tisser quelque chose
Difficile de parler du taiseux Pierre Tectin. Lui-même vous dira sans doute à la façon de Picasso ou de Duchamp, malicieuse et désillusionnée, que tout discours théorique manque son objet comme celui qui s'écoute parler manque l'échange. « Parler n'a trait à la réalité des choses que commercialement », écrivait Mallarmé. De plus, la théorie souvent survole de trop haut les objets qu'elle se donne et il est alors difficile de ne pas voir dans cette distance une séparation. Alors il murmurera, Pierre Tectin, des pistes possibles entre la pensée que l'on pousse avec les mains en manière de bricolages, et les jeux que les mots font advenir quand ils s'associent. Une bouffée de cigarette. Un alliage subtil de rigueur et de légèreté manipulant aisément les traits de la critique comme ceux de la sensualité. Comme les cris et vociférations d'Artaud (des futuristes russes, de Schwitters, de Khlebnikov...) ne sont pas les réactions viscérales purement d'une sauvagerie animale mais poésie, langage et critique ajustés avec précision « dans un ordre fulminant ».

Dans toute l'exposition à la galerie Frédéric Lacroix se mêlent à vrai dire les aventures de formes, les assemblages de matériaux, de textures, et les aventures de sens, les glissements : une double poétique esthétique et langagière.

Comme une couleur n'existe jamais que dans son rapport aux autres couleurs, les objets de Pierre Tectin s'imposent souvent comme des combinaisons de formes et de matériaux, d'univers aussi, appariés sous la pression des pulsions internes, des contradictions de l'objet même. Les usuels et les fétiches font tout un univers de tournures et configurations depuis toujours ainsi. C'est ainsi que les réalités se tressent. D'une manière semble-t-il élective, fond et forme viennent l'un à l'autre en une même poétique. Car les formes sont les manières qu'ont les objets de se dire.

Les bricolages de Pierre Tectin ont cette géométrie qui participe des formes de la vie, une imaginaire biomorphique qui vise moins à une épure, une simplification, qu'à une construction flexible, souple, mobile, qui peut intégrer le hiératisme primitif comme les courbes ergonomiques du design actuel tout en échappant à toute fonctionnalité. Formes critiques qui se déploient en discontinuité dans l'espace de la galerie, petites formes discrètes qui évitent l'emphase du sublime évoquant plutôt le bibelot sentimental, le petit culte commun des objets, ses quelques vanités. Constellation critique et poétique, amusée et sensuelle que nous avons coutume de dire : un monde.

Pendues sur un clou par de pauvres ficelles, petites portes émaillées dites petites mortes par dyslexie.

Pierre Tectin, muri muri. Galerie Frédéric Lacroix 13, rue Chapon -- Paris