Déployées dans l'espace, les Collage(s) de France menés en territoires d'utopie confrontent témoignages matériels et souvenirs immatériels de cinéma ; histoire à pas lents et histoire à pas précipités.
Réminiscences: Présence du passé dans le présent. (et non mémoire)
L'espace d'exposition: processus temporel de la pensée, elle même agencement d'espace/temps, reconstitué comme un environnement. Comme toujours, ce qui ressemble à une dispersion n'est qu'un inventaire des possibles et finalement un chantier, « un champ de bataille »(1)
Reproductions: Maquettes et documents, mais le film aussi par essence.
Disparate volontaire, paradoxe de cet endroit où la vie, dans l'indifférence de l'image et du langage, se confond avec son analyse. Mais le cinéma s'ébat libre et heureux de n'être que ce qu'il est. Et JLG ne dit pas exactement n'importe quoi.
Histoire et non sujet: sa propre incertitude, errance autour du thème ; de la « robe sans couture de la réalité » (Bazin).
« Peut-être c'est pas tellement utile de comprendre. Ca suffit de prendre.
--Prends-moi dans tes bras » (2).
Captation du concret : Faire des images avec des images
Des images claires avec des idées vagues.
L'exposition relève de l'essai. Un essai dans lequel l'auteur scénarise sa pensée en tentant d'en concilier les fragments (aphorismes) et bavardages complémentaires au sein d'un recyclage généralisé (l'équivalant de Picasso à la peinture) sans jamais les stabiliser ni les articuler clairement.
Jouant à démonter le cinéma, le remonter de travers, en exposer les rouages ou les différents éléments dénaturés, articulés, désarticulés, Godard expose la recherche d'un théorème perdu. Dans un contexte : l'incroyable liberté qui lui a été concédé et qui l'autorise à rêver en public.
« Dans quelle tragédie de bazar me fais-tu de nouveau jouer le dernier rôle ? » (3)
(1) in Samuel Fuller in Pierrot le fou
(2) in Passion
(3) in Deux ou trois choses que je sais d'elle