sans titre

Est-ce qu’on fait des tableaux avec un pan de mur blanc aperçu de loin alors que l’on attend un train en fin d’après-midi sur le quai d’une gare ?


Par exemple ce pont avec fragment de ville comme attrapé au passage depuis un train.
Combien il aura fallu de trajets pour que vienne l’idée d’une œuvre ? Avec cet arrangement qui très brièvement se forme dans la vue pour basculer hors champ en laissant une saveur fugace mais suffisamment entêtante, intrigante ou révélatrice de quelque chose qu’on ne saurait nommer et dont l’image aussi incertaine soit-elle d’abord devient alors un précieux témoignage. Approaching a city, d’abord un dessin de 38 par 56 cm. Avant l’huile sur toile pas tout à fait deux fois plus grande. Lire la suite →

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Gilles Elie : « ce serait une station-service »


Une confession : je n’ai jamais fait que parcourir cavalièrement, lire de manière transversale, bref, tourner autour Les mots et les choses de Foucault. Les raisons en sont diverses et tiennent tout autant aux exigences du livre, épais et dense, qu’aux nombreux motifs de distraction qui font de nos vies des expériences fragmentées et discontinues où l’on ne cesse de quitter une branche pour une autre. Lire la suite →

jacquier_urdla

Glissements, advenances, déplacements, transcriptions et traductions – Rémy Jacquier.


On a l’habitude de dire que traduire c’est trahir, considéré que la traduction rapatrie dans une langue quelque chose qui lui est étranger et qu’elle ne peut alors que proposer un équivalant d’usage avec ses approximations. Non seulement la langue est adossée à une culture, en est innervée, mais elle possède sa musique propre, son architecture, ses sonorités. Il en est un peu comme la carte de la nouvelle de Borges qui, pour être fidèle au territoire qu’elle entend cartographier, finit par le recouvrir comme un double : La traduction qui serait décidée à ne rien céder ni de sonorités ni des significations et de tous les aspects ténus qui en chaque mot logent leur feuilletage finirait par recopier le texte à l’identique. Toutes les autres sont des partis-pris. Lire la suite →

robin kid

On prend note des désastres du monde


« Ainsi, le flux d’images déversé dans nos yeux devient notre activité « spirituelle » tout en gardant l’apparence d’un spectacle inoffensif. (…) Tant qu’il est occupé par ce flot visuel dont l’invasion est continue, notre esprit ne le pense pas pour la raison qu’il n’a pas besoin de se représenter ce qui, tout en l’occupant, ne cesse pas d’être devant ses yeux. »
Bernard Noël, Le cerveau disponible.

On prend note des désastres du monde, des mille perversions qui fleurissent dans les parages de nos gestes, au milieu même de nos rêves. On écrit la proximité de nos divertissements et de nos crimes. Comme la folie traverse et infuse nos vies. Lire la suite →

lile aux fleurs

Fin du monde et fin de mois.


Pousse ton genou, j’passe la troisième
Ça fait jamais qu’une borne que tu m’aimes
Je sais pas si je veux te connaître plus loin
Arrête de me dire que je vais pas bien
C’est comment qu’on freine
Je voudrais descendre de là
C’est comment qu’on freine
Cascadeur sous Ponce-Pilate
J’cherche un circuit pour que j’m'éclate
L’allume-cigare je peux contrôler
Les vitesses c’est déjà plus calé
C’est comment qu’on freine
Tous ces cosaques me rayent le canon
Je nage dans le goulag je rêve d’évasion
Caractériel je sais pas dire oui
Dans ma pauvre cervelle carton bouilli
C’est comment qu’on freine
Je m’acolyte trop avec moi-même
Je me colle au pare-brise ça me gêne
Ça sent le cramé sous les projos
Regarde où j’en suis je tringle aux rideaux
C’est qu’on freine
Je voudrais descendre de là

(Gainsbourg/Baschung)

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Franz_Reichelt

voir des corps tomber


Le désir de connaitre, de savoir, se mêle à une pulsion destructrice. Le Prince Albert 1er de Monaco, pionnier de la protection des milieux marins à qui l’on doit le musée océanographique lèguera dans un même temps à celui-ci les précieux trophées de son amour cruel. Ses mémoires ont l’odeur de la poudre et du sang. Son carnet de chasse en rend sinistrement compte. Elles s’élèvent à plusieurs centaines par an. Entre 1861 et 1906 il a tiré 31751 cartouches et fait 18 811 « prises ». Lire la suite →

MAISETTI-DYTAR

Arnaud Maïsetti, Saint-Just & des poussières – Jean Dytar, #J’accuse


En cette fin de mois d’août, pour accompagner cette rentrée de septembre, paraissent deux livres écrits par deux compagnons de route qui, si dissemblables par le ton, le sujet ou la forme qu’ils soient, se saisissent tout deux d’un moment de l’histoire, d’un nom, pour suggérer une lecture critique de notre propre présent et incidemment questionner les rapports que nous avons aux images.
A Arnaud Maïsetti on doit le fiévreux Saint-Just & des poussières, plongeant dans le corps convulsif de la Révolution. Portrait fauve d’un homme comme d’une période, des désirs et de l’insoumission, fougueux comme un chant, lyrique comme une Ode. A Jean Dytar, #J’accuse, roman graphique ciselé et fouillé qui mêle les temps pour nous faire revivre le débat médiatique sur fond d’antisémitisme qui a pris ce que l’on a appelé l’affaire Dreyfus et auquel n’ont rien à envier nos actuels réseaux sociaux et les polémistes les plus écœurants. Lire la suite →

laure tiberghien

Laure Tiberghien, impressions


Il était inscrit dans le programme de la photographie qu’elle devait se situer à proximité de l’écriture et de l’imprimerie parmi les arts de la mémoire. Hélio-graphie ou photo-graphie (que l’on considère en grec le soleil ou la lumière en général), elle consistait littéralement en l’inscription par la lumière, considérée alors avec Talbot comme « le crayon de la nature », d’une réalité visible à laquelle l’œil photographique faisait face et dont la plaque, comme la rétine, était garante. Lire la suite →

richard long

Cedric Lerible, de ce pas.


La République En Marche, Le Rassemblement National, Les Républicains, Le Mouvement Démocrate, Le Mouvement Radical, Agir, La France Insoumise…
A chaque fois j’entends la Marseillaise. Je veux dire, cet élan, cette fierté. De l’orgueil même. Une propension à l’héroïsme. Les torses se bombent, les voies respiratoires s’oxygènent, les têtes s’embustent de marbre, à la romaine. C’est plein de majuscules. L’hémicycle est en bois vernis, lustré, on s’apostrophe, le doigt comme le St-Jean-Baptiste de De Vinci. Il y a toute une pantomime des majuscules. Lire la suite →

madame-cezanne-au-fauteuil-jaune

Notes sur Cézanne


Je me laissais intriguer positivement lorsque je les découvrais avec les œuvres de Van Gogh, de Monet et quelques autres, par les portraits de Cézanne ; leur caractère à la fois massif et bancal, extrêmement soignés, maniaques par certains aspects, tout en même temps que sommaires, bruts, approximatifs ou gauches. Lire la suite →