penser à un tableau, comme dans les images survitaminées de TRopico Photo. Parfois c’est l’inverse, la peinture est si nette que la distinction entre photo réelle et invention peinte se fait extrêmement fine. L’art de Jérémy Liron se caractérise par la rigueur de sa ligne, la représentation quasi parfaite de ces architectures modernes… Il prend d’ailleurs quotidiennement des photos pour son inspiration.
ARCHINATURE
Dans sa série « Paysages », commencée il y a presque 15 ans et désormais composée de plus de 180 toiles, Jérémy montre son intérêt pour l’architecture urbaine moderne mais surtout pour la façon dont le paysage naturel entre en dialogue avec l’architecture de l’homme. Il ne peint quasiment jamais simplement un bâtiment, ses peintures sont toujours habitées par la forme naturelle, qu’elle soit libre ou domestiquée. Une façon de montrer que la nature se retrouve partout, même dans un paysage urbain. Elle est là, elle domine, perdure… Les arbres viennent cacher une maison, en recouvrir les murs. Les toiles de Jérémy illustrent le tête à tête entre l’architecture créée par l’homme et la nature éternelle, ce tête à tête au cœur de nombreux débats actuels. Ce qui fascine le peintre par-dessus tout ce sont les jeux plastiques entre une architecture purement géométrique composée de lignes, d’angles, de cubes et les gestes et matières du végétal. « Il me fallait arpenter le paysage urbain, répondre de ces événements que produisaient ces architectures raides, silencieuses, mornes fichées sur l’étendue dont la géométrie grise, le rythme des fenêtres dialoguaient avec les haies, les pelouses, les terrains en friche », écrit-il avec poésie.
Ses toiles, si elles rappellent la photographie, ne sont pas pour autant selon l’artiste de la documentation pure mais plutôt des évocations. Il ne cherche pas la ressemblance à tout prix, il veut montrer dans ces rapports de textures, de formes et de couleurs que « quelque chose avait lieu ». Au-delà de l’architecture et de la nature, Jérémy veut raconter un moment, une ambiance. L’autre trait caractéristique de son travail, c’est la disparition de la présence humaine. L’homme est présent par cette architecture, pensée et façonnée par sa main, mais il n’est pas littéralement représenté dans le cadre. Cette volonté de l’artiste donne à son travail une dimension plus grande, le fait plonger dans « la grande temporalité », loin de l’anecdotique. L’homme n’est qu’éphémère et Jérémy veut aborder l’universel, l’intemporel. « Les choses nous regardent depuis leur temps. Nous passons et elles restent », décrit le peintre. Ce discours rappelle celui d’Eléonore Deshayes et ses poésies flottantes, l’illustration de cette incapacité à figer la nature qui engloutira toujours l’homme, cette intranquilité de l’homme mortel face à la nature immortelle… « Je m’en irai bientôt, au milieu de la fête, Sans que rien manque au monde immense et radieux ! » écrivait déjà Victor Hugo. L’homme n’est pas le maître du monde. Il construit, laisse une trace et disparaît. Et le travail de Jérémy nous fait réfléchir justement à cette trace… Voulons-nous vraiment qu’elle ne soit que dévastatrice, et que même la nature après nous ne soit plus si radieuse ?