Dans cette actuelle exposition à l'IAC de Villeurbanne, Hans Schabus encore une fois se saisis des volumes de manière toute objective, voir conceptuelle, par cette petite plaquette qui annonce le volume d'air du bâtiment (« 5972 kilo air IAC »), mais aussi de manière littérale, une longue chaine embrassant les salles dans une étreinte qui cisaille les angles, les cimaises, et poétique enfin, installant une narration. D'abord l'entrée de l'exposition est encombrée par la carcasse d'une caravane déployée qui fait comme une palissade et ouvre son ventre au spectateur. C'est comme de regarder sur le mur interne d'un immeuble en cours de démolition les traces de chaque palier, les tapisseries, les faïences mises au jour. L'intime du logement individuel s'ouvre littéralement sur l'espace du musée et l'agrège même, comme en témoigne une petite table pliante réinstallée au mur. Passé ce seuil on découvre qu'une cimaise à été ajoutée en devant d'un mur latéral de la salle, discrètement, laissant apparaitre un espace entre, la coulisse. Quelques éléments y sont visibles, une veste poussiéreuse, comme les traces d'une existence cachée, évoquant le travail de l'artiste ayant fait du lieu même de l'exposition son atelier.
Et tout le long de l'exposition, à travers chaque salle traversée par le fil d'Ariane de la chaine tendue, se mêleront les espaces symboliques et affectifs, l'expérience concrète et le cheminement de l'imaginaire. Collection de timbre déployant le temps depuis l'enfance, ready-made issus de bâtiments tel une fenêtre ou une rampe, autoportrait fragmenté issu de coupures de presse, vidéo évoquant l'artiste comme un improbable aventurier, jusqu'à ces sculptures en résine, archéologies d'un parc d'attraction dédié aux grand animaux préhistoriques. En passant par la librairie on trouve encore un objet curieux, reliquat d'un moulage manqué dont on voit encore les évents, empli d'eau comme une flaque ou comme une empreinte sur un chemin. Je n'ai pu m'empêcher de penser à un masque mortuaire qui évoquerait une ultime fois le seuil et le passage, l'artiste lui-même peut-être, à travers son empreinte, le vide qu'il laisse dans la matière en s'en retirant, la mise en présence d'une absence.