2011 – Jérémy Liron, peintre en bâtiments – Par Amandine Roussel.

2011 – Jérémy Liron, peintre en bâtiments, par Amandine Roussel in Métropole.

Il y a quelques années, il venait à l’Hôtel des Arts en amateur. Simple étudiant, il profitait du bel outil culturel du Conseil général pour parfaire son éducation. Il déambulait dans les couloirs pour admirer des peintres réputés. Peut-être dans un coin de sa tête, Jérémy Liron rêvait-il d’y exposer… Depuis le 28 janvier, ce rêve est devenu réalité. L’élève des Beaux-arts de Toulon est de nouveau sur ses terres. C’est un peu le retour du fils prodigue, facilité par Gilles Altieri. Le directeur de l’Hôtel des Arts est tombé presque par hasard sous le charme des paysages de Liron. Sous le charme de la retranscription que fait le peintre de l’architecture moderne. « Jérémy Liron est un jeune peintre. Mais c’est déjà un virtuose. Il fait partie de ceux que l’on appelle les génies précoces, assure-t-il. Après avoir montré beaucoup d’abstrait, je voulais programmer du figuratif qui plus est de la jeune génération. Une génération qui s’approprie les paysages avec un regard neuf ». C’est l’urbain qui est au centre de l’œuvre de Jérémy Liron. Le jeune artiste de 31 ans l’avoue : « Je porte un intérêt très fort à l’architecture notamment à l’architecture moderniste. J’ai pas mal de connaissance sur le sujet ». Quand on voit l’exposition à l’Hôtel des Arts, on peut même parler d’obsession. On note une large présence de paysages du Sud que l’on reconnaît notamment à la végétation, au ciel bleu azur et au soleil écrasant. Pour autant, impossible d’identifier exactement les lieux dans la plupart des cas. Aucun nom n’est donné aux toiles. Elles sont numérotées comme des séquences d’un scénario. Ce sont des paysages classiques dans le sens où l’on voit souvent ce genre de bâtiments au gré de promenades. Mais ils sont inaccessibles. « Je gomme beaucoup de détails. Il n’y a ni panneaux de signalisation, ni publicité. Mes peintures sont intemporelles, non situées. Le temps est comme suspendu ». Le paysage devient un objet, une image. Il y a de la distance. Distance accentuée par le plexiglas qui se pose entre la toile et le spectateur. Finalement, la limite entre la figuration et l’abstraction est repoussée, voire effacée. Jérémy Liron poursuit : « Pour moi, toute création vient au devant de nous comme une abstraction. Mes tableaux renvoient à une illusion. Le double aspect figuratif-abstrait est extrêmement présent ». Pour brouiller encore plus les pistes, l’artiste ne respecte pas le code de la perspective centrée. Autre aspect intéressant et troublant des toiles de Liron : « l’absence de présence humaine. « La seule trace de vie que je me permets est végétale. Je ne voulais aucune anecdote. C’est n’est pas un travail narratif. Ce n’est pas une image à lire ». Le spectateur fait partie intégrante du tableau. Il est renvoyé à lui-même par la contemplation. Gilles Altieri n’hésite pas à rapprocher Jérémy Liron d’artistes tels que Koen van der Broek ou Caro Niederer, eux aussi très inspirés par les paysages urbains. Son travail lui rappelle également celui de Morandi : « Comme chez Morandi, on sent toujours présente la main du peintre. Les arêtes des murs des bâtiments ne sont pas rectilignes et les façades ne sont pas traitées en aplats uniformes, mais peintes centimètre carré par centimètre carré ». Quand à Jérémy Liron, il revendique des inspirations venues de Rembrandt, Greco, Opalka. Dans chacune de ses paroles, on sent son investissement dans l’art, la place centrale que celui-ci occupe dans sa vie. Il l’avoue lui-même : « la peinture est une manière pour moi de regarder le monde ». Aujourd’hui, tout le monde regarde –et admire- la peinture de Liron.

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