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Lee Bontecou, sculptrice d’espaces et de l’âme.


Les premières œuvres de Lee Bontecou, c’est aux alentours de 2007, au Palais de Tokyo. J’étais diplômé des Beaux-Arts depuis peu, je préparais ou avait déjà obtenu l’agrégation. Une exposition collective dont j’ai du mal à me souvenir du contenu et des artistes présentés. Façon peut-être de dire comme une exposition est une sorte de rêve qu’on traverse et qui vous traverse. Lire la suite →

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Clignotant


En gare. Que cache-t-il à l’heure du départ ?
Une belle éveillée, lui tout endormi de la veille ?
Une belle endormie quand il veille tenant son siège ?
Marchepieds, attention. Léger bagage, par chance.
Fenêtres closes, prudence. Besoin d’un point de fuite.

Philippe Blanchon

Peut-être faut-il s’imaginer clignotant, des yeux, des oreilles, de corps, d’attention… Traversant la vie ou étant, sinon traversé, du moins éveillé par elle, en pointillés, et selon un rythme variable. Lire la suite →

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Bird’s Eye View


Comme on la voit devant nous, adossée perpendiculairement au mur qui nous fait face, il est plus facile encore d’y voir un œil, grand, qui vous fixe. Au centre, un disque noir tient lieu de pupille, cet abyme de nuit, depuis laquelle, effrangée de beige pour gagner rapidement une teinte terre de sienne, pris dans une dynamique centrifuge, se déploient les fibres de l’iris. Lire la suite →

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Un visage


« Lecteur, mon semblable mon frère ».
Baudelaire

« Vers la création toujours tournés, nous ne
Voyons en elle qu’un reflet du Libre,
Obscurci par notre ombre. Ou qu’une bête,
Une sans voix, regarde, calme, à travers nous.
C’est cela que le mot destin veut dire : être en face,
Rien d’autre que cela, toujours en face.

Y aurait-il une conscience pareille à la nôtre
Dans la bête assurée qui avance vers nous
Orientée autrement, elle nous entraînerait
Dans son orbite. »
Rilke

On a vu sa manière de s’épuiser sur le grain du papier, distribuant le noir en l’essuyant, comme le fait un carré Conté, un fusain dur. Les inflexions qui témoignent du geste de la main, la désinvolture preste, suggestive avec ce qu’elle contient d’approximations, de lacunes. La façon de déchirure striée, sans pareille, que dépose dans la course le pinceau chargé d’encre. Et dans ce chaos panique, agrégeant à la diable l’apparence d’un visage, les lumières, comme essuyées elles aussi, de la feuille qui devait recevoir ces altérations, par assauts répétés, à sa pureté. Lire la suite →

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Locus solus, locus incertus : note d’atelier


« C’est un endroit qui ressemble à la Louisiane, à l’Italie »
Nino Ferrer

« Ça ressemble à la Toscane douce et belle de Vinci
Les sages et beaux paysages font les hommes sages aussi
Ça ressemble à des images, aux saisons tièdes, aux beaux jours
Au silence après l’orage, au doux toucher du velours Lire la suite →

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Une image


« Peut-être conviendrait-il mieux de descendre au contraire dans le pli que chaque hirondelle passe et repasse dans l’air du soir et de considérer chacune d’elles dans sa singularité : pour les voir dès lors vivre non plus dans l’abstraction d’un espace générique mais dans ces coulures, ces jeux d’angles et ces chicanes formant les espaces particuliers de la ville, avec leurs cours, leurs rues, leurs places et leurs fils tendus d’un bord à l’autre — murs et fenêtres faisant toile de fond pour le ballet de lignes et d’éclats qui s’exécute et dans tous les sens. »
J-C Bailly, Hirondelles andalouses

« Ce mécanisme des ouvertures de parenthèses, et de parenthèses dans les parenthèses, a toujours eu grande part dans le développement de mes travaux, donnant lieu à de nouvelles séries que je n’avais pas prévues, donnant lieu aussi à des interruptions du fil conducteur parfois très prolongées. D’où mes retours en arrière, de temps en temps, pour reprendre ce fil au point où il était resté de nombreuses années plus tôt. »
Jean Dubuffet

C’est de son aveu une rencontre inopinée sur un trottoir. Et on sait comment une simple rencontre peut engager une vie.
D’ordinaire l’onde de choc se dissipe rapidement, vous vous ressaisissez. Le monde récupère ses contours. Et vous passez au travers. Mais il se fait des fois que la perturbation se soit insinuée et installée assez profondément pour provoquer dans l’âme une inclinaison. Vous pouvez reprendre votre vie de tous les jours. Vous êtes toujours le même, du moins au dehors. Vous allez chercher le pain, vous écoutez de manière plus ou moins distraite les actualités, vous réglez votre montre. Mais, pourrait-on dire, la pointe a touché. Lire la suite →

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les aventures de la caverne, les images dans la cabane


Je comprends ceux et celles qui se composent une forme de caverne, de labyrinthe, un cabinet de curiosité, une collection, et meublent ainsi leur intérieur, leur bureau, leur chambre, leurs étagères, leur bureau d’ordinateur, leurs pensées, leurs rêves, leurs siestes, leurs conversations, leurs vacances, leurs escapades, leur courrier en cours, leur trieur, leurs chemins de traverse et chemins buissonniers, leur patio, leurs plages et leurs cabanes dans l’arbre, de livres et de mots, de souvenirs, d’images, de bibelots, de gravures anciennes, de dessins, d’œuvres, de standard de jazz, de papiers déchirés, de pièces archéologiques, de fanzines désormais introuvables, de plaquettes de poésies, de plantes exotiques et ordinaires, d’albums de photographies anciennes ou récentes, de trouvailles, d’étrangetés, de jeux de mots, de fortunes de mer, de terrains vagues et de friches, de boîtes aux lettres, de cartes postales, de stylos sans mine, secs ou muets, de trombones et de papiers pliés au fond des poches. Lire la suite →

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Bonhommes et têtes


« Je me sens comme la feuille blanche et aussi assoiffé qu’elle de recevoir l’imprégnation, c’est sur mon être entier que celle-ci vient se déposer. » Dubuffet

Puis vous surprenez un visage posé dans l’espace d’une feuille de papier. Ou sans doute, n’est-il pas tout à fait là : plus en retrait peut-être, scintillant depuis un lieu obscur dont la feuille en cet instant matérialise la surface. Peut-être encore, est-ce à l’intérieur de votre regard qu’a lieu cet appel, que dans un couple d’yeux vous nommez visage, et dans lequel, une moue déjà, esquisse le témoignage discret d’un état d’âme : une face se fait dans ce désir né d’une pulsion vitale qui informe chaque chose depuis un catalogue intérieur. Lire la suite →

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Enregistrer les ombres que font tomber les choses sur nous


Des images, il s’en forme naturellement dans l’imagination, dans la remémoration, dans les traces et les empreintes, dans les reflets et les ombres. Héliographie, puis photographie seront les noms donnés au rêve et au désir de fixer quelques-unes de ces traces sans le recours décevant du tracé manuel. De les fixer dans leur état natif, presque ingénu, c’est-à-dire comme d’elles-mêmes. De manière acheiropoïète disent les grecs.
Mais ces noms, insistant sur le rôle de la lumière pour impressionner la surface sensible ont presque occulté son pendant nécessaire auquel on doit cependant que les formes se sculptent. « On n’écrit pas, lumineusement, sur champ obscur, l’alphabet des astres, seul, ainsi s’indique, ébauché ou interrompu », note Mallarmé. Lire la suite →

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notes sur la fragilité exposée


Une partie de la mélancolie qui vous vient est à imputer à votre propre tempérament ou à quelques raisons personnelles obscures qui vous voilent l’âme, dépolissant ce sur quoi vous portez votre attention. Encore peut-être la lassitude vient-elle aussi de ce format même des grands événements, des grand-messes, dans lesquels tout fini par être mêlé, englouti, assujetti à un propos général. Et où c’est toujours le geste qui focalise perversement l’attention, aux dépends des propositions singulières, principe des expositions de commissaires. Lire la suite →