balkenhol

Être là, Stephan Balkenhol.


« Certes le temps s’écoule, mais pourtant jamais rien n’arrive. Tout est là.Tout l’avenir, aussi bien, — dans le moindre fragment d’espace. Tout y est lisible, pour qui veut bien, pour qui sait bien l’y voir.
Pourtant, chez quelques-uns seulement parmi les plus grands artistes, un pas de plus est fait. L’indifférence est atteinte. Par un certain adoucissement, ou gommage de la hiérarchisation, il est redit, une seconde fois, que tout est simple; que si le fatal va de soi, l’inconscience aussi du fatal est fatale; que la tranquillité est de droit. »
Francis Ponge

On sait la phrase de Breton à Giacometti lorsque ce dernier, délaissant les explorations qui avaient fait de lui un contributeur singulier au grand œuvre du surréalisme, entreprit de se confronter à ce que depuis les bustes antiques, les bois peints de Grèce ou du Fayoum, on peut bien appeler l’exercice du portrait. Lire la suite →

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FK


« Nous devrions savoir d’abord que tout est loin à jamais, sinon ce ne serait pas la vie. » André Dhôtel (La nouvelle chronique fabuleuse)

« Nous ressemblons à notre âme et notre âme, elle ne fait rien, jamais rien. Elle regarde par la fenêtre. Elle attend ce qui ne viendra pas, ce qui viendra sûrement. »
Christian Bobin (Pierre,)

« Ce lieu que Proust, doucement, anxieusement, vient occuper de nouveau à chacun de ses réveils, à ce lieu-là, dès que j’ai les yeux ouverts, je ne peux plus échapper. Non pas que je sois par lui cloué sur place – puisqu’après tout je peux non seulement bouger et remuer, mais je peux le « bouger », le remuer, le changer de place-, seulement voilà : je ne peux pas me déplacer sans lui ; je ne peux pas le laisser là où il est pour m’en aller, moi, ailleurs. »
Michel Foucault (les corps utopiques)

« En somme, il faut que ces mots soient tels, que, placés par moi, devant moi, comme des portes, ils s’aident eux-mêmes à s’ouvrir ».
Francis Ponge (La fabrique du pré)

Une œuvre est toujours trop grande pour soi. Trop grande en même temps qu’insuffisante en regard de l’appétit de totalité dont on veut croire que l’atteindre résoudrait à la fois vivre et mourir.
Il faudrait une deuxième vie pour la considérer avec le recul nécessaire. Une troisième peut-être pour la décrire avec quelques formules pas trop inadéquates. Mais déjà on ne saurait plus distinguer l’apparence de la réalité dans la cuisine du souvenir. Nous serions trompés par notre désorientation entre les reflets et les ombres. Lire la suite →

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l’espace de la chute. (Claire Chesnier, encore)


« Nous tombons. Je vous écris en cours de chute. C’est ainsi que j’éprouve l’état d’être au monde ».
René Char

On attrape toujours l’histoire par le milieu. Le monde préexiste à votre éveil, se poursuit, s’étend, au-delà de ce qu’une vie peut atteindre. Nous n’en sommes que passagers. Déjà il nous dépasse, s’étendant dans toutes ses dimensions, à perte de vue, et pourrait-on dire, à perte de sens ou de compréhension.
Si nos bords se déchirent ou subissent une sorte de couperet, l’espace et le temps, dans l’intuition que nous en avons, se perdent dans les lointains sous la forme d’un dégradé : une forme d’infini. Lire la suite →

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Paul Vergier : Berlin on wood.


On pourrait faire, en marge de l’histoire des chefs-d’œuvres par lesquels les époques et les cultures se parcourent à grands pas, d’une émergence à l’autre, celle des œuvres humbles qui en ont fait dans l’ombre la matière, laborieuses ou légères, et qui de ne rien demander sont renvoyées à une foule indistincte, anonyme, floue de contours.
Il y aurait là des choses juste croisées, images de salle d’attente, pochades d’un ami, d’un parent donnant du pinceau ou du crayon à ses heures. Des illustrations et des dessins d’enfants. Des œuvres de jeunesse, des pochades sans prétention. Des souvenirs. Lire la suite →

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Andrew et les images


Lui sans doute
ne se préoccupait-il que d’accumuler,
de multiplier sa présence.

De fabriquer cette sorte de présent continu
en lequel il s’installait,
nourrissant l’illusion d’une
sorte de mouvement
infini et rythmique,
une sorte
de berceuse
à même de soutenir le réel
ou de le confondre. Lire la suite →

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Les territoires de Nathanaelle Herbelin


La peinture de Nathanaëlle Herbelin tient au passé par ce qu’il a de meilleur : l’art de nous donner des équivalents du monde qui ne sont pas que des images, mais des images qui empruntent au monde un peu de sa matière pour nous en livrer aussi le goût, et nous permettre l’abandon à cette sorte de rêverie sensible et sensuelle à quoi seule la drogue dure que sont les dessins et les tableaux peut nous entraîner. Lire la suite →

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Est-ce qu’on fait des tableaux avec un pan de mur blanc aperçu de loin alors que l’on attend un train en fin d’après-midi sur le quai d’une gare ?


Par exemple ce pont avec fragment de ville comme attrapé au passage depuis un train.
Combien il aura fallu de trajets pour que vienne l’idée d’une œuvre ? Avec cet arrangement qui très brièvement se forme dans la vue pour basculer hors champ en laissant une saveur fugace mais suffisamment entêtante, intrigante ou révélatrice de quelque chose qu’on ne saurait nommer et dont l’image aussi incertaine soit-elle d’abord devient alors un précieux témoignage. Approaching a city, d’abord un dessin de 38 par 56 cm. Avant l’huile sur toile pas tout à fait deux fois plus grande. Lire la suite →

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Gilles Elie : « ce serait une station-service »


Une confession : je n’ai jamais fait que parcourir cavalièrement, lire de manière transversale, bref, tourner autour Les mots et les choses de Foucault. Les raisons en sont diverses et tiennent tout autant aux exigences du livre, épais et dense, qu’aux nombreux motifs de distraction qui font de nos vies des expériences fragmentées et discontinues où l’on ne cesse de quitter une branche pour une autre. Lire la suite →

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Glissements, advenances, déplacements, transcriptions et traductions – Rémy Jacquier.


On a l’habitude de dire que traduire c’est trahir, considéré que la traduction rapatrie dans une langue quelque chose qui lui est étranger et qu’elle ne peut alors que proposer un équivalant d’usage avec ses approximations. Non seulement la langue est adossée à une culture, en est innervée, mais elle possède sa musique propre, son architecture, ses sonorités. Il en est un peu comme la carte de la nouvelle de Borges qui, pour être fidèle au territoire qu’elle entend cartographier, finit par le recouvrir comme un double : La traduction qui serait décidée à ne rien céder ni de sonorités ni des significations et de tous les aspects ténus qui en chaque mot logent leur feuilletage finirait par recopier le texte à l’identique. Toutes les autres sont des partis-pris. Lire la suite →

robin kid

On prend note des désastres du monde


« Ainsi, le flux d’images déversé dans nos yeux devient notre activité « spirituelle » tout en gardant l’apparence d’un spectacle inoffensif. (…) Tant qu’il est occupé par ce flot visuel dont l’invasion est continue, notre esprit ne le pense pas pour la raison qu’il n’a pas besoin de se représenter ce qui, tout en l’occupant, ne cesse pas d’être devant ses yeux. »
Bernard Noël, Le cerveau disponible.

On prend note des désastres du monde, des mille perversions qui fleurissent dans les parages de nos gestes, au milieu même de nos rêves. On écrit la proximité de nos divertissements et de nos crimes. Comme la folie traverse et infuse nos vies. Lire la suite →