On me demanderait toujours : « vous travaillez sur quoi ? », « et qu’est ce que vous cherchez à exprimer ? ». Mais pourrais-je répondre que toujours un peu plus, les hypothèses que je tentais d’avancer, en devenant évidentes ne me semblent parvenir à répondre à la question. Pourrais-je confier, sans qu’on le prenne pour un mauvais mot que « je cherche ce que je cherche » et que ce qui se joue à chaque nouvelle tentative est une manière d’ajuster la question ? C’est curieux en effet, ces tableaux qui s’imposent dans leur présence, ajoutent au monde leur espace propre, leur volume d’objet comme si, oui, ils affirmaient. Pour autant je ne fais rien d’autre à chaque fois que j’y reviens que chercher à arranger des choses, travailler une forme de pensée qui retourne sur elles ses propres armes. Une pensée qui, travaillant l’irréductible question de notre rapport au monde, s’intègre elle-même comme objet du monde, se tâtant, s’observant en même temps qu’elle s’énonce. On sait que l’œil ne fait pas qu’enregistrer, mais qu’il produit en un même mouvement et fabrique comme le fait la pensée son propre monde d’images qui, s’il emprunte à la réalité, n’en est jamais l’unique manifestation, la manifestation nue. L’image que l’on regarde comme un résultat, une expression, est semblable à une planche vermoulue à laquelle se sont imprimés les trajets convulsifs des vers, leurs hésitations. Chaque tableau donne à voir les traces de cette pensée qui tente de saisir ce que c’est que voir, sentir en regardant et ce que c’est que peindre ce travail du regard qui devient aussi alors travail du geste. Il s’y fait une sorte de nœud borroméen accordant le regard, le geste, la pensée : voir, peindre ce « voir » en même temps que l’on peint ce que l’on voit, voir ce que l’on peint ou ce qui se peint dans ce même mouvement. Non, je ne sais pas ce que je fais, sinon éprouver encore cet acte de peindre, cette fabrique de visuel qui nous hante depuis longtemps sans tout à fait saisir ce qu’elle dit de ce que je vois, ce qu’elle dit de ce que je suis, ce qui travaille entre les deux.

Je suis tombé sur cette vidéo qui m’a fait pensé à cet article.
http://www.youtube.com/watch?v=oAH6wLW6W2k#t=77