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Effrontés, entêtés, têtus, inconséquents


On ferait appui de ses mains, le dessus du crâne, à quelques centimètres en avant — disons la longueur d’une main —, recevant, après les vertèbres, tout le poids du corps ; les jambes, deux tiges cherchant approximativement, périlleusement, la verticale vers le haut de l’édifice, les abdominaux gainés. Lire la suite →

photos Blandine

choses discrètes


« Ça gueule dans la rue noire au bout de laquelle l’eau du fleuve frémit
contre les berges.
Ce mégot jeté d’une fenêtre fait une étoile.
Ça gueule encore dans la rue noire.
Ah ! vos gueules !
Nuit pesante, nuit irrespirable.
Un cri s’approche de nous, presque à nous toucher, mais il expire juste
au moment de nous atteindre.
Quelque part, dans le monde, au pied d’un talus,
Un déserteur parlemente avec des sentinelles qui ne comprennent pas son langage. »

Desnos

« Le bruit des voitures, au matin, le premier jour de l’an. Le chant des oiseaux. A l’aurore, le bruit d’une toux, et, il va sans dire, le son des instruments. »

« Un vase de terre cuite non vernissée.
Une cruche de métal, neuve.
Le dessus des nattes, fait d’avoine d’eau.
La lumière qui passe au travers de l’eau qu’on verse.
Une « longue caisse » neuve. »

Sei Shonagon

« Par aventure on rencontre un télescope, et cette lune, on la voit, et cette figure de l’inattendu surgit devant vous, et vous vous trouvez face à face dans l’ombre avec cette mappemonde de l’Ignoré. L’effet est terrifiant. Autre chose que nous tout près de nous. L’inaccessible presque touché. L’invisible vu. »
Victor Hugo

On sait comme un battement de cil, l’insolence d’une mèche qui badine sur un front, le duvet d’une nuque ou l’inachèvement d’un geste, un frôlement, peuvent déchirer le monde. Lire la suite →

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note intranquille


« Victimes d’un double envoûtement, tiraillés entre les deux vérités, condamnés à ne pouvoir choisir l’une que pour regretter aussitôt l’autre, nous sommes trop clairvoyants pour n’être pas des dégonflés, revenus et de l’illusion et de l’absence d’illusion ».
Cioran, Ecartèlement.

Ces dernières années comme ça j’ai lu un livre. Un livre que j’avais acheté parce que j’avais lu et apprécié les précédents du même auteur. Le titre je crois me laissait présager une poursuite sur un mode personnel de questionnements à la fois sociaux et esthétiques qui me préoccupaient. Lire la suite →

Pablo-Picasso-Female-nude-in-the-garden

penser regarder se souvenir imaginer rêver considérer


« Par exemple, quand je suis en auto avec des amis et qu’ils s’exclament sur le paysage, je me paye le luxe, in petto, de reporter soudain mon regard sur le poignet du chauffeur ou sur le velours de son siège — et j’y prends des plaisirs inouïs.
Rien ne me paraît valoir ce spectacle.
Le paysage, j’en ai joui en un clin d’œil.
Là, il faut un petit peu d’attention, mais quelles récompenses !

Je vous conseille ce petit exercice.
Il est évident que le poignet du chauffeur est alors, en quelque façon, éclairé par le paysage. »

Francis Ponge

« Aucune différence entre vivre et regarder la télévision (…) Tout est plus ou moins artificiel. Je ne sais pas où s’arrête l’artificiel et où commence le réel. »

Andy Warhol

« Même votre rencontre avec Valentine, votre femme, s’est effectuée sous le signe de Rembrandt. Dans ses yeux vous avez reconnu ceux d’Hendrickje Stoffels ?
-Pour moi, c’était le même chose. Et en même temps, ce qui est terrible, ce n’était pas la même chose… Les yeux d’Hendrickje Stoffels, c’était déjà la perle qu’elle portait à son cou. Valentine n’était déjà plus Valentine, cela devenait la peinture. J’ai toujours tout mélangé… »

Bernard Marcadé et Eugène Leroy Lire la suite →

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Wiliam Tucker, vouloir voir.


« Nous avançons, et rien ne change. Ce n’est pas de la navigation, mais du rêve. »
Camus

« Soudain, j’aperçu au large un point noir sur l’Océan couleur de fer. Je détournais les yeux aussitôt, mon cœur se mit à battre. Quand je m’efforçais de regarder, le point noir avait disparu. J’allais crier, appeler stupidement à l’aide, quand je le revis. Il s’agissait d’un de ces débris que les navires laissent derrière eux. Pourtant, je n’avais pu supporter de le regarder, j’avais tout de suite pensé à un noyé. Je compris alors, sans révolte, comme on se résigne à une idée dont on connait depuis longtemps la vérité. »
Camus

Ce sont des formes. Caractérisées par un certain volume, une dimension, une matière, une texture, une teinte. Mais aussi un certain dynamisme, un certain rapport d’échelle avec son environnement, une certaine pesanteur, qui suggèrent l’expression d’un élan, d’une volonté ou d’un tempérament. Lire la suite →

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Pas grand chose, du moins.


On ne sait rien de l’intention des pierres dont on cerne comme on peut l’existence par un jeu de causalités mécaniques et chimiques ; débris, pièces détachées de phénomènes géologiques faits de sédimentation, de tectonique et d’érosion. On ne sait rien de leur volonté ni de leurs élans ; de leurs craintes. On devine à peine leur patience. Lire la suite →

marie claire mitout athene

Marie-Claire Mitout et le cours des choses.


“I’m going, i’m going, i’m gone”
Bob Dylan

Il est un certain nombre de choses qui ne se laissent appréhender qu’indirectement, par les effets qu’elles produisent et depuis lesquels alors, comme en négatif, un point aveugle se dessine. C’est, dit-on le cas des trous noirs, déduits des perturbations que l’on décèle dans leur voisinage. Notre vie aussi est sujette à cette appréhension indirecte, quand bien même nous la vivons, du fait même de son cheminement en cours, mais parce que nous ne pouvons pas, dans le même temps être acteurs et témoins, sujets et objets. Toute conscience, nous dit-on, est rétrospective et réflexive, tout récit est reconstitution. Lire la suite →

Leonardo-Cremonini

Fréquentation de Leonardo Cremonini


« La seule chose à faire est de se désaccoutumer, alors soudain on voit quelque chose. »
Louis Zukofsky

« De l’autre côté de la vitre l’inondation la transpiration des façades Luisance
Les lèvres de l’horizon bavant le ciel et la mer
L’envie des mômes
Et là-bas la parfumerie les mécaniciens continuent
Je traverserai ton regard
L’appui-tête du wagon semblable à un visage d’insecte bâillonné »
Michel Butor

Il y a des objets, comme des êtres ou des lieux, qu’il vous faut croiser plusieurs fois avant de les voir vraiment. Ou plutôt, dont vous ne reconnaissez l’importance qu’ils ont pour vous, l’influence qu’ils exercent ou pourraient exercer sur votre sensibilité, votre vocabulaire, votre regard, qu’avec un effet retard. Il s’agit parfois d’une histoire de moment, de disponibilité ; vous passez tout simplement à côté. D’autres fois quelque chose a crocheté votre attention, mais qu’il vous faut un peu de temps à discerner, comme un bruit parmi d’autres qu’il faut isoler pour parvenir à l’identifier ; ou une manière de sédimentation. Lire la suite →

garcin

Malaise


« A toutes les époques il se tire des coups de feu dans quelque coin du monde ».
P. Gadenne

« Le pays est en guerre, et c’est peut-être mieux.
Le chaos est le juste décor à leur douleur.
Pour la première fois, le conflit est mondial.
Sarajevo fait tomber les empires du passé.
Des millions d’hommes se précipitent vers leur fin.
L’avenir se dispute dans de longs tunnels creusés dans la terre ».
D. Foenkinos

« Aucun de nous ne croit vraiment que cela va arriver — pas à nous. Nous sommes tous fous, chacun à notre façon.
-C’est aussi mon avis, dit-il avec conviction».
Nevil Shute

Archéologues et historiens ont établi qu’à certaines périodes, dans certaines régions tout du moins, des épidémies ravageuses comme celle de la peste avaient connu un mouvement chronique auquel les habitants avaient fini par devoir s’accoutumer. Lire la suite →

sicard

Jacques Sicard, Photogramme Arrêté.


« Quand le train est en marche, tout se brouille ; quand il s’arrête, on distingue le paysage. Sauf que le paysage ressemble au panorama des attractions du premier XXe siècle ».

On ne peint pas les choses, écrit à peu de choses près Mallarmé, mais leur écho ou leur reflet en nous. Et on aura peine à trouver l’objectivité d’un portrait synthétique dans chacun de ces courts textes qu’un nom pourtant introduit. Lire la suite →