marie claire mitout athene

Marie-Claire Mitout et le cours des choses.


“I’m going, i’m going, i’m gone”
Bob Dylan

Il est un certain nombre de choses qui ne se laissent appréhender qu’indirectement, par les effets qu’elles produisent et depuis lesquels alors, comme en négatif, un point aveugle se dessine. C’est, dit-on le cas des trous noirs, déduits des perturbations que l’on décèle dans leur voisinage. Notre vie aussi est sujette à cette appréhension indirecte, quand bien même nous la vivons, du fait même de son cheminement en cours, mais parce que nous ne pouvons pas, dans le même temps être acteurs et témoins, sujets et objets. Toute conscience, nous dit-on, est rétrospective et réflexive, tout récit est reconstitution. Lire la suite →

Leonardo-Cremonini

Fréquentation de Leonardo Cremonini


« La seule chose à faire est de se désaccoutumer, alors soudain on voit quelque chose. »
Louis Zukofsky

« De l’autre côté de la vitre l’inondation la transpiration des façades Luisance
Les lèvres de l’horizon bavant le ciel et la mer
L’envie des mômes
Et là-bas la parfumerie les mécaniciens continuent
Je traverserai ton regard
L’appui-tête du wagon semblable à un visage d’insecte bâillonné »
Michel Butor

Il y a des objets, comme des êtres ou des lieux, qu’il vous faut croiser plusieurs fois avant de les voir vraiment. Ou plutôt, dont vous ne reconnaissez l’importance qu’ils ont pour vous, l’influence qu’ils exercent ou pourraient exercer sur votre sensibilité, votre vocabulaire, votre regard, qu’avec un effet retard. Il s’agit parfois d’une histoire de moment, de disponibilité ; vous passez tout simplement à côté. D’autres fois quelque chose a crocheté votre attention, mais qu’il vous faut un peu de temps à discerner, comme un bruit parmi d’autres qu’il faut isoler pour parvenir à l’identifier ; ou une manière de sédimentation. Lire la suite →

garcin

Malaise


« A toutes les époques il se tire des coups de feu dans quelque coin du monde ».
P. Gadenne

« Le pays est en guerre, et c’est peut-être mieux.
Le chaos est le juste décor à leur douleur.
Pour la première fois, le conflit est mondial.
Sarajevo fait tomber les empires du passé.
Des millions d’hommes se précipitent vers leur fin.
L’avenir se dispute dans de longs tunnels creusés dans la terre ».
D. Foenkinos

« Aucun de nous ne croit vraiment que cela va arriver — pas à nous. Nous sommes tous fous, chacun à notre façon.
-C’est aussi mon avis, dit-il avec conviction».
Nevil Shute

Archéologues et historiens ont établi qu’à certaines périodes, dans certaines régions tout du moins, des épidémies ravageuses comme celle de la peste avaient connu un mouvement chronique auquel les habitants avaient fini par devoir s’accoutumer. Lire la suite →

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Jacques Sicard, Photogramme Arrêté.


« Quand le train est en marche, tout se brouille ; quand il s’arrête, on distingue le paysage. Sauf que le paysage ressemble au panorama des attractions du premier XXe siècle ».

On ne peint pas les choses, écrit à peu de choses près Mallarmé, mais leur écho ou leur reflet en nous. Et on aura peine à trouver l’objectivité d’un portrait synthétique dans chacun de ces courts textes qu’un nom pourtant introduit. Lire la suite →

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Josef Hofer et lui et nous


« L’art c’est l’enfance retrouvée à volonté. »
Charles Baudelaire

« Moi quand je vais au restaurant et qu’il y a des peintures sur les murs, je les regarde. Même si elles sont immondes. »
Nina Childress

« J’aime la fraternité entre toutes les personnes qui laissent des marques sur une surface plane. Elles font toutes partie d’un club particulier. »
Chuck Close

Il ne parle pas. A passé son enfance isolé dans le giron de sa mère, menant une vie extrêmement isolée et simple dans la ferme parentale, en Haute Autriche. Sourd, il souffre aussi d’un mauvais équilibre. Les photographies que l’on a de lui trahissent une mauvaise vue et un strabisme. Lire la suite →

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Francesca Woodman, le passage de l’ange.


Francesca Woodman est morte tragiquement jeune, par un geste fulgurant dont les raisons demeurent vagues.
A vingt-deux ans, elle laisse après elle un corpus de quelques centaines de photographies dont l’ensemble fascine par ses leitmotivs, sa précoce maitrise ou maturité, et sa singularité. Œuvre de jeunesse, œuvre tout court finalement, que l’on est incidemment tenté de considérer et de lire comme un testament ou une théorie. Lire la suite →

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Et puis Rebeyrolle


Pour A.M.

« Je déchirerais les rires banania sur tous les murs de France. »
Léopold Sédar Senghor

Et puis Rebeyrolle.
Les scandales qu’on nous disait avoir été certains tableaux de Renoir, de Manet, la désinvolture impressionniste, Gauguin en ses ombres colorées (cette histoire d’un cheval blanc dont la robe, sous les feuillages, était nuancée de vert, provoquant le refus du commanditaire), l’incompréhension que suscitaient les toiles de Van Gogh, nous étaient à peu près incompréhensibles. Lire la suite →

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les tâtonnements du regard (Philippe Agostini)


Alors qu’un appareil photo enregistre d’un bloc, ou d’un clin d’œil, sensible dit-on, mais impassible, la totalité du champ qu’il cadre, notre œil scrute le visible de manière tâtonnante, furetant en s’accrochant aux reliefs que font les contrastes lumineux, les contours, les ruptures. Il se fait que, face à un tableau, nos yeux zigzaguent, sautent d’un point à l’autre, y reviennent, comme s’ils picoraient, ou comme nous fait l’effet du vol désordonné, absurde, de la mouche, qui enchaine des cercles d’amplitude irrégulière pour revenir buter, inlassablement, en divers point d’une vitre.
L’appareil découpe un rectangle dans l’espace du visible, le scanner balaie la surface indifféremment de gauche à droite ou inversement, la course des yeux laisserait aux images que l’on déchiffre, s’ils étaient appariés d’un feutre ou de la pointe scriptrice d’un sismographe, un motif de gribouillage nerveux semblable à ceux que font les tout jeunes enfants. Lire la suite →

balkenhol

Être là, Stephan Balkenhol.


« Certes le temps s’écoule, mais pourtant jamais rien n’arrive. Tout est là.Tout l’avenir, aussi bien, — dans le moindre fragment d’espace. Tout y est lisible, pour qui veut bien, pour qui sait bien l’y voir.
Pourtant, chez quelques-uns seulement parmi les plus grands artistes, un pas de plus est fait. L’indifférence est atteinte. Par un certain adoucissement, ou gommage de la hiérarchisation, il est redit, une seconde fois, que tout est simple; que si le fatal va de soi, l’inconscience aussi du fatal est fatale; que la tranquillité est de droit. »
Francis Ponge

On sait la phrase de Breton à Giacometti lorsque ce dernier, délaissant les explorations qui avaient fait de lui un contributeur singulier au grand œuvre du surréalisme, entreprit de se confronter à ce que depuis les bustes antiques, les bois peints de Grèce ou du Fayoum, on peut bien appeler l’exercice du portrait. Lire la suite →

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FK


« Nous devrions savoir d’abord que tout est loin à jamais, sinon ce ne serait pas la vie. » André Dhôtel (La nouvelle chronique fabuleuse)

« Nous ressemblons à notre âme et notre âme, elle ne fait rien, jamais rien. Elle regarde par la fenêtre. Elle attend ce qui ne viendra pas, ce qui viendra sûrement. »
Christian Bobin (Pierre,)

« Ce lieu que Proust, doucement, anxieusement, vient occuper de nouveau à chacun de ses réveils, à ce lieu-là, dès que j’ai les yeux ouverts, je ne peux plus échapper. Non pas que je sois par lui cloué sur place – puisqu’après tout je peux non seulement bouger et remuer, mais je peux le « bouger », le remuer, le changer de place-, seulement voilà : je ne peux pas me déplacer sans lui ; je ne peux pas le laisser là où il est pour m’en aller, moi, ailleurs. »
Michel Foucault (les corps utopiques)

« En somme, il faut que ces mots soient tels, que, placés par moi, devant moi, comme des portes, ils s’aident eux-mêmes à s’ouvrir ».
Francis Ponge (La fabrique du pré)

Une œuvre est toujours trop grande pour soi. Trop grande en même temps qu’insuffisante en regard de l’appétit de totalité dont on veut croire que l’atteindre résoudrait à la fois vivre et mourir.
Il faudrait une deuxième vie pour la considérer avec le recul nécessaire. Une troisième peut-être pour la décrire avec quelques formules pas trop inadéquates. Mais déjà on ne saurait plus distinguer l’apparence de la réalité dans la cuisine du souvenir. Nous serions trompés par notre désorientation entre les reflets et les ombres. Lire la suite →