paul vergier berlin

Paul Vergier : Berlin on wood.


On pourrait faire, en marge de l’histoire des chefs-d’œuvres par lesquels les époques et les cultures se parcourent à grands pas, d’une émergence à l’autre, celle des œuvres humbles qui en ont fait dans l’ombre la matière, laborieuses ou légères, et qui de ne rien demander sont renvoyées à une foule indistincte, anonyme, floue de contours.
Il y aurait là des choses juste croisées, images de salle d’attente, pochades d’un ami, d’un parent donnant du pinceau ou du crayon à ses heures. Des illustrations et des dessins d’enfants. Des œuvres de jeunesse, des pochades sans prétention. Des souvenirs. Lire la suite →

skull warhol

Andrew et les images


Lui sans doute
ne se préoccupait-il que d’accumuler,
de multiplier sa présence.

De fabriquer cette sorte de présent continu
en lequel il s’installait,
nourrissant l’illusion d’une
sorte de mouvement
infini et rythmique,
une sorte
de berceuse
à même de soutenir le réel
ou de le confondre. Lire la suite →

herbelin

Les territoires de Nathanaelle Herbelin


La peinture de Nathanaëlle Herbelin tient au passé par ce qu’il a de meilleur : l’art de nous donner des équivalents du monde qui ne sont pas que des images, mais des images qui empruntent au monde un peu de sa matière pour nous en livrer aussi le goût, et nous permettre l’abandon à cette sorte de rêverie sensible et sensuelle à quoi seule la drogue dure que sont les dessins et les tableaux peut nous entraîner. Lire la suite →

sans titre

Est-ce qu’on fait des tableaux avec un pan de mur blanc aperçu de loin alors que l’on attend un train en fin d’après-midi sur le quai d’une gare ?


Par exemple ce pont avec fragment de ville comme attrapé au passage depuis un train.
Combien il aura fallu de trajets pour que vienne l’idée d’une œuvre ? Avec cet arrangement qui très brièvement se forme dans la vue pour basculer hors champ en laissant une saveur fugace mais suffisamment entêtante, intrigante ou révélatrice de quelque chose qu’on ne saurait nommer et dont l’image aussi incertaine soit-elle d’abord devient alors un précieux témoignage. Approaching a city, d’abord un dessin de 38 par 56 cm. Avant l’huile sur toile pas tout à fait deux fois plus grande. Lire la suite →

GillesElie_EliePeinture_670

Gilles Elie : « ce serait une station-service »


Une confession : je n’ai jamais fait que parcourir cavalièrement, lire de manière transversale, bref, tourner autour Les mots et les choses de Foucault. Les raisons en sont diverses et tiennent tout autant aux exigences du livre, épais et dense, qu’aux nombreux motifs de distraction qui font de nos vies des expériences fragmentées et discontinues où l’on ne cesse de quitter une branche pour une autre. Lire la suite →

jacquier_urdla

Glissements, advenances, déplacements, transcriptions et traductions – Rémy Jacquier.


On a l’habitude de dire que traduire c’est trahir, considéré que la traduction rapatrie dans une langue quelque chose qui lui est étranger et qu’elle ne peut alors que proposer un équivalant d’usage avec ses approximations. Non seulement la langue est adossée à une culture, en est innervée, mais elle possède sa musique propre, son architecture, ses sonorités. Il en est un peu comme la carte de la nouvelle de Borges qui, pour être fidèle au territoire qu’elle entend cartographier, finit par le recouvrir comme un double : La traduction qui serait décidée à ne rien céder ni de sonorités ni des significations et de tous les aspects ténus qui en chaque mot logent leur feuilletage finirait par recopier le texte à l’identique. Toutes les autres sont des partis-pris. Lire la suite →

robin kid

On prend note des désastres du monde


« Ainsi, le flux d’images déversé dans nos yeux devient notre activité « spirituelle » tout en gardant l’apparence d’un spectacle inoffensif. (…) Tant qu’il est occupé par ce flot visuel dont l’invasion est continue, notre esprit ne le pense pas pour la raison qu’il n’a pas besoin de se représenter ce qui, tout en l’occupant, ne cesse pas d’être devant ses yeux. »
Bernard Noël, Le cerveau disponible.

On prend note des désastres du monde, des mille perversions qui fleurissent dans les parages de nos gestes, au milieu même de nos rêves. On écrit la proximité de nos divertissements et de nos crimes. Comme la folie traverse et infuse nos vies. Lire la suite →

lile aux fleurs

Fin du monde et fin de mois.


Pousse ton genou, j’passe la troisième
Ça fait jamais qu’une borne que tu m’aimes
Je sais pas si je veux te connaître plus loin
Arrête de me dire que je vais pas bien
C’est comment qu’on freine
Je voudrais descendre de là
C’est comment qu’on freine
Cascadeur sous Ponce-Pilate
J’cherche un circuit pour que j’m'éclate
L’allume-cigare je peux contrôler
Les vitesses c’est déjà plus calé
C’est comment qu’on freine
Tous ces cosaques me rayent le canon
Je nage dans le goulag je rêve d’évasion
Caractériel je sais pas dire oui
Dans ma pauvre cervelle carton bouilli
C’est comment qu’on freine
Je m’acolyte trop avec moi-même
Je me colle au pare-brise ça me gêne
Ça sent le cramé sous les projos
Regarde où j’en suis je tringle aux rideaux
C’est qu’on freine
Je voudrais descendre de là

(Gainsbourg/Baschung)

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Franz_Reichelt

voir des corps tomber


Le désir de connaitre, de savoir, se mêle à une pulsion destructrice. Le Prince Albert 1er de Monaco, pionnier de la protection des milieux marins à qui l’on doit le musée océanographique lèguera dans un même temps à celui-ci les précieux trophées de son amour cruel. Ses mémoires ont l’odeur de la poudre et du sang. Son carnet de chasse en rend sinistrement compte. Elles s’élèvent à plusieurs centaines par an. Entre 1861 et 1906 il a tiré 31751 cartouches et fait 18 811 « prises ». Lire la suite →

MAISETTI-DYTAR

Arnaud Maïsetti, Saint-Just & des poussières – Jean Dytar, #J’accuse


En cette fin de mois d’août, pour accompagner cette rentrée de septembre, paraissent deux livres écrits par deux compagnons de route qui, si dissemblables par le ton, le sujet ou la forme qu’ils soient, se saisissent tout deux d’un moment de l’histoire, d’un nom, pour suggérer une lecture critique de notre propre présent et incidemment questionner les rapports que nous avons aux images.
A Arnaud Maïsetti on doit le fiévreux Saint-Just & des poussières, plongeant dans le corps convulsif de la Révolution. Portrait fauve d’un homme comme d’une période, des désirs et de l’insoumission, fougueux comme un chant, lyrique comme une Ode. A Jean Dytar, #J’accuse, roman graphique ciselé et fouillé qui mêle les temps pour nous faire revivre le débat médiatique sur fond d’antisémitisme qui a pris ce que l’on a appelé l’affaire Dreyfus et auquel n’ont rien à envier nos actuels réseaux sociaux et les polémistes les plus écœurants. Lire la suite →