2018 : Jacques Truphémus, Jérémy Liron et la mélancolie, par Jean-Emmanuel Denave.

2018 – Jacques Truphémus, Jérémy Liron et la mélancolie, par Jean-Emmanuel Denave in Le petit bulletin, juin 2018.

Le Musée Paul Dini réunit deux peintres, Jacques Truphémus et son cadet Jérémy Liron, sous le signe des « silences de la peinture ».
C’est, pour le critique d’art, une véritable gageure de trouver des points communs entre le plus connu des peintres lyonnais, Jacques Truphémus (1922-2017), et Jérémy Liron (né en 1980). Rien ne semble relier le style atmosphérique et post-impressionniste du premier à la clarté méditerranéenne et à la rigueur géométrique du second… Si ce n’est, bien sûr, une particulière attention à la lumière, le goût du paysage (urbain ou autre), et peut-être une certaine mélancolie. Mélancolie qui se traduit chez Jacques Truphémus par une quasi disparition de la figure humaine, engloutie parmi les fumées lumineuses de ses intérieurs de cafés lyonnais, les brumes de la ville, les coulures végétales dans les Cévennes. Le Musée présente d’ailleurs l’un des derniers tableaux cévenols, et sans doute le plus étrange, du peintre récemment disparu : sa Sieste sous la tonnelle datant de 2007. Deux personnages ensommeillés à une table, d’un blanc fantomatique, semblent se dissoudre parmi des flux de verdure. Truphémus se donne ici des libertés quasi comparables à celles de Monet avec ses Nymphéas.
La mélancolie est plus difficile à déceler chez Jérémy Liron à travers ses vues urbaines, ses plans rapprochés de bosquets ou de balcons, ses grandes baies vitrées. Elle gît peut-être dans une certaine retenue expressive, l’opacité octroyée aux ombres dans ses tableaux, et l’absence de présence humaine. L’artiste indique lui-même avoir été marqué par ces vieilles photographies urbaines du 19e siècle où les temps de pause étaient si longs que les rues se vidaient, sur les images, des passants. Les arbres, le béton des murs, le fer des rambardes ou même une chaise en plastique ont, dans les tableaux du peintre, des durées de vie plus longues que celle d’un être humain. Ces éléments constituent notre espace quotidien, sont la trace même de l’activité humaine, mais Jérémy Liron leur attribue une sorte de durée métaphysique, et les confine à une quasi abstraction. Abstraction qui est chez lui l’autre nom de la méditation.

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